Filles en fleurs, femmes de cendres

Résumé de la conférence
donnée à
Agropolis Museum
le 8 janvier 2002

ou du mariage comme carême

par Deborah Puccio
Ethnologue, Chercheur associé à l'Institut d'Ethnologie Méditerranéenne et comparative, Aix en Provence


 

L'intervention que je vais faire aujourd'hui est en thème avec l'époque calendaire que nous traversons, puisque vous savez que l'Epiphanie ouvre le cycle Carnaval-Carême, en même temps qu'elle achève les festivités de Noël, et elle est dans le prolongement des recherches que je mène depuis maintenant une douzaine d'années sur les rites festifs et leur rôle dans l'élaboration de l'identité féminine, recherches qui ont commencé à l'occasion de la préparation d'une thèse d'Anthropologie à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, et qui ont abouti dans la publication d'un livre, “ Masques et dévoilements. Rituels de construction de l'identité féminine ”, en cours de parution aux Editions du CNRS, Collection “ Méditerranée ”.

Mes enquêtes de terrain ont commencé en 1989 dans une vallée des Alpes Orientales italiennes, la vallée de Resia, située en Frioul, à la frontière avec la Slovénie, et habitée par une minorité slave. Ces enquêtes concernent plusieurs carnavals qui ont aujourd'hui disparu, mais qui jusqu'à la fin de la deuxième guerre mondiale se pratiquaient encore. Dans cette vallée montagnarde touchée par une très forte émigration masculine, les femmes ont été mes seules interlocutrices. N'ayant jamais quitté leur terre, elles étaient les seules capables de reconstruire, par leur parole, la trame d'une culture “ en voie de disparition ”. Durant l'exil de la population masculine, les tâches habituellement partagées entre les deux sexes revenaient à elles seules. Il en allait de même pour les réjouissances du cycle annuel, parmi lesquelles le carnaval était considéré localement comme “ la fête la plus importante de l'année ”. Aussi, le travestissement, apanage des jeunes gens dans les sociétés traditionnelles, était, dans cette enclave slave, une affaire de femmes. Les mêmes déguisements, appelés maskire, qui, en Slovénie ou en Frioul, étaient portés par des jeunes hommes célibataires, dans la vallée de Resia, étaient endossés par des jeunes filles nubiles. Cette inscription biographique du travestissement m'a interrogée sur son rôle dans la construction de l'identité féminine. Je me suis demandée si ce costume, la maskira, que la jeune fille revêtait durant cette période liminaire, de l'adolescence au mariage, ne contribuait pas à faire d'elle une femme “ mariable ”. Au cours de nos entretiens, les vieilles femmes de Resia se rappelaient des robes de fête qu'elles avaient revêtu dans leur jeunesse avec une telle force, elles décrivaient la matière vestimentaire avec une telle minutie, elles mettaient en avant les relations sociales mobilisées dans les circulations textiles et la rigueur des règles qui présidaient aux jeux du cacher et du montrer avec une telle énergie que je pris conscience du fait que le travestissement féminin, loin de constituer une “ tradition dégradée ”- comme quand les enfants continuent de jouer les rôles traditionnellement destinés aux jeunes gens... - était, en vérité, une authentique “ coutume des femmes ”. La jeunesse était la toile de fonds de ces souvenirs où le moi et le nous s'entrelaçaient. Le mariage, tout en faisant émerger un destin singulier, semblait s'inscrire dans le canevas de ces rituels collectifs, en constituer l'aboutissement, en même temps qu'il signait la fin de la participation féminine aux réjouissances. Aujourd'hui, nous essayerons de saisir les changements des statuts féminins en suivant les transformations des vêtements portés par les femmes, à partir de leur première participation aux célébrations du carnaval, à quinze, seize, dix-sept ans, dans le rôle de la maškira, jusqu'au jour de leurs noces, moment où les femmes arrêtaient définitivement de revêtir ces parures pour les transmettre à leurs descendantes. Notre point d'observation du cycle carnaval/Carême seront ces costumes endossés par les jeunes filles, les maskire, que nous traiterons comme un double métaphorique du corps féminin. Venons-en, donc, à la description de ces belles maškire blanches (c'est leur nom : “ ta lipa bila maškira ”, dans le dialecte local) et à leur fabrication, pour voir sur quoi se fonde le lien métaphorique entre un costume et une époque de la vie féminine : la jeunesse.

Je précise que si, à partir de maintenant, je parlerai au présent, c'est pour décrire plus aisément des usages appartenant au passé, et plus précisément, à l'époque entre les deux guerres à laquelle mes enquêtes permettent de remonter.

