La désertification

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Résumé de la conférence
donnée à Agropolis Museum
le 29 juin 2002

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ou de la conférence:
A.Audiovisuel@mpl.ird.fr

Un problème d'environnement,
Un problème de développement

par Antoine Cornet
Directeur de recherche à l'IRD
Président du Comité Français sur la Désertification

animé par René Lechon
Service Communication de l'IRD


 


T e x t e   d e   l a   c o n f é r e n c e

1. Introduction
2. La notion de désertification
3. Sécheresse, aridité, avancée du désert
4. La désertion des campagnes
5. Histoire de la désertification
6. Les causes de la désertification
7. Alors pourquoi cette action humaine ?
8. Les processus de désertification
9. Les conséquences de la désertification
10.Climat et désertification
11. L'aspect global
12. Désertification et ressource en eau
13. Désertification et diversité biologique
14. Biodiversité et développement
15. Désertification et développement
16. Désertification et pauvreté
17. Les programmes de lutte
18. Des solutions
19. Une convention sur la désertification
20. Les faiblesses de la convention

 


1. Introduction

Dans quelques semaines débutera la conférence de Johannesburg de sommet mondial sur le développement durable qu'on appelle aussi périlleux + 10 % en rappelé le contenu et à en souligner l'importance on sait que la question de la désertification occupera une grande part du programme de ce grand rassemblement qui se déroulera le 26 août prochain avec le président du comité scientifique français sur la désertification en toi ne corner nous essaierons aujourd'hui de mieux approcher ce phénomène en nous attardant particulièrement sur ses enjeux écologiques et économiques rappelant au passage que Monsieur en toi ne corner participent à l'élaboration de la contribution française pour Johannesburg des Qu'est-ce que la désertification qu'elle en est l'origine ? Quels en sont les facteurs aggravants. Quelles répercussions sur l'environnement sur le développement. Le désert influence-t-il le climat ou bien est ce l'inverse. Quelle répercussions sur les ressources en eau sur la diversité biologique. Enfin, quels moyens emploient t-on pour faire reculer ce fléau ? Que deviennent les programmes internationaux de lutte contre la désertification. La question est riche , écoutons tout de suite Antoine Cornet sur les enjeux économiques et écologiques de la désertification.

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2. La notion de désertification

Il faut savoir que la notion même de désertification a été soumise à controverse. Elle a été soumise à controverse, pour différentes raisons. Est-ce que c'est un processus ? Ou est ce que c'est un état, l'état désertifié ? Ou un processus de dégradation ? Actuellement, il faut peut-être en venir là, il y a un consensus, qui est un consensus comme tous les consensus, négociés et rendu officiel, qui est la définition retenue par la convention de la désertification, dont nous parlerons après. C'est la dégradation des terres dans les zones sèches. Cette dégradation étant liée à l'action de l'homme et aux événements climatiques. Alors, qu'est-ce qu'on entend par terre ? Je crois que c'est la première chose. Terre: c'est l'ensemble des composantes des écosystèmes et des agro systemes. Ca comprend aussi bien la végétation, que les ressources animales, que les sols, que l'eau. Donc c'est cette dégradation des terres, sous l'action de l'homme principalement et des aléas climatiques qui va conduire à quoi ? Qui va conduire à une perte de productivité de ces écosystèmes, à une perte de productivité de ces agrosystemes, et qui va conduire à terme, à la perte de la capacité de ces terres ou de ces écosystèmes à soutenir une population viable, d'où le mot de désertification, qui signifie essentiellement, rendre désert.

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3. Désertification, sécheresse, aridité, avancée du désert ?

Alors je voudrais quand même donner quelques précisions, ou éviter quelques non-sens. La désertification, ce n'est pas la sécheresse. La sécheresse, est un accident climatique, dramatique, qui se répète régulièrement dont les conséquences peuvent être synergiques de la désertification, mais, ce n'est pas la désertification. L'aridité, c'est une condition, c'est un état climatique, c'est un déficit entre une offre pluviométrique, une quantité d'eau qui tombe, et une demande pluviométrique, une quantité d'eau qui s'évapore. La désertification ce n'est pas non plus de l'avancée du désert. Même si dans les années soixante-dix certaines hypothèses, soutenu notamment par Monsieur Lampré, ont fait grands bruits. On a parlé de l'avancée du Sahara, de… je ne sais plus, 5 ou 15 km par an. Il a été démontré par des études scientifiques basée essentiellement sur le suivi par télédétection, des limites de la végétation et des limites des déserts, que les déserts ne varient pas. Enfin ! Ne varient pas… Ils varient, mais varient en fonction de conditions momentanées, locales, présentant une fluctuation. Il n'y a pas d'avancée du désert ! La désertification, ce n'est pas l'avancée du désert, au contraire c'est une dégradation des terres, c'est une dégradation des écosystèmes, qui va se produire dans des endroits divers et souvent conduire à des mitages des terroirs, et en particulier des terroirs cultivés, des terroirs cultivés des zone sèche, et ce n'est pas du tout une avancée du désert.

