Eau du brouillard, forêts de

Conférence
donnée à
Agropolis Museum
le 1 juin 2005

nuages et développement durable
Les filets de capture d'eau

par Alain Gioda (climatologie-hydrologie, expert UICN, UR32 Great Ice / Ird - Montpellier)

Dans le cadre de Semaine du Developpement durable


S o m m a i r e 

Le garoe

- Nomenclature

- Aire géographique

- Conduite technique

- Sociétés, histoire et actualités

- Références

- Nomenclature

Le Garoe, encore appelé l’Arbre Saint ou l’arbre fontaine des îles Canaries est un végétal qui, disait-on, captait sur ses feuilles les gouttelettes de brouillard pour les laisser s’écouler jusqu’au sol.

Contrairement à ce que certains ont cru et continuent à croire, cet arbre ne fut pas mythique, mais au contraire, il a été visité notamment par l’humaniste Bartolomé de las Casas et il a bien fourni de l’eau de boisson dans une île où les pluies sont rares. Il s’agissait fort probablement d’un laurier (Ocotea foetens), selon l’ancienne iconographie à notre disposition.

Certes, le Garoe n’a alimenté aucune agriculture mais nous le citons ici car il est le symbole du captage de brumes par la végétation et le précurseur des méthodes modernes tels les filets attrape-brouillard mis en place au Chili depuis les années 1960.

- Aire géographique

L’arbre poussait aux Canaries, sur l’île de El Hierro, dans un vallon proche du hameau de Tiñor (près de Valverde) qui est situé à 510 m d’altitude. La pluviométrie avoisine dans cette partie de l’île 800 mm par an mais on compte de nombreux mois sans pluie. Le Garoe a été déraciné en 1610 par une tempête sans doute à un âge déjà très avancée et donc séculaire ou pluriséculaire.

Il existe d’autres espèces d’arbres fontaines aux Canaries ou dans l’archipel du Cap-Vert ou bien encore ailleurs (déserts côtiers du Pérou et du Chili, côtes de Basse Californie, d’Afrique du Sud, d’Erythrée, d’Arabie…) car, plus qu’une espèce précise, la bonne capture de l’eau du brouillard dépend de la localisation des arbres : les cols des chaînes côtières, face à l’océan qu’ils dominent, sont les meilleurs sites.

- Conduite technique

Le Garoe a été mentionné pour la première fois au XV e siècle1. Une part de légendes s’est attachée à ses propriétés bien réelles, si bien que son existence même a été mise en doute, malgré les écrits basées sur des observations oculaires et expérimentales. Cet arbre et ses semblables de part le Monde sont situés dans des zones de fortes turbulences au sein de vallons encaissés ou sur des cols vers lequel les alizés poussent les brouillards marins qui viennent alors baigner la végétation. Les feuilles du Garoe captent les fines gouttelettes d’eau contenues dans la brume qui s’écoulent au sol. Les hommes avaient bien sûr aménagé un système de collecte au pied de l’arbre et de stockage de l’eau en aval.

Dans l’archipel voisin du Cap Vert, des agaves (Furcraea gigantea) et des palmiers (Phoenix sp.) ont été utilisés pour capter l’eau des brumes par les paysans pauvres depuis les années 1940 et ces expériences furent étudiées avec intérêt par les agrométéorologues portugais durant les années 1960.
1 http://aphgreunion.free.fr/L'eau%20du%20brouillard-une%20ressource%20alternative.htm
- Sociétés, histoire et actualités

Les Bimbaches, des Guanches origine berbère et la population préhispanique de l’île de Hierro, ont progressivement disparu lors de la colonisation des Canaries, dès le début du XV e siècle, par le conquistador Jean de Béthencourt, mandé par le royaume de Castille. Toutefois, à l’inverse d’autres îles de l’archipel telles Tenerife et La Palma, il n’y a eu ni massacres ni destruction systématique de l’héritage guanche à El Hierro et le Garoe, arbre totémique, a simplement disparu, arraché par un ouragan en 1610, soit presque deux siècles après l’arrivée des conquistadors sur l’archipel.

En 1945, Don Zósimo Hernández Martín, un technicien de Eaux et Forêts, féru d’écologie et traditions populaires - une chose rare à l’époque -, a replanté un laurier (til en langage des Canaries) en lieu et place de l’ancien Garoe, puis, dans les années 1960, il a aménagé des arbres fontaines (Jupinerus procera) sur le chemin à Cruz de los Reyes du pèlerinage de l’île, toujours très couru, et enfin des abreuvoirs pour le bétail dans la région du mirador de Los Bascos. En 1993, une aide lui a été apportée par Fondation Ushuaïa (comme à moi-même), puis, Don Zósimo fut décoré par le roi d’Espagne et il reçut en 2002 le Prix César Manrique, un artiste espagnol dont la fondation prône le dialogue Nature et Art (www.fcmanrique.org).

L’île de El Hierro est devenue Réserve de la Biosphère de l’Unesco en 2000 grâce à son activité à multiples facettes (Don Zósimo préserva le lézard géant (Gallotia simonyi), le reptile le plus rare d’Europe, etc.) et celles d’autres techniciens et scientifiques plus jeunes ayant repris son témoin. Depuis 2003, des projets de développement durable utilisent les filets attrape-brouillard, les héritiers moderne du Garoe, afin de capter les eaux de brumes et d’alimenter de petites communautés dans la partie Nord de l’île voisine de Tenerife (massif de l’Anagua).

Alain Gioda
UR 32 Greatice
IRD

- Références
  • DOUMENGE (Ch.), GILMOUR (D.) RUIZ PÉREZ (M.), BLOCKUS (J.), W.C.M.C., GIODA (A.) 1995 - Tropical montane cloud forests: conservation status and management issues. In: Tropical Montane Cloud Forests, Hamilton L. S. et al. (eds.), Ecological Studies, vol. 110, Springer Verlag, New-York, pp. 24-37.
  • GIODA (A.), ACOSTA BALADÓN (A. N.), FONTANEL (P.), HERNÁNDEZ MARTIN (Z.), SANTOS (A.) 1992 - L'arbre fontaine. La Recherche, vol. 23, n°249, décembre, pp. 1400-1408.
  • GIODA (A.), HERNÁNDEZ (Z.), GONZÁLES (E.), ESPEJO (R.) 1995 - Fountain trees in the Canary Islands: legend and reality. Advances in Horticultural Sciences, vol. 9, n°3, pp. 112-118.
  • GIODA (A.), HERNÁNDEZ (Z.), ACOSTA BALADÓN (A.), BLOT (J.) 1997 - L'arbre-fontaine : brouillard et aridité en Afrique. Le Flamboyant, n°41 Spécial Eau, pp. 9-11.
  • Entretien avec A. Gioda : http://www.canal.ird.fr/canal.php?url=/programmes/recherches/gioda/index.htm

Site internet de fabriquant : www.bouillon-sa.fr et contact@bouillon-sa.fr

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