La préparation de la maškira mobilise, longtemps à l'avance, toutes les femmes du village. Les jupes blanches sont héritées, au fil des générations, des mères, des tantes et des grand-mères qui les ont utilisées comme jupons le jour de leur mariage. Les chemisettes aux couleurs claires sont souvent celles que les fillettes ont mis pour leur première communion. On pourrait dire que cette enveloppe blanche qui a été autrefois en contact avec le religieux (au moment de la communion de la fille et du mariage de la mère) représente le corps virginal des adolescentes. Mais au carnaval, elles le brodent en rouge - et Yvonne Verdier, dans un ouvrage qui est devenu un classique de l'ethnologie, Façons de dire, façons de faire, publié chez Gallimard en 1979, nous a appris à reconnaître dans ces marques de broderie le signe d'une féminité fraîchement acquise. Elles décorent ces tuniques anonymes de rubans de toutes les couleurs, qu'elles composent de manière à être toutes différentes les unes des autres, pour manifester, ainsi que leur singularité, leur envie de plaire, d'être “ les plus belles ”, comme elles le disent. Des bijoux très voyants, bien que “ faux ”, parmi lesquels il faut compter le fil argenté de l'arbre de Noël que les resiane utilisent à profusion, expriment le même désir d'attirer le regard. Un grand chapeau que chaque demoiselle se doit de confectionner par ses propres mains, avec des fleurs en papier et des mouchoirs colorés, parachève la mise toute scintillante et fleurie de la jeune fille.

Ainsi parées, le jour qui leur est consacré - le jour des maškire - elles se rassemblent au café, lieu de la sociabilité masculine qui n'est pas recommandé aux femmes honorables en temps normal, mais où elles viennent afficher, pour l'occasion, les caractères emblématiques de leur féminité. Avant tout les fleurs. En papiers ou en tissus sur les chapeaux, brodées sur les jupons et sur les mouchoirs, imprimées sur les foulards et sur les tabliers, épinglées sur les chemises comme des bijoux, appliquées jusqu'aux chaussures, ces fleurs ramènent de force le printemps dans l'hiver montagnard, puisque c'est cette saison que la jeunesse a choisi comme emblème et peu importe si elle ne correspond pas à celle de l'année. Le groupe des “ jeunes filles en fleurs ”qui s'est constitué en tant que tel au carnaval pourrait évoquer celui des communiantes (dont elles gardent, on s'en souvient, la chemisette claire), mais tous ces rubans, ces foulards colorés, ces fleurs qui ressortent maintenant des robes blanches colorent le groupe et permettent à chaque jeune fille d'en ressortir, de se faire remarquer, par le jeu de leur composition. En fait, que font les filles une fois arrivées au café ? Elles s'exhibent dans des bals, exerçant toute leur séduction sur soupirants et villageois venus “ les voir ”. Les bruits que les maškire produisent, alors, en faisant résonner les grelots cousus à leurs costumes, les chants érotiques qu'elles entonnent en dansant, sont un appel aux jeunes gens qui les regardent éblouis. La musique que les jeunes filles font retentir et adressent à toute la collectivité, lui offrant une image harmonieuse d'elles-mêmes, promet un avenir radieux où toutes les fleurs affichées se transformeront en fruits. D'ailleurs, dans l'arsenal de la maškira les fruits ne manquent pas. Elle porte une orange dans chaque main ou, plus explicitement encore, elle a attaché au centre de son chapeau un ou plusieurs petits poupons en plastique : des jouets qui comme les fleurs artificielles, les faux bijoux ou le fil de sapin argenté dont on décore l'arbre de Noël, nous font pressentir le caractère fictif, théâtral de ces performances et, donc, la précarité de l'identité de la jeune fille aussi éphémère que ces fleurs dont elle a fait son symbole. C'est justement le Carême qui, opérant le retour au quotidien, va mettre fin à ce rêve, à cette illusion d'un jour qu'est le carnaval pour chaque jeune fille, comme le deviendra la jeunesse pour chaque femme.

Le jour des cendres, les beaux vêtements de carnaval subissent le même sort que celui du cochon, abondamment consommé pendant le temps de fête mais mis en quarantainedès le mercredi qui ouvre la période de pénitence. Si les jambons sont ensevelis pour quarante jours, les pots de graisse rangés, les saucisses et les saucissons conservés, les maškire aussi sont enfouies dans des placards d'où elles ne ressortiront qu'au prochain carnaval. Mais avant d'être rangés, ces costumes que les jeunes filles ont assemblés, cousus, brodés et décorés pendant tout l'hiver, sont défaits, décomposés par leurs propres mains. Les rubans sont détachés des chemises et des jupons pour être gardés dans un tiroir à part, alors que le chapeau fleuri, tout froissé, ne pouvant plus être utilisé l'année suivante, décomposera “ de lui même ”. Jeunes filles qui rangent leurs costumes, séparant le blanc des couleurs, en ce jour qui sépare le carnaval du carême, laissant s'étioler les fleurs sur leurs chapeaux... il s'agit là de gestes habituels, banals qui appartiennent à la sphère du privé et que chaque fille de la vallée accomplit dans l'intimité de sa chambre, une fois la fête achevée.

