Le métier de berger



Conférence
donnée à
Agropolis Museum
le 10 mars 2004

dans la montagne marocaine
Film :

PAROLES D’ELEVEURS EN MONTAGNE OU QUATRE PERSONNAGES EN QUETE DE HAUTEUR
Conception et Réalisation  A. EL AICH et A. BOURBOUZE (ingénieur agronome IAM.M /ENSAM)


Document pédagogique d'accompagnement

S o m m a i r e 

1) - Le contexte

1.1) Elevage ovin et pastoralisme au Maghreb

a) Un nouveau mode d’occupation de l’espace

b) Généralisation de l’alimentation complémentaire et engraissement des agneaux

c) Intensification des cycles de production ou mutations complètes

1.2) Le contexte particulier du Moyen Atlas

2) - Le script du film

3) - Générique

Contacts

1 - Le contexte
1.1 - Elevage ovin et pastoralisme au Maghreb
Comparé au reste des pays méditerranéens, notamment de la rive Nord, le pastoralisme maghrébin reste fondamentalement marqué par la mobilité des troupeaux et des hommes d'une part et par la persistance de vastes territoires à usage collectif d'autre part. La tente, auxiliaire indispensable du semi-nomade ou du transhumant, survit dans de très nombreuses régions et lorsqu’elle a été remisée, ou dans les régions de vieille sédentarisation où elle n'a jamais existé, les longs déplacements n'en restent pas moins indispensables pour la survie des troupeaux, notamment des plus grands.

Mais de grands bouleversements caractérisent l’époque actuelle. Les modes traditionnels d’exploitation des pâturages régressent rapidement sous la pression d’un essor démographique irrésistible et d’une forte montée de l’individualisme. Dans les pays du Sud de la Méditerranée, il faut distinguer d’une part les situations de grande incertitude et de conflit, et d’autre part les situations plus stables quand l’accès aux ressources est mieux maîtrisé.

La règle est d’une cruelle simplicité : les ressources peu sûres dont l’utilisation est contestée , qui sont l’objet de conflits entre communautés et dont le statut est particulièrement flou ne font l’objet d’aucun investissement et sont exploitées de façon minière. Aucun comportement “patrimonial” et de gestion à moyen terme, les terres sont à personne donc à tout le monde. C’est le cas, illustré dans le film, de nombreux parcours forestiers que les éleveurs revendiquent.

Dans les situations que les éleveurs paraissent mieux maîtriser, les changements de statut des ressources ont profondément modifié la conduite des troupeaux sur au moins trois points :

a) Un nouveau mode d’occupation de l’espace
Ce passage du collectif au privé et la sédentarisation progressive des familles au sein de territoires collectifs en voie d’appropriation, ont eu deux effets distincts, la réduction des déplacements en fréquence et en amplitude, et le changement de nature de ces déplacements liés à la motorisation.

Chez les semi-nomades des régions steppiques dont le nombre est incontestablement en régression, la motorisation a fait son apparition. Partout au Maghreb, là où les pistes sont carrossables, la camionnette ( le "pick-up") rend des services inestimables et modifie profondément les façons de faire: l'eau et les concentrés viennent maintenant vers les troupeaux et non l'inverse, les ventes s'organisent plus souplement, les déplacements se décident plus vite et l'on va éventuellement plus loin. Mais ce sont les gros troupeaux individuels, amenés par camions, qui conquièrent les espaces les moins accessibles démunis de points d’eau. Les steppes, plus lourdement et plus complètement exploitées que par le passé, marquent des signes évidents de surpâturage. Dans l'ensemble les déplacements se simplifient et l'on démonte moins souvent la grande tente. En Algérie, l'achaba, transhumance estivale sur les terres moissonnées du Nord, reste très pratiquée par les éleveurs des steppes et elle intéresse encore plusieurs millions de brebis. Elle régresse cependant depuis le partage des domaines autogérés en exploitations agricoles privées qui pratiquent maintenant des tarifs de location de chaumes ou de jachères moins avantageux, poussant les éleveurs à recourir de plus en plus à des achats de compléments qu'ils font venir par pleins camions du Nord. Le transport des fourrages remplace le transport des moutons.

Dans les régions montagneuses, celles du film par exemple, la motorisation n’est pas totale mais les transhumances doubles se sont simplifiées par disparition de la séquence hivernale au cours de laquelle les troupeaux descendaient dans les terres basses maintenant cultivées. A présent, les éleveurs qui montent plus tôt sur les parcours collectifs d'altitude et redescendent plus tard en hiver dans les forêts domaniales ou sur les rares parcours privés, ont construit des bergeries et produisent ou achètent du foin de vesce-avoine pour abriter et nourrir les animaux une partie de l'hiver. De l'organisation pastorale ancienne, il ne reste que quelques règles que l'administration de tutelle (le ministère de l'Intérieur) s'efforce de faire respecter sur les parcours collectifs d'altitude : tracés des limites des parcs pastoraux affectés à chaque communauté, identification des ayant-droits (mais les contestations sont de plus en plus vives à propos des "étrangers" , même installés depuis plus de vingt ans), interdiction de construction de bergeries et de défrichement pour mises en culture, contrôle des associations.

b) Généralisation de l’alimentation complémentaire et engraissement des agneaux
Cette double dynamique -régression de la mobilité et privatisation/mise en culture des parcours- conduit évidemment à une transformation de la conduite alimentaire des troupeaux et , au-delà, à produire de la viande rouge sur un modèle différent. En effet, le système alimentaire est de moins en moins pastoral. Par exemple, en Algérie, où la capacité des parcours steppiques a diminué de moitié en 15 ans, la steppe qui ne devrait plus nourrir qu'un à deux millions de brebis compte tenu de ses potentialités actuelles, en accueille en fait cinq fois plus, ce qui signifie simplement que le parcours n'assure plus que 20 % des besoins. Ce sont les ressources de l'exploitation agricole qui prennent progressivement le relais, et notamment les concentrés et les sous-produits, chaumes et pailles, soulignant ainsi le fait que l'élevage dit "sur parcours" de ces pays dépend de plus en plus de l'agriculture, sans y être nécessairement intégré au sens classique du terme. En effet les fourrages, qui sont le vecteur habituel de cette intégration, ne produisent que 10 à 20 % des ressources et ne semblent pas promis -au sein de ces systèmes "en sec"- à une grande extension compte tenu des contraintes qui s'exercent : exiguïté des exploitations, médiocrité des performances de troupeaux incapables de valoriser correctement de l'énergie chère et enfin faible coût des concentrés. En période de sécheresse, le recours aux aliments concentrés, céréales et sous produits agro-industriels, est devenu systématique et tend même à se répandre dans les périodes favorables compte tenu des rapports de prix en vigueur entre produits animaux et coût du concentré. La politique des prix vient ici renforcer les effets des pratiques foncières.

En Algérie où le rapport de prix kg vif d'agneau/kg d'orge est supérieur à 25 compte tenu du prix élevé de la viande, la contribution de la production proprement pastorale en steppe est maintenant négligeable tant les distributions de compléments sont importantes. Le comportement des éleveurs reste cependant économiquement logique puisqu'il faut à peine 10 kg d'orge pour faire un kg de viande.

