Les parcs éoliens :



Controverse-posters
donnée à
Agropolis Museum
le 26 mai 2004

solutions écologiques ou aménagement critiquable ?

par Mathieu Désolé, Amandine Fauriat, Anaël Gorge, Jade Isidore & Julie Mahmoun
sous la dir. de Alain Jouffray (AGRO.M)

avec le concours de
Jean-François Cousin (ingénieur ADEME)

Dans le cadre des controverses réalisées à l'Agro.M
 


S o m m a i r e 
Photo de parc éolien
Photo de parc éolien

I) - Présentation des acteurs du débat éolien

A) Introduction de l'opinion publique

B) Présentation des acteurs locaux

C) Présentation des acteurs éloignés

II) - L’énergie éolienne

A) Le contexte politico-économique de l’énergie éolienne

B) L’influence du lobby éolien

III) - Les parcs éoliens et l’environnement

A) Les nuisances sur l’homme

B) Nuisances sur la nature environnante

C) Autres conséquences

IV) - Synthèse

Références bibliographiques

Contacts

Présentation des acteurs du débat éolien

A) Introduction de l'opinion publique

« Le Canard Enchaîné » paru le 11 février 2004, reprend les propos d’un sénateur de la Mayenne, parus dans le journal « Maine libre » du 24/01/04, hostile à l’implantation d’éoliennes dans sa région, au motif « qu’ellesendommageaient les paysages du Mayennais et gêneraient le passage des oies sauvages ». Le journal satirique ajoute en commentaire : Alors qu’une bonne grosse centrale nucléaire ferait sûrement plus joli, surtout comme perchoir.  [2] Cet article récent nous montre à quel point l’opinion générale de la population, dont le « Canard Enchaîné » se fait l’écho, est plutôt favorable aux éoliennes par rapport notamment à l’énergie nucléaire.

Cependant, on rencontre chez certains moins d’enthousiasme à leur égard, comme chez le sénateur mayennais. Les éoliennes ne paraissent pas aussi écologiques que prévu, notamment au niveau ornithologique. De plus, leur implantation provoque une modification du paysage souvent difficile à faire accepter par les habitants de la région concernée.

Il semble donc que l’opinion publique est globalement favorable à l’implantation des éoliennes. Toutefois, les avis sont moins positifs quand il s’agit de les implanter chez soi car la modification des paysages, jugée négative, prend le pas sur les aspects écologiques, jugés positifs. Le changement du paysage, donc des habitudes visuelles, paraît être le principal inconvénient pour le public concerné. La perturbation des migrations, mise en avant par le sénateur dans l’article, est un aspect moins connu, moins visible, donc moins pris en compte dans l’opinion.

B) Présentation des acteurs locaux

L’implantation d’un parc éolien localement fait intervenir de nombreux acteurs, à des niveaux différents de sa construction et de son exploitation. Nous allons les répertorier avec leur niveau d’intervention et les intérêts qu’ils défendent.

  • Les habitants : Ils habitent dans une région avec sa propre identité, dont le paysage est partie intégrante. On reconnaît un lieu à son paysage. L’implantation d’un parc éolien modifie cette composante visuelle, les acteurs locaux ont alors l’impression qu’on viole leur bien commun, l’héritage laissé par les anciens.
    De plus, les éoliennes ont pour réputation d’être bruyantes. A l’aspect visuel s’ajoute donc un aspect auditif auquel les voisins d’un parc éolien sont très sensibles. Ils sont les principaux acteurs car ils sont utilisateurs, ils vivent quotidiennement à proximité.
    De nombreuses associations sont créées pour défendre les intérêts des riverains et tenter d’empêcher la prolifération des parcs éoliens à proximité des habitations. On peut citer par exemple l’A.D.E.N.L (Association de Défense de l’Environnement en Nord Lauragais) au niveau local.
  • Les touristes : Leur avis est partagé. Ils sont souvent extérieurs au contexte local, donc n’ont pas tout à fait la même analyse que les habitants. Ils recherchent un aspect paysager attractif et prennent en compte le point de vue écologique jugé positif de l’implantation d’un parc. Mais il y a différentes catégories de touristes ; entre les amoureux de la faune (comme les ornithologues) qui ne voient pas forcément d’un bon œil cet aménagement et les visiteurs de parcs éoliens qui y sont favorables, l’opinion est partagée.
  • E.D.F. (électricité de France) : Son but est de développer l’implantation d’éoliennes. Localement, le groupe rachète l’électricité produite par les éoliennes.
  • Economie locale : La construction d’un parc éolien est assurée par des entreprises locales de génie civil. L’exploitation et la maintenance (entretien) emploient de nombreux professionnels de l’électricité, de la chaudronnerie, ou de l’électromécanique. Il existe également des opportunités de reconversion de sociétés vers d’autres spécialités plus pointues comme l’électronique ou l’informatique. Un véritable secteur économique à haut savoir-faire est mis en place, avec toutes les opportunités économiques locales que cela suppose : création d’emploi, venue de nouvelles familles, maintien des services, etc…
    De plus, des taxes professionnelles engendrées par la présence d’un parc éolien, non négligeables pour des petites communes rurales (6000 à 7000 € par an et par MW), permettent un développement local des activités.
    Les éoliennes sont des installations fonctionnant comme des centrales de production indépendantes. De ce fait elles peuvent relever d’une gestion privée (entreprise) ou collective (commune, société d’économie mixte).