Mais dans un des villages de Resia, Uccea, ces gestes de décomposition des maškire qui mettent fin au carnaval sont accomplis au cœur même des réjouissances, donnant naissance aux maškaroni : leurs partenaires. Pendant la nuit, chaque jeune fille qui le matin s'était présentée en maškira à la collectivité, donne en cachette à son fiancé les rubans enlevés de son costume. On dit qu'ainsi elle le “ fait ”maškaron. Il s'agit, cette fois, d'actes coutumiers qui nous ramènent dans l'univers du courtisement. Par ce façonnage secret, la demoiselle marque secrètement celui qu'elle a élu, mais ce faisant se dépossède de ses couleurs et reste, ou redevient, “ toute blanche ”. Ce corps virginal retrouvé lorsqu'on s'apprête à renouer avec le temps religieux, avec le Carême, peut subir une humiliation plus grave que le renoncement volontaire aux couleurs et être littéralement mis en pièces par ceux-mêmes que la jeune fille avait habillé, ces maškaroni qu'elle avait “ faits ”. On se souvient encore dans le village des jeunes gens déchirant les robes des jeunes filles “ légères ”, les laissant “ en loques ” au bal. Evénements qui restent gravés dans la mémoire locale pour s'être répétés avec régularité au carnaval, temps privilégié du charivari.

Celui-ci était, donc, le traitement que la jeunesse masculine réservait aux filles volages. Souvent la violence verbale parachevait celle des gestes, et des chansons infamantes obligeaient “ la fille qui avait trop dansé ”à rentrer à la maison, en se bouchant les oreilles de honte. Mais à bien y regarder, cet effacement de la scène festive était le destin réservé à toutes les filles de la vallée. Volages ou pas, le carnaval ne s'était pas encore achevé qu'elles avaient déjà mis fin à leurs sorties. A Uccea, le premier jour du Carême, les maškaroni vont leur rendre visite dans des maisons d'où elles ne sortiront plus. Il en est de même dans les autres villages où le temps du carnaval est plus court pour les jeunes filles qu'il ne l'est pour les jeunes gens. Prenons le village de Stolvizza. Les jeunes gens façonnent un mannequin qu'ils vont brûler dans un champs en dehors de l'espace habité, après l'avoir promené dans toutes les rues, afin qu'il soit vu par tout le monde. C'est que tous les villageois ne suivent pas le cortège. Notamment les jeunes filles se rappellent seulement de l'avoir vu défiler penchées à la fenêtre et de l'avoir suivi du regard jusqu'au lieu de l'exécution, d'où elles n'ont aperçu que la fumée du bûcher. Ecoutons-les :

“ Je ne suis jamais allée brûler le Babac. Mon père me laisser aller ? Tu parles ! J'ai vu, mais je n'y suis jamais allée. ” Une autre : “ On allait danser jusqu'au petit matin, et quand on rentrait, vers quatre, cinq heures, on ne ressortait plus. ” Une autre encore : “ Les gens allaient voir comment brûle le Babac, mais moi, je regardais de ma fenêtre l'endroit où l'on brûlait le Babac. ”

Les jeunes filles de Stolvizza, on le voit bien, sont clouées dans leurs maisons, de même que les demoiselles d'Uccea, alors que les maškire, leurs costumes de fête, sont déjà enfermés dans leurs placards. Entre-temps, les jeunes gens brûlent un mannequin habillé de chiffons et de vieux vêtements déchirés qui s'appelle Babac. Or, Babac est aussi le nom du déguisement dont les jeunes filles et les jeunes gens, sans aucune distinction de sexe, se sont accoutrés à partir de l'Epiphanie. Pendant toute la période d'hiver, les babaci sont sortis la nuit, le visage caché par un foulard, enveloppés de loques, couverts de chiffons de tout genre, habillés “ comme des épouvantails ”, avec des vêtements troués aux teintes sombres. Ce costume sale, vieux et laid, grâce à des manipulations symboliques qu'il serait trop long de détailler ici, peut jouer à Stolvizza le rôle de la maškira et “ faire la jeune fille ”. C'est alors de ce déguisement que les jeunes gens de Stolvizza s'approprient. A la fin du carnaval, eux seuls, s'appellent babaci, parallèlement aux garçons d'Uccea qui s'emparent des rubans des maškire pour devenir maškaroni. C'est ce costume que les jeunes gens de Stolvizza détruisent dans le feu carnavalesque, comme les garçons d'Uccea avaient mis en pièces les maškire des jeunes filles volages. Car en effet, couvertes par le babac, au carnaval, les adolescentes de Stolvizza avaient rôdé la nuit, dansé avec tout le monde, retourné les vêtements volés aux frères et aux pères pour mettre “ à l'envers ” l'ordre social. Mais à Stolvizza aussi, la punition de leurs méfaits ne tarde pas à venir : le premier jour du Carême, les jeunes gens brûlent un épouvantail, le Babac, qui incarne “ la fille en culotte ”et on dirait presque que si les jeunes filles sortaient ce jour-ci, elles courraient le risque de finir, elles aussi, dans le bûcher. Pour comprendre la nature du danger conjuré, écoutons ce qui peut arriver lorsque le rite qui achève le temps du désordre est mal exécuté :