Au Maroc où ce même rapport viande/orge varie de 12 à 14 selon les années, les apports en concentré, longtemps restés modestes, sont en constante augmentation. Sur les steppes de l'Oriental par exemple, les taux moyens “Aliments complémentaires/Apports totaux” par unité zootechnique (la brebis et sa suite) sont respectivement de 25 %, 47 % et 70 % en année bonne, moyenne et sèche. Chez les grands éleveurs notamment, on observe une évolution des pratiques : regroupements des brebis ou des agneaux (agneaux tardifs ou agneaux préparés pour la fête du mouton) par troupeaux spécialisés, rations spécifiques pour les agneaux dès le jeune âge et les tardifs qui auront à souffrir de l’été, etc. Les agneaux ainsi engraissés reçoivent 40 à 60 kg de concentrés (son, orge, aliment composé) de la naissance à l’abattage vers 6 mois pour un poids vif de 27-30 kg. On s'achemine ainsi vers un nouveau type d'élevage pastoral, qui continue à s'organiser sur un mode semi-nomade ou transhumant, tout en s'articulant étroitement au marché pour l'approvisionnement en intrants et pour les ventes d’animaux.

c) Intensification des cycles de production ou mutations complètes
Certaines régions pastorales, notamment le Sud tunisien ou les steppes et les montagnes marocaines, disposent de races ovines qui marquent un très court anoestrus saisonnier et de lactation. Elles peuvent ainsi, mais uniquement les bonnes années, être luttées moins d’un mois après l’agnelage d’automne et agneler une deuxième fois au printemps. Cette faculté adaptative aux zones arides permet ainsi aux animaux de se plier aux très fortes variations climatiques en réglant leur capacité de mise bas en fonction des ressources disponibles, une mise bas par an en année moyenne, voire aucune en année exceptionnelle, et deux mises bas par an les très bonnes années.

Cette faculté est à présent mise à profit par les éleveurs qui, disposant de ressources complémentaires, veulent intensifier leur production. Ils visent systématiquement une mise bas très précoce (septembre, voire août) par une efficace préparation alimentaire à la lutte de printemps, alimentent bien les brebis en lactation à l’automne et obtiennent ainsi chaque année une mise bas redoublée sur 30 à 50 % des femelles. On obtient donc plus d’agneaux par brebis mais cette intensification s’appuie sur les qualités de fertilité et non de prolificité de ces races peu prolifiques (moins de 110 % de taux de prolificité).

1.2 - Le contexte particulier du Moyen Atlas
La région d’Azrou et d’Aïn Leuh, où l’action du film se déroule, n’est pas une région de montagne ordinaire. Située à proximité des villes de Meknès et de Fès, c’est une région qui de tout temps s’est trouvée sur la voie d’échanges incessants d’hommes et de capitaux entre arrière pays et littoral atlantique. Nantie d’un réseau de souks actifs, cette montagne n’est donc ni enclavée ni autarcique mais bien au contraire largement ouverte sur l’économie nationale et livrée à de puissants enjeux sur ses espaces et ses ressources. Les migrants, venus des versants Sud sahariens mais aussi du Rif au Nord, ont de longue date enrichi cette population et participé à son expansion économique.

Sur le plan agricole, sous l’effet d’une pression démographique forte (la région d’Azrou va voir sa population passer de 35.000 à 160.000 habitants entre 1936 et 1998 !) et au rythme des changements qui vont transformer l’économie nationale, le système agraire va se trouver profondément modifié, tout en gardant ses caractéristiques les plus marquantes : l’agriculture irriguée dans la petite plaine du Tigrira, la céréaliculture dans la basse montagne et l’élevage ovin sur parcours.

Mais ce terrible accroissement de population va s’accompagner de la réduction de l’espace offert au pastoralisme, d’une réduction de la mobilité et d’une forte sédentarisation des troupeaux, du relatif maintien de l’effectif animal, enfin de l’extension des mises en culture. Le système animal va ainsi progressivement passer du “ tout pastoral ” à un mode “ agro-pastoral ”. Parallèlement on assiste à la montée en puissance d’une classe de grands agriculteurs et éleveurs qui vont savoir profiter des différents partages du collectif ou pouvoir racheter des domaines coloniaux, et s’orienter autant vers l’élevage ovin sur parcours avec de très grands troupeaux que vers l’agriculture intensive en irrigué.

C’est dans ce contexte de très forte compétition sur le foncier et sur les ressources naturelles de ces terroirs montagnards (espace, eau, sol, végétation), et notamment pour ce qui concerne les ressources communes du secteur collectif et de la forêt domaniale, que l’histoire du film doit être replacée. Quatre personnages représentatifs sont mis en scène et parlent. Ils évoquent leur vie, expliquent et détaillent le milieu qu’ils exploitent et leurs pratiques d’élevage, la façon dont ils exploitent l’espace pastoral et forestier, comment ils alimentent les troupeaux, le type d’agneaux qu’ils produisent compte tenu des exigences du marché.

Le film se découpe en six séquences : (i) une introduction, (ii) le premier tableau : revue des personnages, (iii) le deuxième tableau : l’art de garder des moutons, (iv) le troisième tableau : Conduite des troupeaux et transhumance, (v) le quatrième tableau : le Bekri, roi des agneaux, (vi) le dernier tableau : un désastre écologique annoncé.

Nous ne conseillons pas de visionner en une seule séance l’ensemble qui dure près d’une heure, mais d’utiliser des séquences associées en fonction des thèmes que l’on souhaite traiter, par exemple [(i) + (ii) + (iii)] ou [(i) + (ii) + (vi)], etc...
II - Le script du film

La scène se déroule dans le Moyen Atlas, entre montagne, piémont et plaine . Le jbel est un vaste plateau couvert de parcours et de forêts entre 1600 et 2000m d’altitude. Il accueille des habitants variés, transhumants, sédentaires, bergers,.....des “ étrangers ” même. Le piémont par contre est cultivé, planté. Une partie du terroir est irrigué et porte une agriculture intensive. Partout des maisons, des villages et aussi quelques petites villes comme Azrou, siège d’une vie active, lieu des échanges et de commerce avec son fameux souk du mardi. L’Azaghar (la basse plaine), occupé plus récemment, est largement cultivé, moins intensif mais très habité. De grosses exploitations agricoles associent la culture des céréales et l’élevage des moutons.

Mais ça n’a pas toujours été comme cela. Au début de ce siècle, les éleveurs pratiquaient ici une double transhumance. Ils partaient l’automne et l’hiver en bas, dans l’Azaghar et à l’abri des forêts du piémont. Et au printemps, ils remontaient progressivement pour installer leur tente l’été venu dans le Jbel : la montagne. Chaque tribu disposait ainsi d’une longue bande de terre aux frontières jalousement défendues qui permettait à chacun de profiter au mieux des trois étages de végétation. C'est comme ça que s’est constitué le territoire collectif de chaque tribu. Mais en cinquante ans, la population a quadruplé et les terres collectives de l’Azaghar ont été progressivement partagées entre +les membres de la tribu. Labourées et plantées, elles ne sont plus disponibles pour le pâturage collectif. Les éleveurs, installés dans leurs nouveaux villages, passent à présent l’hiver sur les jachères ou en forêt près des bergeries, et séjournent le reste de l’année sur les parcours du Jbel.

 

Premier tableau : revue des personnages

Quatre personnages entrent en scène, OMAR le petit éleveur, les gros éleveurs de l’ANOC (Association nationale Ovine et Caprine) comme HAJ SMAIL ou HAJ BAADI, HASSANI le vieux berger (avec son patron ABOUBI), enfin AHMED et son épouse RQUIA en butte à de sérieuses tracasseries.

