La canicule de 1743 à Pékin

Le Petit Âge de Glace a été entrecoupé d’épisodes particulièrement chauds qui ont été mesurés avec précision dans certaines localités dès

Ferdinand Verbiest
le XVIIe siècle. À Pékin, les premières mesures météorologiques de bonne qualité datent de 1741, l’année où les Pères jésuites français, présents en Chine dès les années 1550, introduisent au Bureau astronomique impérial le thermomètre à alcool de Réaumur inventé en 1730. On dispose de plusieurs séries de températures, chacune durant environ cinq ans, pendant le XVIIIe siècle.

La Mission française des jésuites à Pékin est composée des cinq Pères mathématiciens partis de Brest en 1685, munis de la recommandation de Louis XIV, pour travailler au Bureau Astronomique impérial. Le plus célèbre est Jean-François Gerbillon, professeur de l’Empereur mandchou et éminent diplomate dont les succès, notamment auprès des Russes à l’occasion du traité de Nerchinsk, en 1689, permirent de poursuivre le travail scientifique des jésuites au Bureau astronomique impérial . Le Père Antoine Gaubil, leur continuateur, est l’auteur des observations (conservées aujourd'hui à l'Observatoire de Paris) du torride été 1743 qui fit plusieurs milliers de morts dans la ville impériale, selon les sources manuscrites chinoises. Le thermomètre atteignit en juillet 1743 pendant plusieurs jours consécutifs des températures maximales journalières comprises entre 40 °C et 44 °C. L’été 1743 à Pékin, pourtant situé en plein Petit Âge glaciaire, fut donc aussi torride que les grandes canicules du siècle dernier, par exemple, 1942 et 1999.


Thermoscope de
Verbiest

La science occidentale avait été introduite à la cour de Pékin par le Père Matteo Ricci (1552 ; 1610), qui acquit en retour la science de ses hôtes. L’un de ses continuateurs, le Père Ferdinand Verbiest (1623 ; 1688), devint directeur de Bureau Astronomique impérial en 1669.

Voltaire n’osa pas attaquer son œuvre mais il doutait des sentiments d’un papiste  car, pour lui, « les sphères armillaires, les baromètres, les thermomètres, les lunettes » n’étaient que les chevaux de Troie du progrès pour faire entrer la religion catholique chez les Chinois. De surcroît , il considérait Verbiest comme un courtisan... Egarement d’un grand écrivain. En vérité, ce Père flamand, devenu grand mandarin, construisit de nombreux instruments scientifiques (dont un thermoscope) qu’il légua à ses condisciples.
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