“ Et encore, en '47, ce n'était pas assez sept jours de comédie ! Alors, quand on a brûlé le Babac, le jour des Cendres, à huit heures du soir, on était encore là, on rentrait, et il n'aurait pas fallu y aller, et il aurait fallu en finir, mais nous, on est allé à nouveau dans les bars recommencer à danser. Puis, ça a tonné. En '47, est apparu un éclair, un orage qui avait cassé toutes les lumières, et pour rentrer à la maison, les rues étaient plus des gouffres qu'autre chose. Nous faisant toutes petites, en groupe de quatre, on rentrait à la maison et on n'y voyait rien. De la neige, de la glace, des éclairs, du tonnerre, de l'orage... Alors, avec cela, Il nous a chassées. ”

Les filles qui dansent au Carême déchaînent une véritable Apocalypse, elles attirent la punition divine. Le bûcher du mannequin carnavalesque, acte présent dans tous les carnavals et classé comme “ burlesque ”, semble avoir des conséquences cosmiques et présente une forte connotation religieuse. Un exemple emprunté à Magrit Gari, la paysanne hongroise dont l'autobiographie est publiée chez “ Terre Humaine ”, sous le titre Le vinaigre et le fiel, montre le cas d'un bûcher ordonné par le prêtre lui-même. Au début de notre siècle, dans un village hongrois (Mezokôvesd), le curé ordonne de déposer devant l'église toutes les “ brillantes ”, ces dentelles dorées et ces rubans colorés que les jeunes hongroises cousaient au bas de leurs tabliers et sur leurs jupes. Les jeunes filles doivent abandonner leurs fioritures colorées car l'accès à l'église est désormais interdit à toutes celles qui se présentent avec des vêtements ornés de brillantes. Cet abandon, ritualisé dans une procession pénitentielle et un bûcher, est vécu comme une véritable mort. Ecoutons Magrit Gari :

“ Ce fut pire qu'un enterrement quand le samedi, après le salut, nous dûmes porter des corbeilles emplies de toutes ces merveilles sur le parvis de l'église, dans la poussière grise de la cour. Une centaine de filles dépourvues de toute parure partirent en procession avec ces corbeilles. Seule la croix oscillait en tête de ce long cortège... C'était là vraiment une marche de pénitents... Oui, vraiment, on aurait pu croire qu'il s'agissait d'un convoi funèbre... Quand les brillantes eurent été consommées par le feu... nous pûmes rentrer chez nous en paix. ”

On peut établir un parallèle entre ces brillantes réduites en poussière dans le village hongrois et les parures festives dont les jeunes resiane doivent se débarrasser pour pouvoir être à nouveau accueillies au sein de l'église. Le prêtre du village les y attend le jour du Carême pour leur donner les cendres et convertir ainsi ces filles “ folles ”en de “ bonnes chrétiennes ”. Cette conversion, qui s'opère sur les jeunes filles, semble devoir être renouvelée à chaque nouvelle année, comme elles le suggèrent lorsqu'elles disent :

“ Quand on finissait le carnaval, respect absolu ! Via Crucis, prières, confession, demander pardon après qu'on a... parce qu'on avait rien fait de mal, et pourtant, il nous semblait toujours avoir fait une faute en faisant le carnaval. Mais un autre carnaval arrivait et c'était la même chose... ”

Si on avait encore des doutes sur l'équivalence sémantique du rite burlesque et du rite religieux, le geste par lequel les hommes mettent fin au carnaval nous convaincra. Que font-ils avec les cendres du bûcher carnavalesque ? Ils barbouillent les filles à la sortie de l'église : “ C'était la purification qu'ils faisaient des péchés de carnaval ! ”commente une femme. Mais souiller de cendre les jeunes filles, faire d'elles des Cendrillons, n'est-ce pas aussi une manière de les renvoyer dans leurs foyers, aux travaux ménagers qui salissent ? Une fois la fête finie, c'est là qu'on les retrouve, auprès des cendres de l'âtre, habillées avec les vêtements ternes de tous les jours. Elles y rejoignent les autres femmes qui, depuis qu'elles se sont mariées, ne sortent plus au carnaval. Les propos des femmes mariées font, en effet, écho à ceux des jeunes filles le jour du carême. Elles disent :

“ J'ai beaucoup dansé dans ma vie, mais après, j'ai connu mon mari, et lui il n'aimait pas danser. Quand je me suis mariée, alors, je n'y allais plus, non. J'avais bien d'autres choses à faire. ” Ou : “ Après, quand on s'est marié, il y avait le travail, il y avait la misère, et on n'allait plus du tout “. Ou encore : “ Mariée, j'allais regarder le carnaval si j'avais un peu de temps... parce qu'il fallait que je m'occupe des enfants… ”.