OMAR, petit éleveur Ait Mouli et donc ayant droit du collectif, exploite 150 brebis dont une grosse partie en association. En bas, il a sa maison, des cultures sur quelques hectares. Il monte tôt sur le jbel et garde lui même. Sa femme reste en bas, retenue par les occupations quotidiennes.

“ Quand je me suis décidé à construire, j’ai ramené un maçon et je lui ai dit que je voulais 100 m2. Il m’a demandé où on mettait la porte, ici ou là, Je lui ai dit vers l’Est. On est tombé d’accord, on a mesuré et on a commencé les fondations. Il m’a dit, je te ferai une chambre de ce coté, une autre au milieu, une troisième derrière et un patio au centre. On a amené le ciment, le sable, le fer et on a coulé la dalle. Q. Ici c’est mieux qu’au Jbel ? Bien sûr, la nouala c’est vraiment pénible alors qu’ici c’est pour se reposer. Mais sur la montagne c’est vraiment difficile ”

“ Ma femme ne veut pas monter au jbel avec moi car les conditions de vie sont trop dures. Il faut aller chercher l’eau au loin, il fait froid...et en plus elle a beaucoup de travail en bas...et si on laisse la maison vide on risque d’être volé.... Moi je n’ai qu’une seule épouse, donc elle ne peut pas laisser la maison et venir avec moi. Ici quand les hommes ont deux femmes, ils en laissent une en bas, et l’autre vient au jbel pour aider au gardiennage et à l’abreuvement. Q. Et toi, tu n’as pas pensé à prendre une deuxième femme ? Non, une me suffit. Tu sais les femmes sont ennuyeuses, il leur manque toujours quelque chose, elles ne cessent de demander de l’argent, du savon , des vêtements, une belle tente...Que sais-je encore?? Or moi je ne suis qu’un pauvre berger qui prend des troupeaux en association ”

HAJ SMAIL ou le sheikh OUALI sont de grands éleveurs qui ont adhéré à un groupement de sélection de la race Timhadit, encadré par l’ANOC.

Le technicien ANOC  : “ Celle-ci elle a des cheveux blancs, elle ne peut pas être retenue dans le troupeau ...... Celle là correspond exactement au standard ”

Ils ont de gros troupeaux, plusieurs bergers salariés, de vastes terres très bien mises en valeur, souvent irriguées, semées en céréales, fourrages ou plantées de vergers. Ce sont au demeurant des agriculteurs avisés et très compétents.

OUALI J’ai 8 filles et 10 garçons...et 3 épouses. On travaille pour nos enfants, mais dieu merci on est très bien. On remercie notre roi, sans lui on ne pourrait rien faire...j’ai 200 ha dont 80 en irrigué, je possède des terres à Amglass, Ain Leuh, Azrou, Sidi Addi, Boufrah,..et au Jbel aussi. Dieu merci nous vivons très bien et on aide même les gens démunis. Avec les ouvriers que j’emploie je fais vivre dix familles avec 6 ou 8 enfants chacune. Ils sont tous rémunérés, logés et nourris....J’exploite 1000 brebis, 100 chèvres, 10 mulets, 20 vaches aussi....On vit bien... ”

HASSANI le vieux berger, c’est un salarié, il n’est pas né ici et n’a donc aucun droit sur le parcours. Ne pouvant constituer son propre troupeau, il garde ceux des Ait Mouli. Il mène une existence difficile, celle des bergers...

“ Il faut se réveiller à 5:00. Tu prépares ton petit déjeuner. Tu sépares les agneaux de leurs mères dans des cachettes que tu couvres d’une bâche plastique. Et tu sorts tes animaux pour les amener loin jusqu'à environ 13:00 ou 13:30 pour amener le troupeau au point d’eau. Une fois à l'eau, tu abreuves les animaux, et tu fais pâturer le troupeau jusqu’au soir pour les ramener vers le coup de 5:00 a la zriba (l’enclos). Tu remets les agneaux avec leurs mères pour les traire. Et tu entres pour préparer la marmite et te faire du thé. S'il y a de l'huile d'olive, avec le thé tu manges un peu de pain. Et tu commences a préparer le dîner. Ensuite tu manges ta marmite. Puis tu prépares ton lit et tu dors. Mais tu restes toujours en alerte. On se réveille la nuit a cause des chacals. Le chacal nous pose des gros problèmes. Il y a du chacal ici. Il vient la nuit et on n'arrête pas de crier...Ha, Ha, Ahchem, ..... Ah y oua,.il est passe par là. Il est passe par là et on dresse le chien contre le chacal.

......J’ai décidé de quitter cette place de berger que j’ai depuis deux années parce que mon fils veut commencer à garder lui aussi. On veut prendre deux troupeaux car un seul troupeau est insuffisant. Qu'est ce que tu peux faire avec 7000 Dh par an? C'est très insuffisant, 7000 Dh plus quatre quintaux de blé et deux sacs de pain de sucre ne sont pas du tout suffisant. Le propriétaire ne veut pas me lâcher, mais je vais le quitter. Après tout, chacun fait ses calculs. Il faut que je le quitte si je veux prendre deux troupeaux. LesBergers s'engagent maintenant à 10.000 ou 12 500 dirhams. Mais au salaire de 12 500, il n'y a pas d'avantages en nature. LeBerger doit se prendre en charge. Il doit acheter ses bottes, ses vêtements, sa nourriture...et le propriétaire n'apporte rien. ”

HAMED, le mari de RQUIA, n’est pas né ici lui non plus...mais presque. Il est arrivé de la Moulouya avec ses parents il y a près de 30 ans. Il a d’abord exercé le métier de berger et s’est enfin mis à son compte en 1975 avec un troupeau de 80 têtes. .Il en compte à présent 400 !! Excellent éleveur, il est en conflit avec les gens locaux qui lui refusent l’accès au parcours collectif sous le prétexte qu’il n’est pas ayant droit de la communauté. Bravant les interdits, il est installé hiver comme été en montagne dans des abris de fortune démontables et mobiles.

“ Quand j’ai commencé à travailler, j’avais 12 ans et je ne possédais rien. Je recevais 400 dh par an. Après 2 ans je suis passé chez un autre éleveur, puis un autre et ainsi de suite. En juin je touchais mon salaire, 1500 ou 2000 dh par an,  et j’ai ainsi économisé.... Quand j’ai eu a moi 80 brebis, l’éleveur n’a plus voulu de moi et je me suis alors installé sous ma propre tente en 1975. L’éleveur chez qui je travaillais avait 600 têtes, mais maintenant il n’en a plus que 150...et moi j’en ai 400. Alors par jalousie on veut me chasser de la communauté. Pourquoi ?? On me considère comme étranger à la tribu sans prendre en compte toutes ces années passées dans la région, et quand ils se réunissent entre eux ils sont tous prêts à jurer qu’on vient juste d’arriver !! ”

C’est donc en montagne, loin des regards, qu’il se réfugie sous sa nouala (hutte) en plastique. La vie là-haut est dure et chacun s’active.....comme Rquia, la femme d’Ahmed

