Les champs fertiles de l'au-delà

Même s'il a été pourvu d'offrandes alimentaires dans son mobilier funéraire, le mort se voit attribuer des champs et de la nourriture dans l'au-delà. Ainsi, dans la cinquième heure du Livre des Portes (au registre supérieur), des génies arpenteurs délimitent des champs pour le roi, tandis que dans la septième heure (au registre inférieur), ils cultivent et moissonnent les céréales.

 

Vignette du chapitre 110 du Livre des Morts
Vignette du chapitre 110
du Livre des Morts

© N. Guilhou

Le Champ des Offrandes
Vivant désormais dans l'au-delà, le défunt a accès à la nourriture divine, en particulier au Champ des Souchets et au Champ des Offrandes. Ils sont situés à proximité de l'horizon oriental du ciel, que Rê-Harakhty va franchir entre "les deux sycomores de turquoise" qui le bornent. Le mort souhaite "rejoindre le Champ des Souchets, séjourner dans le Champ des Offrandes, vaste région qui bénéficie de la brise, en disposer, y être glorifié, y labourer, y moissonner, y manger, y boire, y faire l'amour, (bref) faire tout ce que l'on a coutume de faire sur terre" (chapitre 110 du Livre des Morts). Le Champ des Offrandes comporte un "district divin" consacré à l'orge et au blé. Sur la vignette illustrant ce chapitre, on peut voir sur les registres médians le mort semer, labourer, moissonner et dépiquer, le cycle s'achevant par l'idéogramme de l'abondance : un héron posé sur un support. Le blé y pousse en effet à profusion, selon la description des chapitres 109 et 149 du Livre des Morts.

 

Le Champ de Souchets
(en égyptien Champs Iarou, parfois traduit Campagne des Joncs)
"Ce Champ des Souchets de Rê ), dont les murs sont d'airain (litt. : de fer), la hauteur de son orge est de 5 coudées, avec des épis de 2 coudées et des tiges de 3 coudées ; tandis que la hauteur de son blé est de 7 coudées, avec des épis de 3 coudées et des tiges de 4 coudées. Ce sont des glorifiés de 9 coudées de haut pour chacun d'entre eux qui les moissonnent aux côtés des Âmes de l'Orient", ces Âmes étant, selon le chapitre 109, Harakhty (l'astre solaire), l'Étoile du matin et un astre (?) ayant l'apparence d'un veau. Seuls les habitants de cette contrée, avec leurs 9 coudées de haut, sont en mesure de moissonner ces épis fabuleux (la coudée mesure un peu plus de 50 cm) ! On peut remarquer cependant que le blé est plus haut que l'orge, et que celui-ci est, comme de coutume, nommé le premier. La réalité sous-tend l'extraordinaire.

 

Le roi semant devant Hâpi
Le roi semant devant Hâpi
dans le Champ des Offrandes
 
© N. Guilhou

L'intégration du mort au cosmos

Là le mort peut se rassasier et disposer de nourriture à satiété. C'est ainsi en effet que l'on peut aussi comprendre le nom de "Champ des Offrandes", ou "Campagne de Hotep", du nom de celui qui y préside. Aussi bien les travaux agricoles ne doivent pas être interprétés comme des corvées. Ne voit-on pas le roi en personne s'y livrer, à Medinet Habou ? –, mais comme la participation du défunt à la fertilité du pays, dont il est désormais partie prenante, étant devenu un élément de ce cycle annuel de la crue et de la végétation.

Nadine GUILHOU
UMR 5052 du CNRS
Université Paul Valéry, Montpellier


Bibliographie
P. BARGUET , Le Livre des Morts des Anciens Égyptiens , Éditions du Cerf, Paris, LAPO 1, 1967.

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