C) Présentation des acteurs éloignés

Nous avons vu les différents types d’intervenants qui étaient impliqués dans l’installation d’une éolienne à l’échelle locale (sur le site). Cependant il reste à étudier ce qui se passe en amont, les décisions prises à l’échelle régionale, voir nationale. Effectivement, de nombreuses décisions sont prises à l’échelle du pays pour donner les grandes directions en matière de développement de l’énergie éolienne. Il faut comprendre que la seule existence de ces acteurs crée en elle-même des tensions supplémentaires, puisque leurs points de vue sont beaucoup plus éloignés de la réalité concrète que l’opinion des acteurs locaux. Regardons dans un premier temps au niveau départemental-régional.

  • Les acteurs semi-locaux : De nombreux organismes d’études et d’aménagements du territoire plus ou moins dirigés par l’Etat interviennent à cet endroit, deux semblent ressortir comme prépondérant : l’ADEME et la DIREN, qui ont pour but, sous les directives du gouvernement, à la fois de valoriser le marché de l’éolien face aux autres productions (ADEME) tout en imposant les limites en matière de respect de l’environnement (DIREN). Bien évidemment ce ne sont pas les seuls organismes chargés de l’étude du développement éolien mais sans doute les deux principaux.
ADEME
ADEME

- L'ADEME : Agence de l’environnement et de la maîtrise des énergies, a pour mission de faciliter le développement et l'intégration de la filière éolienne sur le marché électrique, sous la tutelle du ministère de la recherche, de l’écologie et de l’industrie. Les délégations régionales de l'ADEME sont des interlocuteurs de proximité des collectivités locales. Elles apportent des conseils, aident au montage des projets et traduisent les objectifs à atteindre en terme de production pour la région. Afin de valider les objectifs établis pour 2005 et 2010, il est indispensable d'étudier avec précision les performances réelles des parcs éoliens déjà reliés au réseau d'énergie. C'est le coeur du projet ToTem : Totalisation de l'Energie éolienne Mesurée . Il s'avère cependant difficile de connaître l'ensemble des projets en cours car les déclarations ne se font qu'en préfecture au moment du dépôt de permis de construire. Il n'y a aucune politique ni aucun contrôle des implantations au niveau national, régional ou départemental. [1][4]

DIREN
DIREN

- La DIREN  : Directions régionales de l’environnement. Sous l'autorité du préfet de région, elles oeuvrent à la prise en compte de l'environnement dans les divers programmes d'aménagement, dans les contrats de plan et dans les programmes européens (suivi plus particulièrement du volet Nature du programme LIFE). Elles veillent à la protection de la nature, des sites et des paysages.

Ainsi donc ces deux organismes tentent de concilier les intérêts des résidents en matière d’énergie, de paysage et d’environnement, tout en répondant en partie aux objectifs fixés par le gouvernement. Ce sont parmi les acteurs éloignés les intervenants les plus proches des locaux et assure en quelque sorte la transition entre les attentes que nous avons vues précédemment et les objectifs impératifs que se fixent l’Etat. Objectifs que nous allons d’ailleurs étudier brièvement maintenant.

  • Le niveau ministériel : Nous sommes maintenant à l’échelle de l’Etat qui est un acteur principal de ce débat, puisqu’il est à l’origine de l’élan du développement des éoliennes. Nous allons ici présenter particulièrement quelques décisions prises par Nicole FONTAINE, le ministre délégué à l’industrie, à l’origine de la planification de production d’électricité pour les années à venir. Afin d’avoir l’avis du grand public sur ces directives suite à un débat national sur les énergies, les propositions du Gouvernement ont été intégrées dans « le livre blanc » sur les énergies et soumises à concertation. Ainsi donc l’Etat qui est un acteur à l’échelle nationale des éoliennes tente de se rapprocher directement des locaux.

