L'accès des pays du sud



Table-ronde
à Agropolis Museum
le 11 mars 2005

aux énergies renouvelables
par Yves Maigne,
Fondation Energies pour le Monde,
Yao Amediame

et ONG CIADD Bénin

Avec la participation de Ingénieurs Sans Frontière - Montpellier


S o m m a i r e 

1.-Introduction

2.- Compte rendu de la table ronde

Bibliographies

Contacts

1) - Introduction

‘La croissance économique des pays industrialisés a été jusqu’ici largement dépendante des ressources énergétiques fossiles de la planète. Les scientifiques sont de plus en plus nombreux à prédire une raréfaction de ces ressources, favorisée encore par l’entrée des consommateurs du continent asiatique sur le marché mondial. Un défi majeur sera notre rapidité de réponse à l’accélération des risques climatiques et des impacts écologiques liés à ce mode de développement occidental.

Mais pour les pays du Sud confrontés à une forte expansion démographique et à une faiblesse de leurs capacités productives, ces enjeux les concernent-ils vraiment ? L’énergie disponible localement sera t-elle suffisante pour satisfaire l’augmentation des besoins ? Quelle politique serait alors possible et souhaitable ? Faut-il suivre un développement similaire à celui des pays occidentaux ou choisir d’autres alternatives qui s’inscrivent dans la voie du développement durable ?’

Le développement durable est une idée inventée dans les pays développés. Force de constater qu'il est déjà très difficile de passer des discours aux actions. Le succès de la réorientation du mode de développement de la planète dépendra cependant également du comportement des pays du sud. Et de façon décisive, compte tenu du poids démographique et du dynamisme économique de certains d'entre eux, à commencer par la Chine et l'Inde. Pourtant, nombre de leurs dirigeants refusent - à juste titre - que les pays développés leur forcent la main : au nom de quoi ceux-ci auraient-ils le droit des contraintes environnementales fortes, quand les pays riches d'aujourd'hui se sont développés sans se soucier de la planète ? Pour autant, tout espoir n'est pas perdu, car la prise de conscience environnementale au Sud progresse vite. Il faut impérativement que les pays du Nord les aident en ce domaine, ce qui passe par des transferts massifs de fonds et de technologies du Nord vers le Sud.
La promotion de la préservation de l'environnement au Sud pour le bénéfice de toute la planète nécessite la volonté des gouvernements d'engager des politiques adéquates. Même s'il y a des contre-exemples comme le Mexique, nombre d'entre eux agissent déjà : la prise de conscience environnementale est plus avancée au Sud qu'on ne le croit généralement au Nord. En Inde, la ville de Delhi était classée, en 1998, dans la liste des dix villes les plus polluées au monde. La circulation automobile était à l'origine de 70 % de cette pollution. En 2003, les émissions de monoxyde de carbone avaient diminué d'un tiers et celles de dioxyde de soufre de près de 40 %. Entre-temps, tout le système de transport public de la ville était passé au gaz naturel. La bataille a été rude et il a fallu plusieurs décisions de la Cour suprême pour que cette politique voit le jour. En juin 2004, les dirigeants de la ville ont annoncé leur intention de rendre le passage au gaz naturel obligatoire pour tous les véhicules légers de transport de marchandise en 2005. La prise de conscience et la volonté des gouvernements locaux sont donc des conditions sine qua non pour que les choses bougent. Mais il est aussi indispensable que les pays du Nord aident les pays émergents. Cela nécessite des transferts financiers et technologiques importants en leur faveur, pour leur permettre d'aller plus vite que les pays développés actuels ne l'ont fait dans la maîtrise des conséquences environnementales de leur croissance (Christian Chavagneux).

L'engagement des pays du Sud est d'autant plus urgent qu'ils ont devant eux l'essentiel de leurs infrastructures à construire. Mais cet engagement ne pourra se faire sans d'importantes contreparties financières. D'où la nécessité d'une dynamique soudant pays du Nord et du Sud autour de programmes sectoriels mobilisateurs (Pierre Radanne ancien président de l'Ademe).