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4. La désertion des campagnes

Un autre usage qui fait couramment de la désertification et qui rejoint l'origine étymologique du mot, c'est le départ des populations des campagnes, on parle de désertification des campagnes. Et c'est vrai que la désertification des campagnes, c'est rendre ces lieux inhabités. Mais on est très loin des phénomènes de dégradation des terres, même si ces départs peuvent avoir des conséquences sur la dégradation des terres. En particulier sur l'embroussaillement, sur les pertes de productivité, ou la destruction des paysages. Sur un plan scientifique et je préfère employer le terme de désertion des campagnes, plutôt que le terme de désertification.

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5. Histoire de la désertification

La désertification ce n'est pas un phénomène récent. Platon se lamentait déjà sur la disparition des sols en Grèce du fait des incendies de forêts et des effets de la pluie qui entraînait les sols. Pline, décrit la disparition des forêts à Juniperus, ou d'autres phénomènes. Le mot a été employé pour la première fois, apparemment, par un forestier français, Louis Lavauden en 1927. D'autres l'attribuent à d'autres sources, peu importe… c'est un problème qui est important, qui est ancien, on pourrait presque dire, qu'il est lié à la première action de l'homme sur le terrain. Toutes actions de l'homme a une action sur les écosystèmes et sur leurs composantes. Et entraîne une diminution et une péjoration de ces ressources, face auxquels l'homme a des possibilités d'agir et de réagir.

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6. Les causes de la désertification

Les causes de la désertification, là aussi sujet de controverse. Sujet de controverse important. Quid du climat quid de l'action humaine. Dans les définitions qui avaient été faite par le CNUE en 1991, l'accent avait été mis particulièrement sur l'action humaine. Et on sait maintenant qu'au point de vue de la recherche que la dégradation des terres, la désertification, est lié essentiellement aux actions de l'homme. Le climat, jouent un rôle mais il aurait plutôt un rôle d'aggravation ou de révélateur de cette dégradation. En effet, on constate que dans des zones, prenons la partie nord de la zone sahélienne ; des zones où les densités de population et les densités de bétail étaient très faibles, certes la sécheresse a eu des conséquences importantes sur les populations de ligneux, sur la couverture végétale. Mais les écosystèmes de ces zones, adaptées depuis longtemps à des conditions et des cycles de sécheresse, ont des capacités de récupération forte. Et dans ces zones, les conséquences à long terme de la sécheresse n'ont pas été importante. Par contre, elles l'ont été dans des zones où la pression humaine et importante. Donc c'est bien l'action humaine qui est une des causes principales de la désertification.

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7. Pourquoi cette action humaine ?

L'homme ne dégrade généralement pas, et les paysans encore moins que les hommes, leurs terres volontairement. C'est qu'en fait les populations se sont trouvées prises dans un cercle, un cercle ou une spirale si vous voulez qui consiste d'une part, à l'accroissement des populations, cet accroissement des populations entraîne un accroissement des besoins, une stagnation des pratiques, des crises économiques importantes vont amener les gens à avoir un repli sur eux et sur les ressources naturelles pour satisfaire leurs besoins. Or, jusqu'à ce que ces phénomènes prennent cette ampleur, l'accès aux ressources naturelles n'étaient pas un accès sauvage. Chaque population de paysans, d'éleveurs avaient des règles, et des règles traditionnelles, des règles de réglementation d'usage des ressources naturelles, d'accès à ces ressources, on disait "de gestion en bon père de famille". Et c'est un peu la même chose, le problème est que ces règles, face à la croissance démographique, face aux changements de société, face à l'accroissement des besoins, sont devenus obsolètes. Et si elles sont devenues obsolètes, elles n'ont plus permis de réguler l'accès. Donc cet accès est devenu libre, c'est un peu la tragédie des communs. En fait, la tragédie des communs c'est pas la tragédie des biens gérés en communauté mais c'est la tragédie des biens qui ne sont plus gérer.