Rquia “  Ici, à l'intérieur. bon le matin je prépare le petit déjeuner, on mange ensemble, puis je prépare le pain, je fais la lessive et après le déjeuner je fais la vaisselle. Je balaye le sol, je décore la nouala, j'allume le feu puis je prépare le dîner et ainsi de suite....Dehors, je ramasse moi aussi les bottes de paille et je donne du Cicalim(aliment complémentaire), je balaye avec mon mari la bergerie. J'utilise la brouette. Quand il veut faire rentrer le troupeau, on subdivise les agneaux en lots, je l'aide, je cherche l'eau. J'aide mon mari à abreuver aussi le troupeau. Je soigne également les chiens et lesmulets. Enfin, je coupe le bois et je le transporte à l'intérieur de la nouala pour qu'il puisse être utilisé pour la préparation du pain, 5 à 8 pains par jour. On utilise le four traditionnel tous les jours car il est nécessaire. Et puis le soir, je prépare le dîner voilà tout ce qu'il y a. ”

Deuxième tableau : l’art de garder des moutons

4 histoires...4 vies bien différentes, d’éleveurs confrontés à des problèmes quotidiens et s’adaptant plus ou moins facilement aux changements économiques et sociaux. Les conditions de vie et de statut social de tout ces gens sont très différentes et les stratégies pour “ faire du mouton ” et conduire un troupeau ne sont évidemment pas les mêmes d’un éleveur à l’autre. Mais une image s’impose, celle d’éleveurs compétents.

Une parfaite connaissance du milieu

Ces espaces mille fois parcourus sont connus mètre par mètre, plante par plante.

Omar “  Cette herbe s'appelle “igege” , elle est très intéressante pour les animaux en automne, elle reste toujours verte. Mais celle là qui se dessèche est sans intérêt pour les animaux. qu ? : Comment elle s'appelle? elle s'appelle “tarazazi...Cette plante là est très utile aux animaux en automne car bien que sèche elle reste assez haute et les animaux la consomment, en particulier les tiges. Elle s’appelle “tinoura”. Et elle est intéressante pendant les mois de novembre ou décembre... les animaux la consomment comme de l'orge, elle est très bonne. Il y a aussi d'autres herbes comme celle là, quand les brebis ont faim, elles la secouent avec ses pattes, elles mangent ces parties là et rejettent les parties épineuses, elle s'appelle “aguerbaze... Cette herbe n'est pas consommée par les animaux, elle s'appelle “zebzafe. Et cette herbe s'appelle “Takount”, elle est toxique, elle tue les ovins et les bovins. Même les caprins ne la consomment pas. La plante fleurit comme le tournesol avec des graines de couleur jaunes. Si les brebis consomment ces graines, elles tombent raides mortes sur place. C'est tout ce qu'il y a comme types d'herbes ici... Et cette herbe épineuse, si les brebis ont faim, elles le secouent avec ses pattes et elle bouffent ses parties tendres. ”

Ahmed “  Cette plante est bonne pour le troupeau. qu ?": Comment vous appelez cette plante"? Elle est appelée en arabe ´"touchant" qu ? Et en berbére ? ´"Azoukeni" . Celle ci est appelée ´"tamrouyte" qu ?": Et elle est bonne pour le troupeau"? Celle ci est bonne, elle est appréciée aussi par le troupeau, elle persiste tout le temps. Cette espéce n'est pas appréciée par le troupeau, elle comporte des substances toxiques (le latex) qui entraîne la mort des animaux. Elle est appelée ´"Mlbina" et en berbére ´"tinougha" . ”

Ahmed, Omar et les autres connaissent aussi les habitudes du troupeau et les lieux qu’il préfère. Ils accordent ainsi une grande importance à ce qu’ils dénomme l’Oukar.

Ahmed “ L’OUKAR du troupeau ? Et bien, si les animaux passent deux ans ou plus dans un même lieu, ils commencent à bien connaître cet endroit. Les jeunes et les adultes s’y habituent. Et même si la place est pauvre en herbe, ils la préfèrent à un endroit plus riche qui n’est pas leur OUKAR, parce qu’ils le connaissent, retournent les pierres, grattentavec leur pieds . Il faut au moins 2 ans pour que le troupeau s'accoutume à un tel lieu, qu’il s’habitue à l’eau, à l’aire de couchage (le “ mergued ”) et surtout au pâturage. On sait ça d ’expérience. Et si les animaux ne sont pas en bon état, il faut surtout les laisser dans leur Oukar, et quand on change de place, les deux premières années sont toujours plus difficiles. ”.

Donc un berger ,ça doit savoir tout faire

Omar “  Un bon Berger doit bien surveiller son troupeau; bien repérer les animaux malades, ceux qui pâturent, ceux qui ne pâturent pas. Les animaux qui ne pâturent pas, il faut leur examiner la bouche pour voir s'ils ont un problème. Un mauvais berger lâche le troupeau qui commence a courir, puis il crie ou il siffle sur le troupeau pour le faire revenir ou il demande à un autre berger plus loin de faire revenir le troupeau. Une fois revenu, le troupeau repart. Un mauvais berger se met derrière le troupeau pour le conduire. Un bon berger doit se mettre devant le troupeau pour le ralentir et même quand il veut ralentir le troupeau, il fait comme ça, il envoie un cailloux pour éviter la dispersion des animaux. Le bon berger doit toujours marcher devant le troupeau, toute la journée jusqu'au soir au retour du troupeau a la bergerie. Un mauvais berger s'intéresse seulement a comptabiliser le nombre de jour de travail. Il faut observer les animaux un par un. Celle là est bonne, Celle ci n'est pas bonne, pourquoi elle n'est pas bonne? A t-elle besoin de traitement, je demande des médicaments, a t-elle besoin de sel, je demande du sel. Même si elle a besoin de complément alimentaire car le disponible n'est pas suffisant, je la fais descendre en bas pour mieux la nourrir. Il ne faut pas que je laisse les animaux en mauvais état. Je dois bien prendre soin des animaux ou bien je m'en vais pour faire autre chose. ”

Et puis un berger, c’est aussi un médecin

Ahmed “ Les animaux souffrent souvent de la maladie de la ria ( l’entérotoxémie). Pour les bêtes, il faut de l'aération. Le plastique est assez bas et ça crée un milieu humide car il n'y a pas suffisamment d'espace. C'est comme une personne qui viendrait de prendre un bain au hammam et qui en sortant attraperait froid. Les animaux à l'intérieur sont dans un air chaud et humide et le fait de sortir à l'extérieur les exposent et ils attrapent froids, c'est comme ca qu'ils tombent malades. ....On va chez le vétérinaire ou le pharmacien, on lui demande le médicament pour la “ria” et il nous le livre....De la sophamicine...c'est très bon...... Tu vois, cette brebis est atteinte d’une maladie du coeur qu’on appelle ´"Bouglib" et pour laquelle on n’a pas trouvé de remède. On trouve de l'eau entre les tissus cardiaques et la peau. Malheureusement on a cherché partout les médicaments mais on n’a pas trouvé le bon remède. qu ?": Et la médecine traditionnelle"? On traite avec un produit qu'on appelle ´"katrane" .C’est est un liquide qui provient du feuillage des cèdres. Je l'ai déjà essayé, mais ça n'a rien donné. Ce “ katrane ” doit être bu par la brebis, mais les symptômes continuent à apparaître, sous le museau, la brebis est chétive, la queue sans laine...qu ? Pour cet agneau d’où vient la diarrhée ?? Tu vois, il n’a pas encore pâturé, il n’a pas de dents. Mais il a commencé à boire de l’eau. C’est la cause de la diarrhée. Il ne faut pas qu’il boive de l’eau avant de pâturer, il ne doit consommer que du lait. S'il consomme l'eau avant pâturage, il va être atteint de cette maladie...On fait des piqûres. On achète ça chez le pharmacien et on les pique ici. ” 

Et puis il y a les ruses du métier, par exemple comment dresser une brebis meneuse (les brebis trhicht).