Tous les témoignages concordent sur le fait qu'une fois mariées, les femmes ne participent plus à la fête, ou qu'elles viennent y occuper la position passive des spectatrices. On a vu, par ailleurs, comment la dernière phase du carnaval avait réduit à cette passivité du regard toutes les jeunes filles. Le Carême brouille, donc, jeunes filles et femmes mariées, plaçant toutes les deux sous le signe des cendres. Mais il y a des nuances entre les unes et autres. Si toutes les femmes vivent intensément ce temps de prières et de pénitence, en respectant ses interdits, en fréquentant l'église beaucoup plus que ne le font les hommes (au dire des curés), les jeunes filles, elles vivent sur leur corps la rupture que ce temps chrétien opère par rapport au carnaval, transformant leurs costumes, leurs conduites d'un temps à l'autre. On pourrait dire, alors, qu'elles “ font le temps ”, par exemple lorsqu'elles inaugurent par leurs retraites individuelles la quarantaine chrétienne, après avoir joué toutes les formes de la transgression festive. Elles mêmes le disent :

“ Le jour des Cendres, tout était fini et pendant quarante jours on ne dansait ni dans les maisons, ni sur la place. On ne chantait pas non plus dans les bois. ”

Le temps du Carême se laisse signifier aussi par le code sonore. Il ramène le silence dans la vie villageoise. Ce silence avait été brisé, au carnaval, par le son des cloches que les travestis portent liées à la ceinture et, souvenons-nous-en, par le tintement des grelots que les maškire agitent en dansant. Or, ces grelots et ces cloches qui tiennent la place des voix, féminines ou masculines, manifestent que les jeunes ont acquis au cours du carnaval, avec leur voix, leur sexe. C'est à Giordana Charuty d'avoir montré la relation entre l'apprentissage de la voix, par le biais de différentes sortes de cloches, clochettes et grelots, à partir de l'enfance, et l'acquisition d'une sexualité. Si au carnaval la rencontre des jeunes sexués dans la danse avait été suscitée par la musique, le Carême opère une disjonction des sexes ouvrant une période d'abstinence sexuelle qui est dite aussi par le silence. Pendant quarante jours, les chants érotiques se taisent, les bals s'arrêtent et ajoutons que les hommes repartent de cette terre d'émigration à la fin de l'hiver, rendant cette disjonction symbolique on ne peut plus réelle et dramatique.

Le silence est mort et des gestes de deuil concluent le carnaval. Les jeunes filles vont laver les vêtements portés pendant la période de fête au torrent, après en avoir retiré la partie vitale, colorée, fleurie. Cette lessive a une signification funéraire, elle renvoie les morts convoqués au carnaval - puisque les babaci et les maskire représentent aussi les “ ancêtres ”- dans l'au-delà, accomplissant le travail du deuil qui consiste à séparer les vivants des défunts. Mais il y a un autre deuil qui est accompli par ces gestes qui achèvent la période du carnaval : c'est celui de la jeunesse, deuil temporaire pour les demoiselles, définitif pour les femmes mariées. A travers les manipulations de leurs costumes, par elles ou par leurs compagnons, le premier jour du Carême les jeunes filles sont “ toutes blanches ” ou “ couleur des cendres ”, comme les mères qu'elles vont rejoindre au foyer. Leurs filles les évoquent ainsi :

“ Ma mère, je l'ai toujours vue habillée en noir, vieille même quand elle ne l'était pas, parce qu'on semble vieux quand on est en noir… ”

Vieillissement précoce qui, pour la femme, commence le jour de ses noces, le jour de l'alliance. C'est ce bijou en or, signe discret du lien marital, qui vient remplacer toute la pacotille dont la maškira s'était parée pour capter le regard. Mais ce n'est plus le temps de séduire par des “ faux ” bijoux aussi brillants que trompeurs, c'est le temps des “ choses vraies, qui durent ” : ainsi se définit l'alliance dans sa double acception. A la discrétion des bijoux, réduits à l'essentiel, fait suite la sobriété de la tenue. Point d'éclat pour la mariée ! Au contraire, les teintes des vêtements qu'elle porte le jour de ses noces sont sombres, tristes, on dirait presque endeuillées. Noir, gris, bleu foncé, marron, cendre sont les couleurs (ou anti-couleurs) par lesquels la femme mariée marque son abandon, cette fois définitif, des rubans et des fleurs colorés qui avaient fait sa jeunesse, sa joie et son honneur en temps de fête.

