Gaucho®, Régent TS®, abeilles,

Controverses
du 30 mars 2005
à Agropolis Museum

faut-il vraiment choisir ?

Par Anthony Raud, Clémence Perrichon, Karen Henry, Aurélie Goutte, Cédric Bessaire (étudiants 1ère année Agro.M)
tuteur,
Serge Kreiter

avec la participation de René Mauras et Bénédicte Permezel (BASF Agro) non (Hôpitaux Montpellier)
et Marc-Edouard Colin (Univ. Montpellier 2)

Dans le cadre des controverses réalisées à l'Agro.M

Compte rendu du débat

Interventions  

Conclusion de la présentation des étudiants

Le problème Gaucho® (Bayer CropScience) et Régent TS® (BASF Agro) a suscité de nombreuses interrogations dans plusieurs domaines et a révélé des lacunes à différents niveaux. Dans le milieu scientifique, il a été nécessaire de mettre en place de nouvelles méthodes d’évaluation des risques pour les pesticides, d’améliorer la précision des dosages et de constituer des groupes de chercheurs venant de divers horizons. La filière apicole, certes solidaire et mobilisée, s’est vu reprocher un manque d’organisation : pas d’institut technique. Au niveau social, cette affaire très médiatisée a relancé la polémique sur les produits chimiques, leur nécessité et leur impact sur l’environnement. Elle a également rappelé le rôle central de l’état dans la prise de position. Actuellement, le Gaucho® et le Régent TS® sont suspendus jusqu’en 2006. Les études multifactorielles en cours pourraient également changer la donne. Cependant, la pression des apiculteurs, relayée par les médias, pourrait condamner ces produits. A l’avenir l’enjeu pour les firmes agrochimiques sera de mettre au point de nouvelles molécules, à l’abri de telles controverses. La transparence et la communication seront indispensables pour rétablir un dialogue constructif dans l’intérêt de tous les acteurs. Après des années de controverse scientifique, médiatique, politique et même judiciaire, l’issue est encore incertaine. Le risque induit par la toxicité des deux produits insecticides a été jugée « préoccupante » pour les abeilles mais sera-elle un jour jugée coupable des maux dénoncés ? Dans ce cas les apiculteurs seront-ils indemnisés et par qui ? Les nouvelles méthodes d’évaluation des risques utilisées pour ces deux produits pourraient être extrapolées aux autres pesticides. Peut-on raisonnablement tendre vers le risque zéro ?

René Mauras, BASF AGRO, Lyon

La société BASF a entrepris 5 années d'études sur le fipronil afin d'étudier la présence éventuelle de résidus dans les plantes et les risques pour les abeilles. Les expérimentations ont été réalisées en plein champ ou sous tunnel, dans différentes régions en France, par la société BASF ou par des organismes tels que l'ACTA ou Testapi. Les résultats des expériences font état de l'absence de résidu (nectar, feuille, miel, pollen, nectar de bourdon) et de l'absence de résidu sur les abeilles en ce qui concerne les expériences contrôlées sous tunnel. Des comparaisons entre champs de tournesol traités et non traités au Régent TS® ont été effectuées. On n'observe pas de différences de mortalités d'abeilles entre les parties traitées et les parties non traitées. En parallèle, la société BASF réalise des colloques apicoles. Ces colloques visent à regrouper, dans une démarche professionnelle, les acteurs de la controverse (BASF, scientifiques et apiculteurs).

Ces colloques ont trois objectifs :

  • "Environnement floristique pour l'alimentation de l'abeille"

    Etudier et tester un problème reconnu en apiculture : l'alimentation des abeilles.

  • "Monde agricole et apicole : coordination et communication"

    Mieux comprendre le métier et les contraintes de chacun
    Confiance et transparence entre les deux acteurs

  • "Quel futur pour la recherche apicole en Europe ?"