Omar “ Trhicht, je l'éduque depuis l'âge de 4 a 5 mois, depuis qu'elle est une jeune agnelle et on la tape jour après jour jusqu'à ce qu'elle soit dressée. Chaque jour je la tape un peu, jusqu'à ce qu'on la tonde pour la première fois (6 à 8 mois). Une fois tondue, elle est complètement dressée. Chaque fois que tu annonce Trhicht, elle part en premier, même si il y a du feu devant elle, elle part en premier. L'oued, elle le traverse. Elle ne recule devant rien. Elle craint le bâton. Tu apprends à la brebis comme tu enseignes à l’enfant, tu lui montre comment faire, c'est la même chose. ”

Ahmed, lui, n’a pas eu besoin du bâton pour apprendre à son fils le métier de berger.

“Mes enfants, je les connais depuis leur enfance. Ce petit, il connaît les agneaux,il est consciencieux. Si je veux vendre des belles bêtes, des fois il s'y oppose. Il n'est pas paresseux. Même quand il neige, s'il voit une brebis qui s'apprête a mettre bas, il court vers la brebis pour l'aider. Quand il voit qu’une brebis va mettre bas, il reste a côté d’elle dans la nouala jusqu'a ce qu'elle mette bas. Parce que parfois, lorsque la brebis est primipare ou qu’elle n'est pas en bon état, elle risque de ne pas avoir assez de force pour expulser l'agneau qui risque de s’asphyxier. Mon fils, qui reste auprès de la brebis, assiste la brebis de la même façon qu'il m'a vu faire. Quand l'agneau sort sa tête, il soutient la brebis en lui maintenant les pattes pour l'aider a mieux respirer jusqu'à ce que l'agneau sorte. Et quand on sépare les agneaux des mères, il redonne ensuite à chaque brebis son agneau sans se tromper. Il se rappelle de tous les agneaux même quand ils sont devenus grands. Il sait cela depuis son enfance. Mes autres enfants, il faut toujours les pousser et être derrière eux : il faut faire ci, il faut faire ca, ... Ils sont paresseux, pas comme celui là. ”.

 

Troisième tableau : Organisation de la conduite des troupeaux et transhumance


Mais là où les choses changent d’un éleveur à l’autre, c’est dans l’organisation des déplacements des troupeaux et dans la façon d’utiliser les ressources de la montagne. Aboubi, le patron du vieil Hassani, est un petit éleveur devenu grand.

Aboubi “  Quand je montais moi même au jbel, je montais en avril, mai. Mais plutôt avril et j’y restais car je ne faisais pas d'agriculture. Depuis que j'ai commencé à labourer, j'envoie desbergers avec leurs familles. En hiver, les grandes tentes sont dressées en bas mais les animaux restent la haut. S'il neige, les bergers descendent les troupeaux. Quand la neige fond, les troupeaux remontent. C'est ce qu'on fait depuis bien longtemps. Tout le monde faisait la même chose. S'il neigeait, il était indispensable que les troupeaux redescendent ici par ce que là haut il n'y avait pas de bergeries. Mais ces derniers temps, du côté des Ait Ouahi, là où campe le mari de Rkia, les gens ont commencé à construire des noualas au bord de la forêt pour abriter les troupeaux de la neige. ”

Il y a donc maintenant deux grands types d’éleveurs radicalement différents, des sédentaires fixés en montagne et des transhumants utilisateurs temporaires du jbel.

1. Les sédentaires du jbel comprennent ces gens venus d’ailleurs, et en principe interdits de parcours collectif, comme Ahmed et Rquia, et qui sont condamnés à rester là-haut tant qu’ils n’auront pas acheté de terrain en bas. Mais il y a aussi les propriétaires du bas qui installent en haut un berger quand ils en ont les moyens...ou un fils cadet quand ils sont trop serrés en bas.

2. les transhumants. Il faut distinguer les petits propriétaires ,comme Omar qui garde lui même et utilise les parcours du jbel et de la forêt plus de 8 mois par an...et les gros éleveurs, comme ceux de l’ANOC, dont les troupeaux sont nourris l’hiver en bas dans des bergeries et qui envoient leurs troupeaux au jbel menés par des bergers, comme le vieil Hassani, pour des périodes un peu moins longues.

La manière de conduire les troupeaux varie donc d’un type d’éleveur à l’autre.

  • Les gros éleveurs de l’ANOC élèvent en général deux types de troupeaux, un troupeau de sélection pour produire des reproducteurs de race Timhadit, mâles et femelles....et un ou plusieurs troupeaux commerciaux.

Haj Baadi “ On fait descendre les troupeaux quand il commence à neiger dans lesBergeries qu'on a à la limite de la foret. Nous avons les Bergeries dans deux endroits...à Tagounit. Quand on est serré par la neige et que tout est recouvert, on descend vers la plaine (louta) où, nous avons des terres privées, on a de l'herbe et il y a moins de neige. Il faut qu'on donne de l'alimentation au troupeau. Il faut qu'il y ait du fourrage. Dans ce pays de l'Atlas, il faut apporter l’alimentation en hiver...J'ai trois troupeaux, celui encadré par l'ANOC sur lequel je lâche les béliers durant le mois de mai, le deuxième où la lutte se fait en juillet et le troisième en Septembre. Je fais ces séparations pour desquestions d'alimentation, pour ne pas avoir à nourrir tous les agneaux en même temps. En plus ,les agnelages ont lieu en saison des pluies et les bergeries d’en bas ne sont pas suffisantes pour tous les animaux.L’hiver nous avons le fourrage et le concentré en stock dans ces bergeries. On donne à peu près une gamelle de concentré par brebis et par jour, et ce n’est qu’après 4 mois qu’on commence à diminuer la ration au premier lot de brebis, puis pareil pour les autres lots. S’il n’y a pas de neige, on remonte en forêt. ”

Haj Smail, président du groupement de l’ANOC, est sans doute l’un des meilleurs éleveurs de la région. Il exploite plus d’un millier de brebis, réparties dans 4 ou 5 troupeaux que conduisent des bergers.