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8. Les processus de désertification

En ce qui concerne les processus je ne voudrais pas rentrer dans le détail c'est assez technique. En gros, la désertification ça commence comment ? Ça commence par la destruction de la végétation ou par une péjoration de la végétation. L'usage abusif, les prélèvements, les incendies parfois, le surpâturages vont amener d'abord une diminution de la biodiversité. Certaines espèces sont plus appété que d'autres, elles seront prélevées avant d'autres, elles disparaîtront avant d'autres. Ensuite on a une réduction du couvert végétal, la réduction de la couverture végétale. Disparition des arbres, disparition des arbustes, les steppes deviennent de plus en plus clairsemés et face à cela qu'elle va être la phase suivante : La phase suivante, c'est que le sol va être de moins en moins protégé, par la couverture végétale. Donc les pluies qui sont souvent violentes en zone sèche, vont entraîner une dégradation des états de surface du sol . Alors les états de surface du sol, c'est l'état des quelques millimètres qui constituent le sol, on sait maintenant qu'ils sont déterminants sur la vie et le fonctionnement du sol, sur ses capacités à absorber l'eau, à le stocker. Donc deuxième action, action sur le fonctionnement hydrique du sol, c'est-à-dire sur sa capacité à drainer de l'eau, de la mettre à disposition de la végétation, de la mettre en infiltration dans des nappes au cours des pluies et autres. Cette diminution de la capacité du sol à fournir de l'eau et des réserves hydriques, va entraîné bien évidemment, en effet rétroactif une autre diminution de la végétation. Et on est bien là dans une spirale et dans une spirale importante. Donc la désertification c'est bien d'abord la dégradation de la végétation ensuite une dégradation du sol. Cette dégradation elle va se poursuivre, et au delà de la perte de productivité du sol nous allons avoir des pertes en matières organiques de ce sol , donc de sa stabilité, donc de sa résistance à l'érosion et donc, nous allons avoir après une perte du sol par érosion éolienne et érosion hydrique.

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9. Les conséquences de la désertification

Cela va avoir des conséquences. Des conséquences au niveau local, des conséquences au niveau général. Au niveau local, on va avoir tout le bilan hydrique qui va être modifié. La quantité d'eau infiltrée par rapport à la quantité d'eau stockée . On va avoir un accroissement de l'aridité, ce que l'on appelle l'aridité édaphique, c'est-à-dire un accroissement de l'aridité du fait d'un fonctionnement différent des sols. Mais, l'action de la désertification ne va pas se produire qu'à ce niveau-là, c'est-à-dire qu'au niveau local, qu'au niveau de la parcelle. Il va y avoir aussi des effets, je dirai exportés. Ces effets exportés, cela va peut-être être d'abord vis-à-vis de l'eau. Un bassin versant désertifié c'est un bassin versant où l'eau ruisselle. Donc, quelles vont être les conséquences ? Cela va être des crues, des crues importantes. Le déboisement en France et en Europe à la fin du XIXe siècle a entraîné des inondations énormes et auxquelles on a pallié par le reboisement des montagnes. De la même façon, la désertification d'un certain nombre de bassins tropicaux, va entraîner des crues. Elle va entraîner aussi un autre phénomène, elle va entraîner un phénomène de comblement, parce que cette eau va entraîner des sédiments et on va avoir un comblement des barrages. Ces barrages si utile à la production agricole et à la production hydraulique, qui représente des investissements importants, dont les emplacements sont rares …il n'y a pas beaucoup d'endroits où l'on peut construire des barrages…ces barrages vont être ensabler. Ils vont perdre leur capacité, ils vont parfois être perdus pour l'utilité de l'homme. Cela va entraîner aussi vous avez vu tout à l'heure, une vue de Moudjeria , une petite ville de Mauritanie. Et on voit Moudjeria encerclée par les dunes. C'est le problème de l'ensablement, les sédiments éoliens mis en oeuvre par l'érosion éolienne vont envahir les infrastructures, boucher les routes, combler les périmètres irrigués et même attaquer les villes. C'est le cas de Nouakchott, c'est le cas de Moudjeria et d'un certain nombre d'endroits. Donc des conséquences locales mais aussi des conséquences plus globales et des conséquences sur les populations. On parle de plus en plus des migrants de l'environnement, de ces gens qui ont perdu leurs ressources, qui ne peuvent plus vivre sur leurs terres et qui sont mis sur les routes. Vous en avez vu quelques uns. Alors certes il ne viendront pas frapper à votre porte demain. Ils iront d'abord grossir le flux des banlieues périphériques des villes où ils vont poser des problèmes. Des problèmes d'infrastructures, des problèmes d'accès à des services, d'accès aux soins, d'accès à la scolarité, et d'accès au travail. D'accès à l'économie, d'accès à d'autres ressources. Et dans une deuxième vague, ils alimenteront aussi la migration vers les pays du Nord. C'est l'une des raisons pour laquelle et ce n'est pas la seule, que l'on peut dire que la désertification est un problème qui nous concerne tous.