    Etudes multifactorielles
    Appel à la création d'un institut apicole
    Travailler avec l'ensemble de la filière en Europe

Marc-Edouard Colin, chercheur CNEVA, Université de Montpellier II

Dans le domaine de la recherche scientifique, il existe deux types d'expertises : en laboratoire et sur le terrain. Les expertises d'intoxications sur le terrain demandent diverses compétences (pathologistes, apiculteurs, toxicologues...). Les abeilles, sur les champs de tournesol traités, étaient présentes mais en quantité restreinte. De plus, elles travaillaient mal. D'après Raymond Campan (professeur d’éthologie animale) le traitement de semences avec du Régent TS® a pour conséquence l’altération de certains actes comportementaux associés au butinage : l’augmentation significative de la fréquence relative des actes d’immobilité, de même que du toilettage généralisé, et l’apparition d’actes anormaux comme des tentatives de butinage sur fleurons non épanouis ou défleuris, des vols courts et des chutes. Ces anomalies augurent d’un bilan catastrophique de l’efficacité de butinage. Le Gaucho® et le Régent TS® présentent des toxicités aigües plus violentes que les organophosphorés (de l'ordre du pico/nano gramme par abeille contre des doses de l’ordre du microgramme pour les insecticides organophosphorés).

Débat

Entomologiste du Cirad s'adressant à Mr Colin

Il existe de nombreuses contradictions entre les études scientifiques menées à ce sujet. Pensez vous que l'on peut dire que les travaux d’organismes comme l'ACTA peuvent être mensongers?

Mr Colin, Université de Montpellier II

Tout dépend de ce que l'on recherche au niveau de l'abeille. Si on ne regarde que les mortalités et pas les troubles associés au butinage, il est clair que les résultats ne seront pas les mêmes.

Mr Clément, responsable UNAF (Union Nationale des Apiculteurs Français)

La production de miel a très fortement diminuée depuis l'arrivée sur le marché des deux insecticides Gaucho® et Régent TS®. On a pu observer des taux de mortalité d'abeilles de 20 à 25 %. Je ne pense pas que l'on puisse dire que le problème soit franco-français. La production de miel reste une production marginale en terme de chiffre d'affaires. En France, nous avons réussi à nous faire entendre au niveau du ministère car nous avons un avocat très compétent. Les problèmes rencontrés par la profession apicole suite à la mise sur le marché du Gaucho® et du Régent TS® sont similaires en Espagne, au Maghreb, au Québec et en Argentine. Lors de la mise sur le marché des deux produits, il n'y avait aucun outil pour évaluer les risques sur les abeilles. De plus, lorsque BASF a racheté le Fipronil, cette matière active ne disposait pas d'autorisation de mise sur le marché (AMM). Le produit était supposé non systémique. Je pense que les homologations des pesticides sont légères en France.

Mr Kreiter, enseignant chercheur ENSAM-INRA

Je ne pense pas que l'on puisse dire de façon objective que les homologations soient légères en France. Il y eu des avancées importantes en terme d'évaluation des risques toxicologiques et écotoxicologiques. Ainsi que dans la précision des dosages.

Mr Mauras, BASF AGRO, Lyon

En effet, les exigences des dossiers d'homologation sont très draconiennes sur tous les aspects (toxicologiques et écotoxicologiques). Un dossier d'homologation représente environ 200 millions d'euros. Le CST a qualifié le risque de "préoccupant", il doit re-statuer en avril 2005 pour un examen en juin 2006.

Etudiante

 Le coût moyen d'une homologation est de 200 millions d'euros. Mais combien rapporte une molécule comme le fipronil ?

Mr Mauras, BASF AGRO, Lyon

Nous ne nions pas que BASF AGRO soit une entreprise à but lucratif. C'est dans notre intérêt de vendre des produits efficaces tout en assurant la sécurité des usagers et des consommateurs. C'est pour cela que nous mettons en œuvre des études et des colloques quand des problèmes se posent.

Mr Colin, Université de Montpellier II

Une étude faite par les apiculteurs montrent qu'il existe des différences de comportements des abeilles entre tournesol traité au Régent TS® et tournesol non traité. Plusieurs acteurs ne sont pas d'accord avec le protocole Testapi que vous avez mis en place.

Mr Laurent Scheyer , Service régional de la protection des végétaux, Ministère de l'agriculture

L'Etat délivre l'autorisation de mise sur le marché (l'homologation) des produits antiparasitaires, mais il décide également de leur retrait du marché. Ces retraits sont motivés par des informations, des enquêtes et des études en post-homologation montrant que le risque est devenu inacceptable pour la santé publique et l'environnement. Dans ces conditions, l'Etat n'a pas à rembourser les firmes propriétaires du produit.

Michel Bréhelin, chercheur au CNRS Montpellier

Les solutions à la supression des produits ne risquent-elles pas d’être pires que les conséquences du maintien des produits ?

Diverses réponses ont été apportées à cette question.


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