Ismaïl : “ Mes troupeaux ANOC, je les nourris bien en hiver et je les traite bien, pour que je puisse avoir des agneaux précoces au mois de septembre de l’année qui suit. Parce que, si les troupeaux ne sont pas bien nourris et traités en hiver, ça sera difficile de les faire lutter au printemps. Avant que je lâche les béliers, je fais entrer dans les troupeaux deux béliers avec des tabliers marqueurs qui empêchent la saillie. Les béliers avec tabliers m'indiquent si les brebis veulent bien du bélier ou pas. Quand je vois que les brebis sont prêtes pour la lutte, je lâche les béliers. A ce moment, je divise les troupeaux en 3 groupes. Je choisi de très bons béliers.... Quand la commission de sélection passe, je vois les produits et leurs pères. Le bélier qui donne des produits classés premier ou deuxième, je le retiens. Celui qui donne des produits troisième, je ne le garde pas. Je veux améliorer mes troupeaux génétiquement. Les luttes, moi , je cherche a les grouper. Les 300 brebis doivent être saillies dans un délais de 30 a 40 jours.Lle groupement des luttes me permet d'avoir des lots homogènes d’agneaux. Avant la mise bas , je donne le CMV, l’orge et le maïs, l’orge pour engraisser la brebis, le CMV pour renforcer les os chez l’agneau et le maïs pour améliorer la production laitière de la brebis. Après la mise bas, j’ajoute le son et le fourrage...Pendant la période d'agnelage, je descends mes brebis a labergerie. Je ne les laisse pas dans le jbel. Mes troupeaux de l'ANOC doivent agneler dans un délai de 40 jours, avant le mois de novembre filahi (calendrier agricole, donc fin novembre). Quand les animaux sont dans les bergeries, je donne aux agneaux du foin de luzerne au début. Ensuite je commence à leur apporter du son et de l'orge concassée. .. Au bout de 3 a 4 mois ,c’est à dire en janvier-février, je les fais pâturer de l’orge en vert pendant 2 a 3 heures pour les préparer à la montée au jbel avec leur mère. Ce qui permet d’éviter des chutes de poids chez l'agneau à cause des changements de régime. Le fait de mettre les agneaux sur l'orge en vert prépare les estomacs de l'agneau à l'alimentation. Au total je supplémente 7 mois par an. J’ai 800 brebis et 700 agneaux. Je viens de faire les comptes, j’ai dépensé 310.000 Dh de nourriture. Le fourrage je ne l’achète pas je le produis sur mes terres, l’orge en grain j’en produit la moitié. ”

B. Omar, petit transhumant, garde lui même, monte tôt et descend tard.

“ On est monté au jbel moi et mes neveux en avril. Mais je descends de temps en temps en bas pour 2 ou 3 jours ; et mon fils, qui garde à la maison des antennais, s’occupe du maraîchage et des céréales, et vient me remplacer ou bien ce sont mes voisins (qui sont des parents).Je descends tous les 15 jours ou une fois par mois pour aller au souk ou au hammam....Les 4 mois d’hiver, quand on est en bas, le matin on donne aux animaux les aliments suivants orge, son et fourrage et on les fait boire dans la bergerie, puis le troupeau sort pour pâturer. Pour ce qui est des antennais, on leur donne du son, fourrage, orge. On reste comme ça 4 ou 5 mois en bas puis on monte au jbel quand le temps est bon. On subdivise le troupeau en 2 lots. Les brebis montent et les antennais restent et sont nourris avec l’orge en vert et s'il pleut on les fait rentrer à la bergerie, donc on se débrouille.... Au total on donne 1 quintal d'orge et un quintal de son, qui est l'équivalent de 6 Abra/jour pour 100 têtes plus 1 balle de fourrage/jour. Il faut compter approximativement 75 DH dépensé par jour pendant 4 mois.

QU ? Tu m'avais dit qu’une partie de ton troupeau était prise en association ? 50 têtes sont à moi et l'autre partie appartient à un type d'Errachidia. Il m'avait donné 80 têtes au début et maintenant il en possède 150.Il me donne au début 1500 DH pour acheter les aliments, et puis quand on partage les bénéfices, il soustrait pour son compte cette part initiale et le reste on le partage en deux. Pour ce qui est des antennais quand je veux vendre par exemple 15 têtes, je lui téléphone et il me fait signe de vendre. Et à la fin on partage les bénéfices. ...Q Qu’est ce que tu fais de l’argent ? Je le cache dans un coffre à la maison Q. Tu ne les mets pas à la banque ? Tu crois que j’ai 20 millions pour les mettre à la banque.??...je n’ai que 5000 Dh .Je te jure que je peux rien faire avec, en deux souks il me reste plus rien à dépenser !! ”

C. Ahmed et Rquia, sédentaires forcés, restent toute l’année en montagne. Leur problème c’est l’hiver.

“  A l'approche de l'hiver, on essaye de stocker tout ce qui est nécessaire pour l'alimentation du troupeau (balles d'avoine, fourrages ...) et qui vont assurer les besoins du troupeau pour une durée de 4 mois. En hiver, on travaille même la nuit, on dégage les blocs de neige du dessus de la Kheima (la grande tente), on crée des sentiers et on vérifie tous les soirs la disposition des piquets qui fixent la Kheima au sol. Ici la neige est excessive, elle dépasse 1 m. On essaye également de vider les mangeoires et de les remplir par les aliments dont les quantités dépassent les besoins des animaux, car une partie des aliments est toujours perdue à cause du vent. Les agneaux doivent être mis à l'intérieur de labergerie ; tous les jours on doit les contrôler en leur donnant du lait artificiel. Ce qui est difficile ici en hiver, c'est le problème d'eau. Après que la brebis ait consommé de la paille ou du fourrage, elle a envie de boire. Mais il y a un manque d'eau car même si on stocke l'eau dans des citernes elle est gelée. L'eau est juste suffisante pour la famille..... Deux mois avant l’arrivée de la neige, il faut donner 1 Kg de concentré pour 4 à 6 brebis pour les préparer à affronter le froid. Mais elles en mangeraient bien 1 Kg chacune !.Quand la neige est là, on fait 3 lots pour nourrir le troupeau

1. Dans la nouala, on sépare avec du grillage les brebis qui ont des agneaux âgés. On met une mangeoire avec du concentré pour les agneaux pendant qu’on fait sortir les mères qui reçoivent du concentré dehors. Puis on les remet.

2. Ensuite, pour nourrir les brebis accompagnées de jeunes agneaux, on les sort en laissant les agneaux à l’intérieur et on leur distribue dehors fourrage et concentré.

3. Même chose pour le troisième lot composé des brebis vides, des antennaises et des béliers qui reçoivent paille et concentré. ”

 

Quatrième tableau : le Bekri, roi des agneaux


Tous les éleveurs sont d’accord là dessus, l’agneau précoce d’automne, le Bekri, c’est le meilleur et pour plusieurs raisons.

Comment s’y prendre pour avoir des naissances précoces ??

1. Il faut savoir que les brebis ne sont pas fertiles en hiver

2. Pour obtenir un agneau Bekri, né en OCTOBRE, il faut donc que les brebis soient saillies 5 mois plus tôt, donc en MAI

3. Mais pour être fertiles et entrer en chaleur en MAI, il faut qu’elles soient en bon état, donc bien nourries l’hiver qui précède et qu’elles n’aient pas agnelé trop tard pour avoir le temps de “ se refaire ” comme on dit.

5. A ces conditions, ces brebis qui agnèleront en OCTOBRE pourront à nouveau être saillies 1 ou 2 mois après (car les brebis locales reviennent vite en chaleur)

6.... et cinq mois plus tard, elles feront un 2ème agnelage en produisant des agneaux Mazouzi

7. On comprend aisément qu’à la campagne suivante, ces brebis qui ont agnelé deux fois seront incapables d’être saillies à nouveau en MAI pour redonner un agneau Bekri. De fait, saillies en AOUT, elles ne réagnelleront qu’en janvier de l’année suivante pour produire un agneau d’hiver, le Wasti.