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10. Climat et désertification

Je crois que dans ce débat de la relation " climat, désertification " il y a des choses que l'on sait, il y a des choses que l'on ne sait pas. Et je crois qu'il faut clarifier le débat, il faut sérier un certain nombre de questions. A mon avis, il faut considérer deux échelles : d'abord la locale et la globale. Et les questions, elles sont réciproques. La première c'est : est ce que les fluctuations du climat local ont un impact fors sur la désertification ? C'est vrai que la désertification a été mis aux yeux du monde et à sensibiliser les gens à la suite des grandes sécheresses qui ont frappé le Sahel. J'ai tout à l'heure dit que ces sécheresses était plutôt un facteur aggravant. Ce que l'on sait à l'heure actuelle, c'est qu'elles n'ont pas été le moteur direct de la désertification, mais une source d'aggravation de ces conséquences. La deuxième question, c'est la question en retour, c'est est ce que la dégradation locale de ces terres, la dégradation dans un terroir, autour d'un village, dans un secteur, vont avoir des conséquences sur le climat dans cette même zone ? Alors là, il y a eu des débats, différent. Il y a eu d'abord des hypothèses postulant sur le fait qu'une zone désertifiée, était une zone qui recevrait moins d'eau, qu'il y aurait une diminution de la pluviométrie. C'est toute l'hypothèse de Charnet, qui est un scientifique, hypothèse qui reposait sur l'effet de la désertification sur la modification de l'albédo des terres. L'albédo c'est simplement la fraction de rayonnement solaire qui est renvoyée. Si l'albédo augmente, on a une diminution de l'énergie et on n'a à ce moment là une diminution de l'ascendance des nuages donc des probabilités de pluie. Alors des études ont été faites sur ce phénomène, c'est vrai, il existe, il a une existence réelle en termes physiques, en termes climatiques. Mais on sait maintenant que les ordres de grandeur, les puissances d'énergies dégagées sont sans commune mesure avec les réels phénomènes climatiques. Et on sait par exemple qu'au Sahel, la pluviométrie, les précipitations sont essentiellement commandés plutôt par les températures de surface de l'océan que par la réalité des conditions des écosystèmes des zones où il pleut ou il ne pleut pas.

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11. L'aspect global

Alors l'autre aspect c'est l'aspect global. Sur l'aspect global, je crois qu'il est à peu près admis par la communauté scientifique que nous sommes dans une phase de réchauffement climatique. Cette phase de réchauffement climatique, ce n'est pas un réchauffement qui va se produire, ou qui se produit de manière homogène. On sait en particulier qu'il y aura probablement une différence entre le réchauffement des zones nord et des zones sud. De même au niveau régional, en France par exemple, ce sera plutôt une élévation des températures: des températures d'hiver vers la partie Ouest de la France, des températures d'été vers la partie Est de la France. Pour le moment, tout cela est étudié au travers de modèle. Il existe plusieurs modèles physiques qui sont des modèles globaux. Ces modèles globaux donnent satisfaction, au niveau global. Lorsque l'on veut les décliner au niveau régional, cela devient beaucoup plus difficile. Et on a des divergences, en particulier on ne sait pas comment variera la pluviométrie du fait du changement de température. Sur la Méditerranée, est-ce que ce sera la même sur la Méditerranée occidentale que sur la Méditerranée orientale ? Il y a encore des incertitudes. Il y a cependant un certain nombre de réalité, de choses que l'on sait, on sait premièrement que l'augmentation de température, au moins dans les zones chaudes, entraînera automatiquement une augmentation de l'aridité. Deuxièmement, si on ne sait pas dans quelle proportion varieront les précipitations dans le Sahel, on sait que la variabilité de ces précipitations sera probablement accru là comme ailleurs. Avec des épisodes plus rares, plus violent donc, il y a un risque de plus en plus grand pour la désertification. Les conséquences en sont importantes. Si le changement climatique entraîne une augmentation de la désertification, elle va entraîner une augmentation de la vulnérabilité des populations rurales des zones sèches. Ce qui veut dire que des programmes ou des méthodes, des plans d'adaptation aux changements climatiques doivent être mis en place. C'est un des points négocié dans les grandes conférences internationales à l'heure actuelle. Et ce pourrait être d'ailleurs, aussi bien pour la recherche que pour le développement, une des sources de financement pour le développement de ces zones.