 

L'Afrique face au défi énergétique

Une fracture énergétique Nord/Sud

C'est en Afrique que la consommation d'énergie est, par habitant, la plus faible du monde.
Les pays africains consomment en effet cent cinquante fois moins d'énergie que les pays industrialisés. Un tiers d'entre eux n'ont pas accès à l'électricité. Un taux qui cache des disparités non seulement entre les pays mais aussi dans les pays. Le taux d'électrification urbain au Sénégal est ainsi, d'après S. Sarr, de 55% en 2001, contre 7.5% en milieu rural, ce dernier étant encore largement dépendant des combustibles traditionnels ou biomasse (bois, déchets agricoles et animaux). La consommation de la biomasse en Afrique subsaharienne représente ainsi 85 % de l'utilisation totale d'énergie en 1990. Globalement le taux de pénétration des énergies dites " modernes ", sous forme de kérosène ou d'électricité, reste très faible, en particulier dans les zones rurales. Leur coût les rend inaccessibles, et, lorsqu'elles sont utilisées, elles servent essentiellement pour l'éclairage, donc pour le confort et rarement pour les activités productives. Par ailleurs, les services énergétiques (approvisionnement et distribution) calqués sur ceux des pays industrialisés, sont inadaptés aux situations locales : ainsi se développent des unités de production de grande taille largement sous exploitées, dans un environnement où l'habitat est très dispersé.

Un avenir énergétique sombre

L'échec d'implantation des énergies " modernes " en Afrique et l'absence d'efficacité des énergies traditionnelles obligent dès lors les familles rurales à prélever davantage sur les ressources forestières. Or cette consommation a un impact énorme sur la déforestation et la désertification, du fait de l'appauvrissement et de l'érosion des sols : 2.5 millions d'hectares sont défrichés chaque année en Afrique. Une véritable crise environnementale renforcée par la pollution via la combustion de la biomasse. Dans les pays industrialisés en revanche, la consommation massive d'énergies fossiles (charbon, gaz, pétrole) est responsable de gaz à effet de serre engendrant le réchauffement climatique. Or ce sont les pays du Sud qui subiront de façon dramatique l'impact de ce dérèglement : recrudescence des inondations, des sécheresses, développement de maladies (malaria)… Mais les pays du Sud seront bientôt, à leur tour, acteurs de cette situation écologique sans précédent. En effet, l'accroissement démographique, les besoins énergétiques en éclairage, pompage, conservation, chaleur vont doubler d'ici 2050. Les énergies fossiles qui s'épuisent ne pourront répondre à cette demande à terme, même si les pays du Nord s'intéressent enfin aux économies d'énergie. Dans ce contexte, les énergies renouvelables offrent des alternatives intéressantes en matière de développement durable.

Les énergies renouvelables : des alternatives intéressantes

Ces énergies sont dites "renouvelables" car elles sont propres, inépuisables, présentes partout et libres de droits. Elles utilisent les éléments naturels (soleil, vent, eau, courants marins, géothermie…) et la biomasse pour produire divers services énergétiques susceptibles de contribuer à la lutte contre la pauvreté : chaleur (chauffe eau solaire, chaudière à bois…), électricité (panneau photovoltaïque, éolien, micro-hydraulique…). Enfin, ces énergies sont par "nature" décentralisées donc adaptées aux besoins locaux. Cependant, les énergies renouvelables présentent encore certains inconvénients : faible rentabilité des systèmes photovoltaïques, coût très élevé et inadaptation aux habitudes locales… De plus, elles ne peuvent répondre seules, à court terme, aux besoins les plus pauvres.

Un choix politique soutenu par la solidarité internationale

Ainsi la question n'est pas de savoir si les énergies renouvelables sont "la" solution, mais quelle place les pays du Nord leur accordent pour assurer réellement cette diversité. Car l'obstacle de leur coût renvoie d'abord à un choix politique : en matière énergétique les états du Nord et du Sud ont un rôle prépondérant à jouer.


2) - Compte rendu de la table-ronde

Afin de mieux cerner les grandes lignes de ce que représentent la demande et le mode de consommation énergétique des pays du Sud, un état des lieux était nécessaire. Cet état des lieux, c’est l’Afrique de l’Ouest qui va le donner.

Cela passe tout d’abord par un constat simple, la consommation d’énergie est directement liée à la population et on note une tendance généralisée à un accroissement rapide de la population d’ici à 2020. Il apparaît que c’est au niveau des ménages dans les centres urbains que se fait la majorité de la consommation énergétique, or, l’exode rural accroît la population urbaine de façon très nette. Les pays de l’Afrique de l’Ouest n’utilisent que très peu d’énergies fossiles, ils y substituent la biomasse, principalement les ligneux, le charbon et les résidus de culture. Malheureusement, ces sources d’énergies ne sont pas dépourvues de problèmes.