Le 7 novembre 2003, Nicole Fontaine a rappelé leurs objectifs dans la présentation de ce livre blanc : contribuer à la préservation de l’environnement et notamment à la réduction des gaz à effet de serre (…) cela constituera l’objectif prioritaire de notre politique énergétique. En s’axant sur trois points forts dont : la diversification de notre bouquet énergétique grâce au développement des énergies renouvelables. Pour cela elle se fixe entre autres de : porter à 21% la part de renouvelables dans la production d’électricité, ce qui suppose un développement important de l’éolien (environ 10000 Méga Watts à l’horizon 2010) … ce qui risque de modifier considérablement les paysages (plusieurs milliers d’éoliennes à installer d’ici 2010). [5]

Cette volonté provient pour beaucoup de la forte dynamique de l’Europe en matière d’énergies renouvelables que nous allons maintenant illustrer.

  • Lénergie éolienne en Europe
    L'énergie éolienne en Europe
    La pression implicite du reste de l’Europe : L’Europe a beaucoup développé l’éolien, les 15 affichent une puissance installée de 11 930 MW au 1er janvier 2001 et représentent fin 2001 72% de la production mondiale. Nous sommes en avance de 3 ans sur les objectifs de la Communauté Européenne et ce notamment grâce à des pays moteurs comme l’Allemagne ou le Danemark. La France a un gros potentiel puisqu’elle possède le deuxième gisement éolien d’Europe. Le dynamisme de ces pays est un moteur qui peut paraître contraignant pour la France, Nicole Fontaine disait dans sa présentation du livre blanc : Nous sommes en retard sur d'autres pays [européens], comme l'Allemagne ou l'Espagne, s'agissant des capteurs solaires ou de l'éolien, ou la Suède s'agissant des pompes à chaleur géothermales. Voilà une motivation supplémentaire au développement éolien en France. [1] [5] .

Nous avons donc vu les différents types d’acteurs et leur niveau global d’intervention concernant le débat sur le développement de l’énergie éolienne en France. Des acteurs qui sont tantôt de proximité ou parfois plus éloignés même si cette séparation est à modérer comme nous l’avons vu avec le livre blanc du ministère de l’industrie. Surtout ne pas oublier l’opinion publique qui donne tant d’importance à chaque débat. Nous allons maintenant aborder l’un des points principaux du débat éolien qui est le rendement de l’installation et le contexte économique de ce type de production.

L’énergie éolienne

Nous allons d’abord étudier le contexte politico-économique de l’énergie éolienne, puis dans un deuxième temps les problèmes de rentabilité et compétitivité de ce type d’énergie et nous finirons par analyser les qualités de la branche éolien du lobby industriel.

A) Le contexte politico-économique de l’énergie éolienne

  • Le contexte européen et français du développement des énergies renouvelables : orientation politique et réglementaire
    La directive européenne de 2001 prévoit de porter de 13,9% à 22,1% la part des énergies renouvelables dans la consommation totale d’électricité de l’union européenne d’ici 2010. Ceci se traduit pour la France, par une augmentation de la part d’énergies renouvelables de 15 à 21% d’ici 2010. Le potentiel de la grande hydraulique en France étant quasiment saturé, cette croissance se fera essentiellement par le développement des « nouvelles » énergies renouvelables : petite hydraulique (puissance inférieure à 12MW), éolien, biomasse (production d’électricité à partir de la combustion de végétaux ou de déchets organiques), énergie solaire photovoltaïque, géothermie (production d’énergie à partir de la chaleur du sous-sol de la Terre). Pour parvenir à cet objectif, un ensemble de tarifs d’achat par EDF de l’électricité produite à partir de ces sources renouvelables a été arrêté en France pour chaque filière. Une directive européenne prévoit l’obligation du rachat de l’électricité d’origine éolienne. Pour compléter ce dispositif, la Ministre de l’industrie a annoncé au premier semestre 2003 le lancement d’appels d’offres pour les projets de plus de 12MW dans plusieurs filières : biomasse, éolien offshore et terrestre, hydraulique. [6]

    Le programme Eole 2005 concrétise la volonté de la France de se mettre dans la course sur le secteur de l’éolien. Le but d’Eole 2005 est de susciter la création de fermes éoliennes répondant à un ensemble de critères : pertinence économique du projet, performance technique, respect de l’environnement, intérêt pour les collectivités territoriales. Ce programme favorisera la création d’une filière industrielle compétitive, à l’export notamment. L’enjeu à l’échéance 2005 : installer une puissance de 250 à 500 MW. A la demande du ministère de l’industrie, l’ADEME (Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) assiste EDF dans la mise en œuvre du programme. Le mécanisme repose sur des appels d’offres : pour chaque projet sélectionné par un comité d’experts, EDF s’engage à acheter le kWh à prix garanti pendant 25 ans. [3]