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12. Désertification et ressources en eau

Alors les conséquences de la désertification sur les ressources en eau. D'abord, on pense que la désertification peut accroître le changement climatique globale. Accroître le changement climatique globale pourquoi ? Parce que d'abord, c'est un facteur de déstockage du carbone. Je prends en exemple, 1 ha de pseudo steppe ou de savane sahélienne du Sénégal par exemple, qui se dégrade, c'est-à-dire qui passent d'une savane en bon état avec une biomasse déterminée, à une savane en mauvais état avec très peu de végétation, en sol dégradé, en parti érodé. C'est en gros 15 tonnes à l'ha de carbone qui sont parties. Alors, ils ne sont pas partis directement dans l'atmosphère. Ils ont d'abord été entraînés dans les sédiments, ensuite ces sédiments ont été transformés, une partie a été remise dans l'atmosphère. Donc, un point important. D'autre part on parle beaucoup de stocker le carbone dans la biomasse. La désertification c'est quand même l'incapacité de produire de la biomasse dans un certain nombre de zones sèches. Donc on voit bien la relation. En ce qui concerne les réserves hydriques, on a déjà un petit peu abordé le problème, la désertification modifie, elle modifie quoi ? Elle modifie le cycle hydrologique et, c'est-à-dire qu'elle modifie les relations entre l'eau qui tombe et sa redistribution. Cette eau est de moins en moins stockée. Elle court, elle part, elle quitte la zone, donc on a un déficit hydrique et de plus en plus important. Ce déficit va se traduire au niveau de la vie des plantes. Elle va se traduire aussi au niveau de l'alimentation d'un certain nombre de nappes, toutes les nappes ne sont pas fossile, heureusement ! Il y en a un certain nombre qui se rechargent. Donc, on aura une modification à ce niveau-là. Les autres modifications, c'est sur les cours des grands fleuves tropicaux, qui ont des bassins qui sont en partie en zone humide, mais en partie également en zones sèches. Et ont parlait tout à l'heure des problèmes de sédimentation dans les barrages, des modifications des régimes de crue, etc.... Donc une importance relativement forte.

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13. Désertification et diversité biologique

Et la diversité biologique, je suis au regret de constater que d'abord, les zones sèches n'ont pas fait l'objet de l'attention suffisante sur la diversité biologique. Je suis sure que lorsque l'on vous parle de diversité biologique, vous pensez tous aux forêts tropicales. Vous avez raison . Les forêts tropicales sont un grand réservoir de diversité biologique. Mais, il faut penser une chose, c'est que dans les zones sèches, d'abord, il y a eu des millénaires d'évolution où des conditions de plus en plus arides se sont instaurées. Pendant cette évolution, on a eu des adaptations, des spéciations, et la formation d'isola d'espèces. Espèce au sens large, aussi bien d'espèces micro biologiques, que des espèces végétales, que des espèces animales qui ont donné lieu à la création d'une diversité importante. Cette diversité importante en plus, recèle des adaptations (des adaptations à la sécheresse, des adaptations au stress) qui en font un réservoir important de ressources pour l'avenir. D'autre part, je voudrais souligner un deuxième point. C'est que les zones sèches sont parmi les zones où l'agriculture s'est développée très tôt et où il y a eu une co-évolution entre cette agriculture, les agriculteurs, leur savoir faire, les populations animales et les populations végétales. Et que renferment ces zones sèches ? Un nombre très important, d'espèces apparentées à nos espèces cultivées. D'autre part de cultivars, de variétés ou d'espèces animales ou de races animales, particulièrement adapté, particulièrement rustique et qui constituent un patrimoine génétique important pour le développement et pour le futur de nos cultures et de notre agriculture. Alors, deux exemples simplement : des variétés d'orge de Californie ont été attaqués il y a quelques années par une maladie cryptogamique, je crois que c'étaient une rouille, je n'en suis pas sure! Contre laquelle il n'y a pas vraiment de moyens de traitement. Donc la solution recherchée, était une solution de type génétique, résistante. Et cette résistance où l'a t-on trouvée ? Dans des variétés locales des plateaux éthiopiens, des zones arides éthiopiennes. Et cela a fait gagner à l'agriculture américaine des millions de dollars, cela a été chiffré, parce que les américains aiment bien chiffrer les choses. Et cela a fait faire un bénéfice important à cette agriculture. Nous voyons qu'il y a bien là un réservoir de ressources important.