8. Dans un tel système, une brebis bien nourrie peut donc faire deux agnelages la première année (Bekri suivi de Mazouzi), et un l’année suivante (le Wasti), soit 3 agnelages en 2 ans séparés de 7, 8 et 9 mois.

9. En vérité, les bons éleveurs partagent leur troupeau en deux lots. Quand l’un est composé de brebis qui vont agneler tôt et faire de l’agneau Bekri, l’autre est décalé vers le Wasti et ne fera du Bekri que l’année suivante;

10. Et les brebis fatiguées dont l’état est médiocre et qui, n’ayant pu récupérer n’ont pas été saillies, pourront glisser d’un lot de lutte à l’autre et ne pas rater une année complète.

11. On a donc chaque année avec ce système des agneaux des 3 types, et notamment des Bekri, et la possibilité de vendre dans les périodes les plus favorables : (i)les premiers souks de février -Mars, (ii)la fête du mouton qui pour le moment est au printemps, (iii)la période des moissons, et (iv) la fin de l’année.

Aboubi “  Nous dans le temps, on ne lâchait les béliers dans le troupeau qu’à Tifsa, c’est à dire en avril. Maintenant, avec l'utilisation du concentré, les béliers sont réintroduits plus tôt et les naissances ne s'arrêtent plus entre octobre et mai. Si tu as 400 brebis , au bout d'une année tu auras 800 agneaux. Tout à l'heure, quand je vous avais dit qu’il y avait 350 brebis qui ont agnelé, eh bien le reste des brebis va remettre bas une deuxième fois à cause de la bonne alimentation, des traitements sanitaires et de la bonne conduite. Mais si je suis négligeant, il y aura beaucoup de pertes....Le vrai gain au niveau du troupeau c'est les agneaux, c'est d'avoir deux agnelages. 100 brebis donnent 100 agneaux bekri et 100 agneaux mazouzi. Les agneaux bekri, c'est un gain. Au lieu de vendre les mères, tu vends les agneaux; 100 agneaux peuvent rapporter 70 000 dh que tu peux utiliser pour couvrir plusieurs dépenses, et tu auras en plus 100 agneaux mazouzi. En définitive, tu as 200 agneaux. Les gens paresseux, au contraire, au lieu d'avoir des bekri, ils vendent une partie des brebis pour couvrir les dépenses ménagères et le remboursement du crédit agricole. Alors comment nourrir les bêtes ?? ”

Chez Haj Ismail il y a deux logiques, celle du troupeau prestige de sélection suivi par l’ANOC sur lequel il ne fait qu’un seul agnelage...et les autres sur lequel il fait deux agnelages...et de l’argent.

Ismaïl “  Personnellement, dans le troupeau qui n'est pas celui de la commission, j'ai 300 brebis qui ont donné des bekri. Trois mois après la mise bas, je les ai fait lutter de nouveau et je vais avoir un deuxième agnelage pour ces 300 brebis. Elles vont agneler en avril. Si 300 brebis te donnent 600 agneaux, c'est une bonne production même si tu dois dépenser un peu plus d'argent en alimentation. Et dans tout mon troupeau, 7 brebis seulement n'ont pas agnelé. C'est incroyable mais c'est vrai....Sur mes troupeaux qui ne sont pas à l’ANOC, je pratique la même alimentation mais ces troupeaux sont plus rentables parce que je pratique un agnelage précoce. Moi dès le mois de janvier il me faut des agneaux bekri à vendre. Il faut qu’ils soient les premiers sur le marché. Si on est les premiers sur le souk, on profite de bons prix. Un bon éleveur doit être sur le souk avant les autres ! ! Si tu entres avec les autres c’est pas intéressant.

Mais ce triple agnelage en deux ans n’est pas toujours aussi bien programmé. OMAR qui a peu de moyens et subit les caprices du climat, ne réussit le Bekri que les bonnes années

Omar “ Tout dépend de Dieu, par exemple l'année dernière était bonne, il y avait des naissances Bekri, tandis que cette année, elle est mauvaise donc il y aque des naissances Mazouzi. L'année dernière, j’ai eu 50 agneaux BEKRI, on les a engraissés puis vendus au souk. Cette année, c’est pas aussi bon, l’herbe est insuffisante, il faut complémenter dès Mars si on veut des BEKRI...mais on ne les complémente pas...on est fatigué...l’orge est chère... Qu’est-ce que tu veux.....

 

Dernier tableau : Un désastre écologique annoncé


Il est un domaine pourtant ou rien ne va plus et qui amène à se poser de graves questions sur la survie de ces systèmes. C’est celui de l’environnement et de la gestion des parcours hors forêt et en forêt.

Haj Smail “ L'élevage devient de plus en plus coûteux. Personnellement, je faisait jusqu'à 1600 brebis et je suis redescendu a 800 brebis. J'ai diminue de moitié.Avant les parcours étaient suffisants. Nous utilisions la forêt et les éleveurs n'étaient pas très nombreux. Maintenant, les Eaux et Forêt s ont repris leur territoire et ont laissé très peu de forêt à notre disposition. De plus, les ayants droits passent des contrats avec des non ayants droit des villages et des villes. Le contractant achète 400 a 500 têtes à l'ayant droit avec lequel il a passe le contrat en mars et revend ce troupeau en juillet ou août. Qu'est ce qui reste sur les parcours comme herbe, rien que du sol nu. Toi qui fait de l'élevage, tu supplémentes à partir de août en attendant l'herbe de printemps. Une fois le printemps arrive, il y a de nouveau des troupeaux sous contrats entre ayants droits et non ayants droit. C'est la raison pour laquelle les éleveurs diminuent leur troupeaux. En plus il y a la poussée démographique. Le nombre d'ayants droit augmente et la terre reste la même. En hiver, on ne sort les troupeaux que pour les réchauffer et on les fait revenir le soir pour leur distribuer la nourriture. Les gens sont sous les plastiques dans le jbel. Dès que la neige est fondue, ils sortent pâturer. L'élevage est devenu très difficile.

Haj Smail évoque alors le système traditionnel de l’Agdal, qui consistait à mettre en réserve en hiver et au printemps certains parcours pour ne les réouvrir qu’au mois de juin.

Ismaïl “  Du temps où on faisait l'Agdal, les éleveurs descendaient dans l'Azaghar. Depuis que le ranch Adarouch s'est installé dans l'Azaghar, il n'y a plus d'Agdal. Avant les gens descendaient vers l'Azaghar. Dès octobre ou novembre, plus personne restait dans le jbel, c'était vide, presque désert. Tu craignais de passer dans le jbel. Les éleveurs ne remontaient dans le jbel qu'en avril, mai. Et quand les éleveurs montaient au jbel, la hauteur de l'herbe était de 20 cm....Une autre cause de la disparition de l'Agdal, c'est la construction des abris dans le Jbel. Donc, les parcours du Jbel commencent à être utilisés tout le long de l'année soit par le biais des abris soit par le biais des noualas. Les terres de parcours collectives sont devenues comme le visage qu'on rase chaque jour. Il ne reste plus rien sur ces parcours.

En forêt, le constat est encore plus sévère. Si le pâturage de l’herbe est permis dans certaines parties de la forêt, l’ébranchage est partout interdit. Mais pour tout ceux qui passent l’hiver là-haut, l’aliment apporté par les feuillages est quasiment indispensable malgré la surveillance exercée par les forestiers.