Une seule image doit être retenue dans un jeu de miroirs : celle des jeunes filles qui sortent de l'église le jour des cendres, les vêtements barbouillés de cendre par les jeunes gens et celle de la mariée qui rentre à l'église le jour de son mariage, les vêtements couleur cendre. Doit-on en conclure que les noces sont les cendres de la jeunesse en fleurs ?

On pourrait suivre le destin de chaque pièce du costume de carnaval, pour voir comment elle se transforme dans la tenue de la mariée. Mais on ne choisira qu'un seul élément de la parure féminine à titre d'exemple : le tablier fleuri de la maškira, image même de la jeune fille en fleur, au dire de Bogaturêv qui a longuement travaillé sur le costume et sa symbolique en territoire slave. Qu'en est-il, au moment du mariage, de ce vêtement que chaque adolescente se plaît à décorer avec des roses ? Une petite anecdote nous le montrera :

“ Une fille de Stolvizza était venue avec sa belle-mère chez la couturière et celle-ci lui avait dit : Faites le bien, Maria, s'il vous plaît, cousez lui bien tout, car j'ai dépensé beaucoup d'argent pour le tissu. J'en ai pris aussi pour le tablier, celui qu'on met dans la cuisine. Il faut lui faire aussi un tablier parce qu'elle doit penser qu'elle va s'en servir ! ” La couturière nous avait raconté cette histoire, que la belle-mère voulait le tablier pour la mariée. Elle lui avait fait comprendre tout de suite qu'elle devait travailler. ”

Voilà le morne destin qui attend la fille après son mariage. Cette fois, c'est la belle-mère qui remet la jeune fille à sa place : dans la cuisine. Les femmes ne se trompent pas quand elles évoquent, sans illusions, leurs robes grises au milieu des journées pluvieuses, maussades ou même orageuses, où leurs noces se sont déroulées. Pour elles, le mariage n'est pas le rêve mais le choc de la réalité. Voici la description d'un mariage :

“ Il pleuvait. Il pleuvait à verse et sous un vrai déluge on est allé à l'église. Je suis partie de chez moi avec de gros souliers et des bas de laine, car il y avait de la neige, de la glace. C'était le onze février. Je portais un manteau, un béret, des gants et mes gros souliers. Pour vous dire les couleurs que l'on combinait : la robe couleur cendre et le manteau marron ; le collant couleur noisette et les chaussures couleur noix. C'est pour vous dire la combinaison des couleurs ! On s'accoutrait ainsi. Le voile ? Jamais de la vie ! Nos mariages étaient misérables. Rien du tout. Pas de fête, pas de robe. On se mariait comme ça, c'était les noces resiane. ”

Une phrase de Shakespeare résume les deux temps de la vie féminine en deux mois (et en deux mots). Elle dit : “ la jeune fille est avril, la mariée décembre ”, ce qui correspond tout à fait au tableau jusqu'ici dressé. Mais il ne faut pas oublier que le carnaval et la noce prenaient place tous les deux en hiver, quand les hommes rentraient de leurs migrations. Les saisons, les mois ne scandent pas le temps calendaire mais représentent des âges et des statuts féminins. La jeunesse se laisse incarner par les fleurs en plein hiver, le mariage ne peut être que “ gris ” puisque les cendres deviennent un attribut perpétuel de la femme mariée.

Nous avons établi une analogie entre Carême et mariage et défini ce dernier comme le passage définitif d'un univers en couleurs à un monde gris. Le jour des cendres, d'un côté les vêtements colorés des jeunes filles sont défaits, de l'autre les déguisements qui leur avaient permis de faire leur jeunesse ont été réduits en cendres sur le bûcher de carnaval et c'est dans des robes grises que nous avons retrouvé des mariées vieillies le jour de leurs noces. L'entrée en Carême est marquée par des rites qui détruisent symboliquement le corps des jeunes filles (défait, brûlé par vêtements interposés) et, ajoutons, par des repas exclusivement masculins qui achèvent la période “ grasse ” de l'année. L'examen de quelques rites propres au mariage lui-même devrait nous permettre de prolonger l'analogie précédemment établie.

Le premier concerne l'arc végétal qui est confectionné le jour même des noces par les conscrits de la mariée. Ils construisent cette architecture en branches de pin dans lesquelles ils piquent des fleurs et des rubans colorés, éléments dont nous avons dit qu'ils composent le costume de la maškira. Précisons, par ailleurs, que ce pin est aussi l'arbre qui dans les rituels slovènes mettant en scène des mariages burlesques, représente la mariée. Dans le Prekmurje, par exemple, au nord-est de la Slovénie, au carnaval, on célèbre le borovo gostüvanje, c'est-à-dire le “ mariage avec un sapin ”. La mariée, la sneja, c'est un pin que les jeunes gens vont chercher dans le bois. Après avoir joué des farces autour de la dot et surtout de la virginité du pin, ils se décident à l'abattre et à l'emmener au village où, une fois que l'arbre aura été nettoyé et décoré de rubans et de fleurs, on célébrera les noces carnavalesques.

