Le chant des harmoniques

Film-débat dans le cadre de l'année internationale de la Physique
Agropolis Museum
le 5 octobre 2005

Hommage à Hugo Zemp,figure de l'ethnomusicologie

Une Coproduction CNRS Audiovisuel et Société Française d'ethnomusicologie

avec la participation de Jacques Bouët (ethnomusicologue - Université Paul Valéry Montpellier)

 

Remarques formulées au cours du débat

Le documentaire de Hugo Zemp est certainement bien fait. Cependant, il repose sur une ambiguïté. De fait, il est axé sur la diffusion des activités d'une personne plutôt que sur un domaine d'activités ou d'investigations comme on aurait pu s'y attendre. Quasiment chaque séquence met en avant Tran Quang Hai dans son utilisation des harmoniques de la voix humaine. Le film donne aussi une place assez conséquente à des cours de chant avec une incitation marquée d'y participer. Les références aux traditions mongol et tuva des harmoniques chantées sont très intéressantes, mais elles restent bien secondaires et paraissent trop comme une manière d'avaliser le génie du maître qui les aurait retrouvées tout seul à Paris. Les parties du film qui sont à visées scientifiques sont insatisfaisantes, d'abord parce qu'elles ne concernent que la voix d'une personne et ensuite parce que les explications de différents type de production des harmoniques reposent sur l'idée d'un appareil bucco-pharyngo-laryngé qui prendrait la forme d'une 'seule cavité' ou bien la forme de 'deux cavités'. A l'époque de la réalisation du film, cette explication était déjà simpliste et artificielle, s'apparentant à une généralisation maladroite sur les productions vocales. Il faut aussi noter que même dans le cas dit d'une 'seule cavité', la production acoustique est en fait basée sur au moins deux cavités séparées par un rétrécissement. Ainsi les qualités majeures du film restent avant tout promotionnelles et récréationnelles, ce qui n'est pas négligeable et justifie certainement les prix qu'il a obtenus.

A propos de la production des harmoniques chantées, je voudrais revenir sur un point de vocabulaire. Tran Quang Hai a largement voulu lancer le terme 'chant diphonique' qui semble correspondre à la juxtaposition des racines grecques dia et phon. Pourquoi vouloir toujours compliquer les choses par des termes artificiels qui donnent un vernis scientiste ? On pourrait aussi utiliser le terme équivalent mais plus directement accessible de 'double voix harmonique'. On pourrait aussi prendre une transcription phonétique simplifiée et utiliser le terme de 'chant hoomi' ou de 'hoomi', et ainsi reconnaître aimablement les contributions mongol et tuva.

La présentation a évoqué à juste titre l'impossibilité d'associer directement et systématiquement les harmoniques chantées des traditions mongol ou tuva avec les pratiques du shamanisme sibérien. Tran Quang Hai a pourtant contribué à cette association par des références répétés et constantes à son initiation au harmoniques chantées grâce à un enregistrement rapporté au Musée de l'Homme par Roberte Hamayon en tant que spécialiste reconnue du shamanisme sibérien. Il ne s'est pas suffisamment préoccupé de préciser l'origine effective de l'enregistrement et qu'il ne s'agissait pas de l'enregistrement d'un shaman. Cette négligence a pu donner l'impression d'une référence sous-entendue au shamanisme et constituer ainsi un argument un peu trop rapide et facile pour la promotion de pratiques diverses basée sur les harmoniques chantés.

Bojo Pinek

 


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