L'agriculture et l'agroalimentaire

Conférence
donnée à
Agropolis Museum
le 1 octobre 2004

en Australie
Vers une politique de qualité

par Barbara Santich
Gastronomy, Program Manager - University of Adelaide

 

L'agriculture et l'agroalimentaire en Australie : Vers une politique de qualité
Types de climats
Types de climats

Située à l'autre bout du monde, l'Australie est le plus sec de tous les continents habités. Avec 760 millions d'hectares, sa superficie est beaucoup plus grande que celle de l'Europe mais supporte une population bien moindre, environ 20 millions d'habitants soit deux fois celle de l'Ile de France. 85% de cette population vit à moins de 50 km des côtes avec une forte concentration dans les zones tempérées et subtropicales de la côte est.

C'est un continent très vieux aux sols anciens et appauvris; comparés à ceux de l'hémisphère nord, les sols recèlent moins de matière organique et leur structure est pauvre. L'hétérogénéïté régionale du climat est très forte, avec des zones tropicales et subtropicales, des zones tempérées et subalpines, de vastes déserts et des zones de type méditerranéen.

Précipitations moyennes annuelles
Précipitations moyennes annuelles

C'est un vaste continent sans grand relief, avec seulement quelques collines et montagnes hormis le Great Dividing Range près de la côte est. Les bassins versants n'ont que de faibles dimensions faute de grands fleuves, lesquels circulent lentement et irrégulièrement . Le niveau de précipitations est très faible et très variable.

Avec des contraintes physiques aussi peu favorables s'explique le démarrage tardif de l'agriculture dans le pays pendant les deux derniers siècles. Les Aborigènes vivaient auparavant essentiellement de chasse, de cueillette et de pêche, et assuraient la maîtrise de la nature par le feu. Du point de vue agricole et alimentaire, les différences avec l'Europe sont de fait importantes – des différences de ressources mais aussi des différences de mentalité – en particulier quant aux concepts de « produits de terroir », d'Indications Géographiques Protégées (IGP) et de spécialités régionales, quelque peu inusités en Australie.

L'apparition de l'agriculture en Australie date de la fin du dix-huitième siècle quand sont arrivés les premiers colons et les bandes de forçats mais les premières cultures ont échoué faute de comprendre cet environnement nouveau, sans doute aussi par manque de volonté de la part des forcats. Au début du dix-neuvième siècle, avec le franchissement des montagnes à l'ouest de Sydney, on découvre de vastes étendues de pâturages propices à l'élevage des moutons, et l'agriculture fait alors un grand bond en avant.

L'agriculture australienne a dès le début privilégié les marchés à l'exportation. Mais pour réussir, il fallait trouver des produits à forte demande extérieure, des produits suffisamment précieux et peu fragiles au transport, et des produits à faible valeur ajoutée en travail faute d'une main d'oeuvre agricole abondante. Le seul avantage comparatif de l'Australie - si loin des pays consommateurs – était celui du faible coût de la terre. Le produit qui satisfaisait le mieux ces conditions était la laine qui, jusqu'au milieu du vingtième siècle, a représenté à lui seul presque la moitié de la valeur des exportations; la production australienne atteignait presque un tiers de la production mondiale.

Il était au départ plus facile, plus économique, et bien plus rentable, d'élever des moutons (et du bœuf, au nord du pays) que de mettre les terres en culture, mais la superficie cultivée en céréales – majoritairement en blé – a augmenté progressivement lorsque des variétés végétales mieux adaptées aux conditions locales ont été utilisées.

Au dix-neuvième siècle, l'Australie était un pays agricole qui avait très peu développé son secteur agro-alimentaire, la laine et la viande étaient exportés sans transformation ou presque. Jusqu'à la fin du siècle, l'exportation concernait donc essentiellement des produits bruts avec une exception pour l'exportation de viande congelée de boeuf et de mouton et celle de la viande en boîte de mouton, peu appréciée des consommateurs, mais qui permettait de valoriser des élevages ovins plétoriques.

Une telle dépendance vis-à-vis de l'étranger, avec l'importation (des fromages, des jambons, du beurre, du poisson en boîte) et l'importance de marchés de consommation éloignés, a empêché dans une grande mesure le développement de produits régionaux spécifiques, liés au climat et au sol, mais aussi aux pratiques et aux goûts des habitants. Elle explique pourquoi le concept de « produit de terroir » est si difficile à accepter ou à comprendre en Australie. Mais cela n'empêche pas l'existence de productions alimentaires distinctes d'une région à une autre – par exemple le croisement de races animales spécifiques pour produire l'agneau; des plantations de plusieurs variétés d'arbre fruitier – et on commence à les reconnaître.

carte1
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Si l'agriculture australienne est toujours tournée vers les marchés extérieurs (voir ci-dessous), la destination et la nature des produits a beaucoup changé en un demi-siècle. Au milieu du vingtième siècle, environ un tiers des exportations étaient destinés au Royaume-Uni; aujourd'hui, plus que la moitié va aux pays d'Asie, le Japon, la Chine, la Corée, la Malaisie, l'Indonésie, la Thaïlande, Taiwan, Singapour et Hong Kong. Beaucoup de produits font maintenant l'objet d'un processus de transformation substantielle ou élaborée soit près de 65% des exportations alimentaires (cette proportion reste toujours inférieure à celle pour la France, plus de 70%).

Depuis quelques décennies, l'agriculture australienne suit les orientations d'une " politique de qualité ". Il y a cinquante ans, la viande de boeuf exportée aux Etats-Unis était une viande très maigre destinée à être mélangée à la viande de boeuf américain plus grasse pour la fabrication de "hamburger". Aujourd'hui, même si presque trois-quarts du boeuf australien est élevé au pâturage naturel, une proportion grandissante est nourri d'une façon intensive et un tiers de ce boeuf est exporté, surtout au Japon.

Selon le State Food Plan 2004-2007 pour l'Australie méridional, un des objectifs pour 2013 est d'assurer une offre régulière de produits alimentaires de marque et de qualité spécifique. Cela montre combien l'agriculture et l'agro-alimentaire ont changé en cinquante ans, et en même temps indique une volonté de reconnaître à l'Australie qu'elle possède bien des « produits de terroir ».
Orientation de lecture
  • Department of Agriculture, 2003. Fisheries and Forestry. Australian Food Statistics. Canberra.
  • Australian Natural Resources, 2001. Atlas [electronic resource]. Canberra : Commonwealth of Australia.
  • Santich B., 1995. What the Doctors Ordered: 150 Years of Dietary Advice in Australia. Melbourne: Hyland House.
  • Australian Government Department of Agriculture, Fisheries and Forestry : http://www.affa.gov.au
  • Australian Government Rural Industries Research and Development Corporation : http://www.rirdc.gov.au

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