Premièrement, le bois de chauffage ainsi que celui utilisé pour le charbon de bois, provient en majorité de cultures sur brûlis. La diminution des surfaces cultivées ainsi que la diminution des durées des jachères empêche la régénération de ligneux ainsi que de bois de qualité pour le charbon. A cela, il faut ajouter le fait que la consommation de ligneux la plus importante se fait dans les centres urbains, d’où une prise de conscience des problèmes énergétiques plus difficile. Enfin, si on étend le constat aux pays du Sud, de manière plus générale, les principales énergies utilisées sont le charbon et le gaz. Alors qu’on y consomme 6.10 9 TEP, les réserves de ligneux régénèrent 1,7.10 9 TEP, en contrepartie, seules 10% des réserves hydrauliques sont utilisées l’énergie solaire et l’énergie du sol ne le sont pour ainsi dire pas du tout.

Alors, que faire ? De nombreuses initiatives ont pu voir le jour, comme par exemple la fabrication de fourneaux améliorés améliorant le bilan énergétique des fours traditionnels, mais elles se heurtent à deux obstacles. D’une part, l’obtention de données fiables sur la consommation d’énergies dans les pays du sud pose problème empêchant à la fois une prise de conscience et une prise de décision appropriée. D’autre part les initiatives d’envergure nationale et internationales se heurtent à des problèmes de ‘bonne gouvernance’, qui gênent la mise en place d’un cadre scientifique, technique, économique et social dans lequel peut être mené un développement équitable.

Cette situation reste toutefois à nuancer et il semble nécessaire de replacer le cas de l’Afrique à la fois dans le contexte mondial et au sein des pays du Sud.

Concernant les problèmes énergétiques, le constat au niveau mondial est alarmant. Le pic de production du pétrole est prévu pour 2015-2020, on s’approche de la fin des réserves. Le gaz suivra d’ici peu, dans 20 à 50 ans, les gisements d’uranium ne sont pas infinis et peuvent supporter encore une cinquantaine d’années d’exploitation. Quant à l’hydrogène, il ne représente pas une source d’énergie primaire. Les énergies renouvelables présentent, elles, beaucoup d’atouts mais elles ont une capacité limitée, la puissance disponible est limitée et elles nécessitent une superficie importante pour une production somme toute aléatoire. Les pays du Sud, concernant l’accès à l’énergie et les modes de consommation sont à sérier en trois groupes.

L’Amérique latine possède des ressources énergétiques suffisantes mais il existe des problèmes pour l’accès aux énergies en zones périurbaines et rurales ainsi que des problèmes institutionnels de production et de distribution de l’électricité.

La Chine et l’Inde ‘posent problème’ quant à leur mode de production d’électricité, l’utilisation de centrales à charbon ayant un impact énorme au niveau environnemental. L’Asie du Sud-est montre de grandes différences dans l’approvisionnement des zones urbaines et industrielles par rapport aux zones rurales.

En Afrique, 90% de la consommation énergétique est de type traditionnelle (bois et charbon de bois) et est bien sûr contrastée entre les grands centres urbains et les zones rurales ce qui implique une gestion sérieuse du patrimoine forestier, gestion trop souvent entachée de problèmes de corruption et de mauvaise gouvernance.

Le problème énergétique est un problème transversal et n’est pas dissociable de l’ensemble du développement et de la coopération internationale. L’augmentation du prix du pétrole a eu de gros impacts sur les politiques énergétiques des pays du Sud et pose la question de savoir comment promouvoir les gisements d’énergie locaux. Or, les bailleurs de fond comme l’Union Européenne via son Fond Européen de Développement n’ont jusqu’à présent pas considéré l’énergie comme une priorité. Mais les choses changent et une nouvelle stratégie dans le développement consiste à mettre en place des facilités pour les programmes d’accès à l’énergie. L’urgence n’est pas de placer des espoirs inconsidérés sur le long terme mais plutôt de se concentrer sur le court terme sur la mixité des sources d’énergies, le développement de ressources locales et enfin l’économie d’énergie dans les pays du Nord.
 

Bibliographies
  • Alternatives économiques Hors-Série N°63 Le développement durable.
  • Quel temps fera-t-il demain ? Le changement climatique - Agence de l'environnement et de la Maîtrise de l'Energie. Mars 2005.
  • Le Monde - Dossier Kyoto an 1 - Mercredi 16 février 2005.
  • Mondialisation : une chance pour l'environnement ? Serge Lepeltier, rapport d'information du Sénat n°233, mars 2004. Disponible sur www.senat.fr
  • Alteractif - La revue d'ingénieurs Sans Frontières - n° 58 - Deuxième trimestre 2004

Sites Internet

Contacts

Retour Rétrospective | Retour Savoirs Partagés | Retour Agropolis-Museum