Omar. “ Tout le monde paye des PV ici, mais sans raison. Si c’était nous qui détruisions la forêt, d’accord pour l’amende. Mais on n’a rien fait !! Si le forestier veut attraper les coupables, qu’il vienne quand il neige !! Parce que s’ils viennent constater les dégâts quand il fait beau, ils punissent ceux qui n’ont rien fait. Juste après notre arrivée en montagne au printemps, ils viennent et nous accusent de détruire la forêt. Mais c’est pas nous!!! Même si je ne leur donne pas mon nom, les voisins le lui donneront...et il enverra le PV au tribunal. ... En hiver le troupeau ne cesse pas d'utiliser la forêt. Les déplacements c’est la bergerie-la forêt, la forêt-la bergerie. QU ? Qu'est ce que le troupeau mange dans la forêt ? Il consomme du chêne vert mais pas le cèdre. Le cèdre c’est un arbre du paradis....et on le détruirait?? C’est pas légal. Le détruire c’est comme tuer nos propres enfants. C’est vrai ou pas ?? Le chêne vert lui, il rejette. T’en coupe deux ou trois pieds, et il rejette...mais le cèdre il en meurt le pauvre...comme s’il perdait son âme. Non c’est pas possible, je ne peux pas en couper...et si je vois quelqu’un le faire, je le dénonce au forestier. Ca nuît à l’Etat. Après tout le Maroc vit de sa forêt, c’est pas vrai?.....Il faut interdire le pâturage des moutons, sinon ça va continuer, même la nuit. Q -La nuit ?? - Oui la nuit, les bergers montent dans les arbres comme des singes pour couper le feuillage du cèdre jusqu’à la cime...ils coupent les branches du haut jusqu’en bas, puis les étalent sur le sol pour que les animaux les pâturent. Et quand ils ont mangé, ils repartent. Et ils recommencent le lendemain et le surlendemain...ils coupent comme ça 3, 4, 5 arbres par jour..alors évidemment la forêt disparaît....Ce ne sont pas les gens d’ici qui coupent le cèdre, nous on coupe seulement le chêne vert en bas quand il y a de la neige. On en coupe 2 ou 3 branches qu’on ramène à la bergerie...Mais tu ne coupe pas l’arbre à ras au niveau de la racine. Mais ces gens là abusent de la forêt. D’Ain Leuh jusqu’à Ifrane tout est tombé par terre...jusqu’à Bouiriten. Là où il y a un belle forêt, elle est détruite. Q.-Et toi qu’est ce que t’en penses ?? Pour moi, si on est vraiment en démocratie, il faut massacrer ces types...si on en attrape un, il faut lui couper les mains, ou lui couper la tête, ou lui crever les yeux..ou lui couper la langue pour qu’il ne recommence plus...Qu’est ce que t’en penses ??? Si ces types veulent bien alimenter leurs troupeaux, qu’ils achètent du fourrage, ou qu’ils prennent en location un terrain domanial en organisant les coupes..quelques branches ici...quelques branches là, au lieu de massacrer tous les arbres.

 

Scène finale : Coupables...mais pas responsables

Tous ces éleveurs, dont la compétence en matière d’élevage est manifeste, sont pourtant collectivement coupables d’un pillage généralisé des ressources. Coupables certes...mais pas vraiment responsables. Faudrait-il les tenir pour responsables de l’installation du Ranch Adarouch, de la fermeture des Agdal ? Responsables de l’inflation des effectifs dopés par l’arrivée des camions, de l’aliment concentré ou des médicaments ? de l’intrusion des capitaux urbains par le biais des associations ? ou du flou juridique pour ce qui touche au statut collectif et aux ayants-droits ?

Non bien sûr ! Il faut donc concevoir une réglementation qui reconnaisse les droits des étrangers, limite les effectifs, réintroduise les “ Agdal ”, contrôle les associations...et fasse en sorte que chacun se plie aux exigences d’une gestion plus rigoureuse appliquée sans distinction à tous les éleveurs.

Haj Smail “  Il faut reprendre la pratique de l'Agdal, comme avant, sur les terres des Ait Mouli qui sont en bon état parce que sur celles ci il n'y a pas eu de constructions de bergeries ou de maisons. Les endroits lointains comme Arag, Makhrouga, Merstisiliouine, Ain Kahla doivent être utilisés au printemps. Les éleveurs ne doivent pâturer les parcours de Nertène, Afnourir et Tachmout qu’au mois de juin ou juillet....Il faut donc instaurer une organisation au niveau des terres collectives. Il y a aussi un problème de chargement, On dit qu'un hectare sur une année ne peut pas supporter plus de 10 a 20 brebis. Maintenant, on y met 200 brebis par hectare et par an ! ! Il faut une limitation des effectifs. Q. : Et tu es près à réduire tes effectifs? Je suis près a réduire car j'aurai une meilleure production avec un troupeau de 500 en comparaison avec un troupeau de 1000. Q. Et l'éleveur qui a un petit troupeau de l'ordre de 100 ? Non, le petit éleveur ne doit pas diminuer son troupeau, la limitation des effectifs ne doit concerner que les gros éleveurs.

Bon....paroles en l’air....ou promesse d’un règlement futur, tenant compte des avis de chacun, pour la mise en place d’une organisation durable dont les éleveurs sont certes la tête... mais les bergers, les jambes.

Hassani “ C'est toujours la même chose tous les jours, jour après jour. Quand il fait froid, on chausse les bottes. Quand il fait chaud, on met les chaussures. Maintenant, s'il faisait froid, je reviendrais à la guitoune pour mettre les bottes. Cette région est très difficile. Elle est très dure quand il neige. C'est très difficile pendant l'hiver. Q. Qu'est ce que fait le Berger qui reste tout seul dans la nouala? Tu restes toujours comme ça, en train de penser. Q. Il n'y a ni radio, musique? Il n'y a rien, ni radio, ni musique. Les jeunes utilisent la radio et jouent de la musique. Mais moi je suis vieux. Ca ne va pas avec moi, la musique. En plus, je prie dieu.... la ilaha illa lah mohamed rassoul allah, la ilaha illa lah mohamed rassoul allah.... et je fais ma prière et je m'endors .

FIN

Générique

Réalisation et conception scientifique Ahmed El Aïch et Alain Bourbouze, Image Frédéric Molinier, Son et mixage, Eric Bidart, Interviewes et traductions, Ahmed El Aïch, Amal Danna, Kamil Hassan.

Chef Monteur Eric Bidart, Infographie Jacques Hugot, Voix Ewa Krakowiak, Michel Cordes, Dominique Ratonnat, Antoine Labey, Alain Bourbouze.

Nous remercions les autorités de la Province d'Ifrane, la Direction Provinciale de l'Agriculture, les autorités administratives d'Aïn Leuh et d'Azrou, les bergers du plateau d'Afnourir

Directeur de production Pierre Arragon, Coproduction IAV Hassan II, IAM de Montpellier

Le présent documentaire est le second d’une série de documents audiovisuels résultant d’une recherche effectuée par une équipe multidisciplinaire constituée de chercheurs de l’Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II et de l’Institut Agronomique Méditerranéen de Montpellier, et traitant de la montagne marocaine, ses mutations, ses systèmes agraires, l’utilisation de la forêt et des espaces pastoraux, et l‘exode rural.

Les institutions dégagent toute responsabilité en ce qui concerne les points de vue exprimés par les interviewés.

Contacts

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