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14. Biodiversité et développement

Je crois que la désertification est quand même un des facteurs principaux de la destruction de la biodiversité dans les zones arides. Jusqu'à présent la protection de la biodiversité c'était centrée sur les aires protégées. Je crois qu'il est très important d'envisager cette protection de la biodiversité en dehors de ces aies protégées. C'est-à-dire, les milieux cultivées, dans les milieux des agriculteurs. Et de faire jouer à ces agriculteurs, dans la protection de la biodiversité, à la fois de la biodiversité sauvage mais aussi de la biodiversité cultivée, un rôle important. Et je crois que c'est là que l'on passe aux autres problèmes de développement. La conservation de la biodiversité cela n'est pas forcément un luxe, parce que la biodiversité c'est aussi la possibilité de développement. Donc, il faut coupler le plus possible, les problèmes de conservation mais aussi de valorisation de la biodiversité. Car vous le voyez bien, si les problèmes de la désertification sont liés à un problème d'accroissement des besoins des populations, c'est en diversifiant leurs sources de revenues que nous arriverons à diminuer la désertification. La biodiversité peut être une des sources de revenus pour un certain nombre de gens.

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15. Désertification et développement

Je crois que la désertification est liée à l'action humaine. Donc, elle est lié au développement. Elle correspond à un accroissement des besoins et à une dérive des pratiques. En fait, les populations et en particulier les populations rurales des zones sèches, sont très dépendantes pour leur développement économique, pour leur nourriture, des ressources naturelles. Et il est bien évident que si l'on dégrade ces ressources naturelles ou si ces ressources naturelles se dégradent, se sont ces populations, leurs ressources de vie qui vont en pâtir. Donc, il y a un lien fort entre désertification et environnement. Donc l'accroissement rapide des populations , je le disais, a entraîné une demande alimentaire, une demande de services, une demande économique forte. Face à cette demande économique, l'agriculture s'est développée. Et on constate quoi ? On constate, grossièrement, en particulier dans les zones sèches, par exemple prenons le Sahel , que la croissance de la production agricole a suivi "en gros" la croissance de la mise en valeur des terres. Et cette mise en valeur des terres a été de plus en plus sur des terres marginales, sur des terres fragiles, sur des terres d'écosystème détruit. On arrive à une saturation de l'espace. Si vous regardez les courbes de rendement, vous vous apercevez qu'après une phase de croissance des rendements dans ces zones, on est arrivé à une stabilisation, et souvent à une décroissance. On arrive dans des milieux, où on pourrait dire que l'espace rural et pratiquement saturé. C'est-à-dire que, sans saut technologique, sans intensification de l'agriculture, sans diversification des ressources, on va aller de plus en plus vers une dégradation des terres. Je ne parle pas de la jachère, vous êtes tous au courant qu'autrefois les systèmes reposaient sur des rythmes de jachère qui permettaient la reconstitution des ressources naturelles et de leurs écosystèmes. Il va de soi, qu'avec le défrichement de plus en plus important, cette jachère a disparue. Alors, il est vrai qu'il existe des solutions, des programmes qui ont été menées montrant qu'il y avait d'autres possibilités portant sur l'embocagement, sur la présence des arbres dans les milieux cultivées etc.... Il faut pas non plus être extrêmement pessimiste. Mais on voit bien là, qu'il y a un lien très fort, entre développement et désertification.

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16. Désertification et pauvreté

On voit bien là qu'il y a un lien très fort entre développement et désertification. Alors, ce lien, on en a parlé aussi à propos de la pauvreté. Vous le savez, actuellement la banque mondiale, les instances internationales parlent beaucoup de pauvreté et de réduction de la pauvreté dans les pays en développement. Beaucoup d'auteurs ont fait un lien entre pauvreté et désertification. Alors, ce lien existe. Il existe, d'abord statistiquement. Si vous regardez les proportions de population des pays pauvres, vous vous rendrez compte que ces populations, en particulier dans le milieu rural, sont beaucoup plus élevées dans les zones sèches que dans les autres zones. Je parle de rural, je ne parle pas du milieu urbain. Que d'autre part, des populations appauvries, pour lesquels la communauté internationale ou les communautés nationales n'ont pas tendance à fournir une aide économique supplémentaire et à investir dans la production de ces zones, donc à diversifier leurs activités etc.... sont de plus en plus vulnérables. Donc, de plus en plus vulnérable dans leur accès aux ressources, de plus en plus vulnérable dans leurs droits au pouvoir et à la parole, de plus en plus vulnérable dans leur accès aux services. Donc, il y a bien un lien fort entre désertification et pauvreté.