Dans la vallée de Resia, les rites que la jeunesse masculine accomplit autour de cette barrière de sapin décorée comme la jeune fille au carnaval, “ carnavalisent ” les moments qui précèdent le mariage à proprement parler qu'on avait assimilé au temps du Carême. On a donc répétition d'une même séquence. Dans le rite nuptial resiano, l'arc végétal est placé par les jeunes gens devant l'église et il fait barrage au mari. Quand à la mariée, elle est absente, car la jeune fille et l'arc qui la représente sont exclusifs l'un de l'autre. Une scène burlesque a été orchestrée avant la messe par les conscrits qui sont les metteurs en scène du rite : ils réclament à l'époux de l'argent, “ le prix de la mariée ”, en échange des ciseaux pour couper le ruban qui ferme l'arc. Mais les ciseaux qu'ils lui passent sont des instruments défectueux, ils coupent mal : “ Alors il ronge, il ronge ”, disent les femmes. Enfin, le marié y arrive. Tout le monde applaudit, tout le monde rit et la mariée apparaît en chair et en os pour entrer à l'église. Pendant que l'épouse est à la messe, l'arc disparaît et quand les invités sortent de l'église, ils trouvent à sa place un buffet où sont servis des liqueurs, du café et des gâteaux achetés avec le “ prix de la mariée ”. Le curieux repas de noce propre à la Val Resia vient renforcer le parallèle entre l'escamotage de la jeune fille et la consommation d'un banquet - gestes qui sont également présents le jour des cendres. En effet, ce repas a lieu dans la chambre de la mariée où, cette fois, la famille a préparé, à la place du lit de la jeune fille, une table avec les mêmes boissons et les mêmes pâtisseries que celles du “ casse-croûte ” consommé sur le parvis de l'église : des brioches fourrées aux noix et aux noisettes, du café, du café au lait, des liqueurs. Il faut maintenant remarquer que les composantes et les couleurs de ce banquet apparaissent dans les vêtements de la mariée, dont les femmes disent qu'ils sont “ café ”, “ café fort ”, “ café au lait ”, “ chocolat ”, “ noix ” et “ noisette ”. Symboliquement, dans ce banquet qui se déroule dans la chambre de la mariée, c'est donc elle que l'on consomme ; la mariée dont on enterre la vie de jeune fille, en absorbant, autour de son lit, des aliments qui ont la couleur de sa robe et qui, par ailleurs, étaient présents dans toutes les veillées funèbres.

Mais café, liqueurs et gâteaux, dont on a souligné le caractère funèbre, ont aussi le pouvoir de réchauffer, d'exciter, de revigorer et on pourrait penser que ces nourritures réconfortantes soient destinés, le jour du mariage, aux époux. Or, les mariés se sont évanouis. Aussitôt après la messe ils sont partis en voyage de noces. Seulement les jeunes gens font bombance, dansent, chantent, morcellent les gâteaux, vident les dame-jeanne, flirtent dans la chambre de la mariée, tandis que les époux sont exclus de cette consommation et de ce repas. Un récit extraordinaire par son contenu, mais parmi d'autres qui m'ont été racontés dans la vallée de Resia, nous fait pénétrer dans le lieu où l'on s'attendrait à trouver un autre “ festin ” et où, en revanche, les mariés... font Carême ! Ecoutons Maria nous raconter ces nuits de noces “ peu ré-jouissantes ”:

“ Où va-t-on aller pour le voyage de noces ? ” demande Maria à son mari : “ On va à Castelmonte ! J'ai l'ai promis à la Vierge et aux Saints, et quand on promet aux Saints... ” Les invités, on les a laissés ici danser et chanter, et puis on a appris qu'ils se sont passé des choses qui ne sont pas bien... et nous on est parti en pèlerinage.
Alors, on devait aller à Castelmonte. Il pleuvait, il pleuvait. Comme il était tard, on est resté dormir à Cividale. On est allé dormir à l'hôtel et l'homme de l'hôtel nous a dit : “ Toutes les chambres sont occupées. Il y a juste une chambre, mais elle a deux lits séparés. Toutefois, vous pouvez les rapprocher. C'est la seule solution, puisque tout est occupé... ” On est allé dans la chambre, et entre les deux lits, il y avait une table de chevet. Alors mon mari a essayé de déplacer la table de chevet, mais il n'y avait pas moyen. Elle était attachée de telle manière qu'on ne pouvait pas la déplacer. Lui, mon mari, il n'avait pas le courage de descendre et de dire au propriétaire que... alors on a essayé, de toutes les manières, mais il n'y avait rien à faire. Je ne vous dis pas de mensonges, moi ! Enfin, je lui ai dit : “ Lino, va te coucher dans ton lit et moi je reste dormir ici. Après tout, ce n'est pas la fin du monde ! ” Et lui, il n'a rien dit, non ! Le pauvre, il s'est mis dans son lit, tranquille, et il a dit : “ Eh bien, Maria, pour ce soir, que soit faite la volonté de Dieu : ce sera la pénitence ! ”
Le lendemain, on se réveille et on va à l'église. Le jour d'avant, on s'était déjà confessé. Et pourtant, la messe était déjà commencée et lui, il avait disparu. Je vais le chercher au confessionnal et je vois qu'il est en train de se confesser. “ Eh bien, je lui ai dit quand il a fini, qu'est que tu as fabriqué ? Tu t'es confessé hier soir, tu n'as même pas dormi avec moi, qu'est-ce que tu avais encore à confesser ?” “Eh bien, moi je suis fait comme ça. ” Et en effet, il était très religieux. Alors, le deuxième jour : messe et confession !
Puis il a voulu monter à Castelmonte et descendre à pieds, déchaussé. “ Eh bien, j'ai dit, pas moi ! Fais ce que tu veux, mais moi je ne le ferai sûrement pas ! ” A Castelmonte il faisait beau, mais c'était quand même le 30 novembre ! Lui, il a enlevé ses chaussures et ses chaussettes et il est descendu déchaussé de Castelmonte jusqu'à Cividale. Quand il est arrivé, il s'est fait le signe de croix et il a dit : “ J'ai fait ce que j'avais promis, et maintenant je ne promets plus rien ! ”
On est rentré dans la vallée. Mon mari a dit : “ Ce soir, on va dormir à Oseacco chez ma mère qui nous attend, et demain, on ira à Stolvizza et on restera là-bas. ” Quand on est arrivé, il savait qu'il avait une chambre, mais il ne savait pas que dans cette chambre il y avait sa cousine. Dans l'autre chambre, il y avait encore deux cousines, et dans la troisième, il y avait son père et sa mère, plus deux neveux dans un petit lit. Il restait juste un autre petit lit dans un coin de la chambre, mais il suffisait à peine pour une personne, certainement pas pour deux. J'ai dit : “ Ecoute, moi je ne peux pas dormir avec toi devant ton père et ta mère : ils vont nous voir ! Donc toi tu dormiras avec un neveu et moi avec l'autre. ” Et ainsi fut la deuxième nuit, je ne vous dis pas de mensonges, je le jure devant Dieu.
On est arrivé à Stolvizza. On a mangé. Ma mère nous avait préparé une chambre. Quand on est monté dans la chambre, moi j'avais peur. J'avais honte, j'avais peur, je me faisais du souci. On ne savait pas certaines choses, à cette époque, on devait encore commencer à les connaître. L'homme aussi était timide, réservé dans ces choses-là. Enfin, on s'est couché. Il a dit : “ Maria, tu dois dire oui à une chose que je vais te demander ce soir... Quand j'étais chez moi, j'avais l'habitude de réciter les prières avec ma petite sœur, faisons donc deux ou trois prières ensemble, Maria ! ” “ Ecoute-moi bien ! j'ai dit, si ma mère m'entend dire des prières avec toi, elle va penser que je suis folle... Doit-on encore faire pénitence ? C'en est trop ! Dit tes prières tout seul et moi je dis mes prières toute seule ! ”Alors, lui il a fait ses prières et moi les miennes. Et ainsi fut la troisième nuit, je ne vous dis pas de mensonges, je le jure devant Dieu ”.

Il semble presque que les interdits sexuels du Carême soient élargis au mariage. Même si, après ces trois nuits de pénitence, Maria a enfin pu consommer son mariage, devenant mère d'une fille a laquelle elle a transmis la maškira, ce costume fleuri qui annonce l'épanouissement de la féminité des jeunes filles qui le revêtent, une contradiction travaille de tout temps la pensée chrétienne : c'est la dévalorisation de la sexualité, perçue comme coupable, dans l'imaginaire chrétien, alors même que le mariage et la procréation sont socialement valorisés. En effet, si le “ gras ” qualifie la nourriture des chrétiens, il n'en va pas de même pour la chair, prise dans son acception sexuelle. C'est, en fait, la virginité qui a été proposée comme une valeur en soi, surtout aux femmes. L'alternance gras-maigre qui régit la nourriture dans le calendrier des chrétiens peut s'appliquer aussi au domaine de la sexualité féminine qui en résulte modérée, contrôlée, limitée, régulée par la vertu même du mariage qui, en transposant dans le temps linéaire de la vie féminine le travail opéré cycliquement par le Carême, “ fait des chrétiennes ”.


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