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17. Les programmes de lutte contre la désertification

D'abord, peut-on lutter contre désertification ? Je crois qu'il faut dire oui. Il faut dire oui mais il faut le raisonner et le discuter. La première conférence sur la désertification c'est Nairobi 1977. A la suite, a été mis en place un programme de lutte contre la désertification. Un programme important qui a investi des millions de dollars, qui a été avec 28 recommandations essentielles, et qui a agi et qui a eu un certain nombre d'effets. Le problème, c'est que les résultats n'ont pas été à la hauteur. Ils n'ont pas été à la hauteur des éléments investis, de l'effort consenti. Pourquoi ? Pour plusieurs raisons : d'abord, la première chose est que l'on a pas publier toutes les évaluations et qu'il est difficile à l'heure actuelle de dire réellement quelles sont les causes d'échecs. Et là, la recherche est un peu fautive, elle n'a pas su accompagner ces programmes comme elle aurait dut. Mais, premièrement on constate qu'on a beaucoup lutté contre les conséquences. Alors on fait quoi? On fait des barrages verts. Des barrages verts autour de Nouakchott. Barrages verts en Algérie, barrages verts ici. On fait du reboisement avec des espèces exotiques adaptée ou pas. On fait des diguettes de conservation des eaux et des sols. Toutes ces techniques et ne sont pas mauvaises. Certaines sont adaptées d'autres ne le sont pas. Mais elles ont deux problèmes majeurs. Premièrement, elles ont été souvent faite en dehors de l'acceptation et de la volonté des populations, en dehors de leurs participation. Je ne dis pas de leur participation financière, car on peut toujours payer des paysans pour faire des diguettes, ce ne veut pas dire qu'ils assimilent et qu'ils s'approprient la technique. Cela veut dire que cela ne s'inscrit pas dans son système de production, dans son système de valeurs, dans le système qui va le conduire et qui va l'amener à avoir cette gestion en "bon père de famille". En se disant que , " je ménage mes ressources pour avoir plus de revenus , et pour que mes enfants aient plus de revenus ". C'étaient une action extérieure, entreprise par des forces extérieures, par le gouvernement, par les bailleurs de fonds extérieurs etc... La deuxième raison, c'est que l'on ne s'est rarement attaquer aux causes. Et quand on parle des causes de la désertification, je vous l'ai dis, les causes de la désertification sont anthropiques. C'est l'action de l'homme, c'est l'action des pratiques. Alors, les pratiques, il y a les transferts de technologie, etc…, c'est un point, mais ce n'est pas seulement le seul point déterminant. Les causes : il y a les causes immédiates : sur pâturages, surexploitation, mauvaises pratiques, il y a les causes primaires qui sont : la destruction des règles d'accès aux ressources, l'augmentation des besoins et puis il y a les causes plus fondamentales qui sont des causes de choix économiques, de crises économiques, de choix de production. Des causes de gestion aussi : décentralisation des ressources, de gestions et autres… Donc là, on touche bien le problème de la lutte qui doit être non seulement un problème technique mais aussi un problème de cadre institutionnel, politique, et économique favorable à ces conditions luttes et ces conditions d'améliorations.

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18. Des solutions

Il n'y a pas de solutions toutes faites. Il n'y a pas de solutions scientifiques ou techniques toutes faites pour la lutte contre la désertification. Il existe des solutions, elles sont chaque fois locales. Elles doivent être appropriées par les populations, elles doivent reposer sur un diagnostic scientifique précis, car si la désertification est un phénomène global, et nous l'avons vu, c'est un phénomène qui affecte tous les continents, qui affecte diverses zones. Les processus où on les connaît, ils sont globaux, mais localement, ils résultent toujours d'une combinaison originale de facteurs. Ici ce sera tel type de sols, avec tel type de pratiques. Ici ce sera tel type de surpâturages avec tel type de formations végétales avec telles méthodes d'exploitations et de méthodes sociaux économiques. Donc vous voyez bien la nécessité d'un diagnostic, la nécessite une application de la lutte. Et d'autre part, nécessité pour cette lutte de la création de cadres économiques, de cadres sociaux importants. Et là on parle beaucoup de la recherche, mais je pense que si on connaît beaucoup de choses sur la désertification, il y a encore beaucoup à connaître. On connaît beaucoup de choses sur les techniques mais bien peu de recherches ont été faite en terme d'ingénierie sociale. Comment définir de nouvelles règles d'accès aux ressources ? Comment gérer les ressources naturelles ? Ce sont des voies de progrès et des voies fortes d'avenir.

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19. Une convention sur la désertification, c'est quoi ?

C'est un cadre juridique contraignant pour les pays, d'abord pour les pays du sud, pour les pays affectés. Parce que ces pays s'engagent à mettre en place des programmes d'actions nationaux. Ces programmes d'actions nationaux sont des programmes de lutte en définissant des priorités, en définissant des moyens d'actions etc… Alors, leur réalisation n'est pas parfaite, mais c'est un processus intéressant. Et d'autre part, les obligations sont pour les autres pays signataires de la convention, qui sont les pays non affectés ; en fait les pays développés du nord, qui s'engagent, premièrement à apporter une assistance scientifique, une assistance technique ainsi que des transferts de technologie, mais également une assistance financière pour permettre à ces pays de se développer. Donc voilà à peu près les points. Qu'elles sont les nouveautés dans cette convention ? Les nouveautés, elles sont de trois ou quatre ordres. Premièrement la convention a bien souligné l'aspect du lien fort entre environnement et développement et elle se situe bien à la charnière des problèmes de développement durable, beaucoup plus que les autres conventions qui l'abordent essentiellement par un problème environnemental. Donc, là, on est bien au coeur du dispositif, et c'est bien un peu là que ça va être repris notamment à Johannesburg où, on va vers ce que l'on appelle un "global deals" c'est-à-dire un contrat global sur les problèmes d'environnement et de développement. On espère qu'on aboutira. Ce n'est pas certain, nous ne sommes pas dans les années porteuses des années 92 où il avait une certaine générosité internationale. On est plutôt à l'heure actuelle dans une période de frilosité et l'aide publique au développement décrois. Chacun joue sa carte individuelle ...

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20. Les faiblesses de la convention

S'il fallait porter un jugement sur la convention de la désertification, je dirai qu'elle a des tares originelles. Pourquoi ? Parce que lorsque l'on a négocié, nous avons été un peu escroc. On a été un petit peu escroc car dans les autres conventions on a mis en place un mécanisme financier. La convention sur la désertification n'a pas eu de mécanisme financier. On a défini des obligations pour les pays et nous n'avons pas mis de mécanismes financiers. Pas de guichet pour la désertification, alors que les autres conventions, vous avez des guichets au niveau du fond pour l'environnement mondial (qui est abondé, peut-être pas suffisamment… il y a des difficultés d'accès etc. ..) Pour nous (le CSFD), on a mis quelque chose, que moi j'appelle "un machin"… je m'excuse … mais qui est une grande supercherie. C'est un mécanisme qui s'appelle le mécanisme global, le mécanisme mondial et qui est un mécanisme qui est destiné à faciliter les financements. Et qui en fait, se contente de quoi ? Il se contente de comptabiliser les transactions entre les uns et les autres… La France va donner au Sénégal un petit peu aux autres un petit peu. Et tout cela va être comptabilisé, et on va mettre des bailleurs de fonds ensemble, pour voir comment ils s'entendent etc.. Alors ce mécanisme coûte très cher. C'est le mécanisme des Nations Unies, il coûte très cher, et finalement il rapporte peu. Je crois qu'il faut être critique. C'est une hypocrisie des pays du nord, d'avoir créé cela. Alors on s'achemine dans une discussion, vers la création d'un nouveau guichet etc.. C'est une des difficultés. Mais quand même la convention sur la désertification, si je devais conclure, pour moi elle a des tares originelles. Celle-la, celle du mauvais lien avec la science, mais elle a aussi des avantages. Je vous l'ai dit tout à l'heure, elle repose sur des programmes d'actions nationaux. Ces programmes d'actions nationaux, ce n'est pas un papier qui a été réalisé. C'est une démarche qui a été conduite, au niveau des pays. Cette démarche, au niveau des pays, elle a impliqué l'ensemble des populations, et suivant les pays elle a, à des degrés divers mais d'une manière assez général, elle a impliqué les populations. Cela veut dire quoi ? Cela veut dire qu'on a donné la parole. Peut-être pour la première fois aux O.N.G, aux communautés de base, et aux associations, pour leur permettre de dire "nous, nos ressources naturelles, elles sont celles-là, nos besoins sont ceux-la, ce que l'on veut c'est cela... ". Alors, on les a écoutées… plus ou moins parce s'est passé par des filtres différents. Mais ce qui est important, c'est qu'il y a des documents qui existent, un travail qui a été fait et présenté à la communauté internationale. Ce travail, je crois, premièrement que l'on ne reprendra pas la parole aux gens à qui on l'a donnée. Donc, elle a fait progresser de manière très forte la prise de conscience, l'évolution de la démocratie dans un bon nombre de pays, et cela c'est un point important. Actuellement on est avec ces programmes sur la table, et je crois que l'avenir de la convention sur la désertification elle va dépendre en grande partie de la manière dont nous, nous, les pays du Nord, nous serons capable de répondre à ces gens, qui ont fait un effort, qui se sont engagés. Effort, certes insuffisant, effort qu'il faut guider, qu'il faut entretenir. Mais comment allons nous y répondre ? Est ce que nous serons capable, nous, bailleurs de fonds, d'y répondre dans les circonstances actuelles ? Je crois que c'est un peu le défi de cette convention. Donc, une convention qui coûte cher, qui a des défauts, mais qui se révèle très utile.


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