    L’énergie éolienne est concernée par les certificats verts, labels décernés par l’Institut national d’émission des certificats verts (Observ’ER) aux producteurs qui demandent la certification de la qualité renouvelable de leur électricité. Cette demande est générée soit par une incitation fiscale à les acheter (exemption de taxes), soit par contrainte réglementaire (les états-Membres sont tenus par la directive européenne du 27 Septembre 2001 d’être en mesure en octobre 2003 de garantir l’origine de l’électricité produite à partir de sources d’énergie renouvelables). Les producteurs rentabilisent ainsi leurs investissements et trouvent un outil pour valoriser le caractère renouvelable de leur électricité. Ce système permet par ailleurs une utilisation optimale des ressources en vent, solaire (les certificats verts étant délivrés aux kWh éoliens) …, l’assurance au consommateur de qualité du courant qu’il achète et un contrôle assez souple mais efficace par les pouvoirs publics du développement d’une filière. [7]
  • La stratégie d’EDF en matière de développement des énergies renouvelables
    L’objectif est de faire du groupe EDF l’un des opérateurs de référence du renouvelable au niveau mondial. D’où l’engagement dès 2001 dans une stratégie volontariste de développement des nouvelles énergies renouvelables, privilégiant l’énergie éolienne et la petite hydraulique. EDF souhaite représenter en France métropolitaine 20 à 30% de part du marché de la production d’énergie éolienne en 2007. EDF n’a pas décidé à ce jour de s’engager dans l’éolien off-shore, en raison notamment des lourds coûts d’investissement nécessaires dans cette technologie, sauf en appui à un partenaire maîtrisant et portant les risques spécifiques induits .

    Pour remplir ces objectifs, EDF a fait le choix d’une stratégie de croissance externe, en prenant une participation en 2000 dans la société SIIF Energies, opérateur français dans le domaine des énergies renouvelables. Ce partenariat prévoit que SIIF Energies devienne le pôle énergies renouvelables du groupe, dans l’étude, la réalisation et l’exploitation d’unité de production utilisant des énergies renouvelables en France et à l’étranger.

    Il faut insister cependant sur la complémentarité entre l’éolien et les autres moyens de production. L’éolien est par nature un moyen de production « propre », mais intermittent. Il doit donc être adossé à d’autres moyens de production (nucléaire, hydraulique,…) pour former un « mix » énergétique capable de répondre aux fluctuations de la demande dans des conditions économiques et environnementales optimales. [6]
  • Rentabilité de l’installation et compétitivité de l’énergie éolienne
    La filière éolienne a profité de l’enthousiasme de plusieurs pays européens (Danemark, Allemagne, Espagne), leaders sur le marché, pour rationaliser son industrie et structurer son offre commerciale. Conséquence des projets technologiques accomplis (réduction de 50% de la masse spécifique des aérogénérateur en l’espace de vingt ans, doublement de leur puissance nominale tous les trois ans) l’investissement en milieu terrestre (l’éolienne elle-même, l’intervention du génie civil et le raccordement) est passé en 2002 sous le seuil des 1000€ /kW, la moitié de ce qu’il était en début des années 80.

    Le prix de revient du MWh bénéficie pleinement de l’exploitation de machines plus performantes et fiables et d’opération de maintenances régulières. Le prix de revient était compris entre 240 et 370 €/MWh, il y a une vingtaine années, se trouvait en 2002 à 50 € (site assez bien venté : 7 m/s) et devrait continuer à baisser pour atteindre 21-22€ à l’horizon 2020, correspondant un investissement de 450€/kW installé en milieu terrestre.

    Les projets envisagés en offshore profiteront de l’expérience acquise par la filière, principalement de l’augmentation de la puissance nominale des aérogénérateurs : 5 MW annoncés pour 2007. En dépit d’un coût d’investissement spécifique plus élevé (1750 à 2000 €/kW), la rentabilité des installations se trouve confortée par une plus grande régularité du vent conduisant à une meilleure utilisation (3750 h/an) de la capacité électrique disponible. Le prix de revient du MWh d’origine offshore qui est aujourd’hui compris entre 90 et 100€ devrait s’améliorer considérablement avec pour objectif de devenir, d’ici une quinzaine années, aussi compétitif que l’éolien terrestre.

    La production d’énergie éolienne ne dispose pas de réelle possibilité de capacité (stockage) et elle est difficilement prédictible 24h à l’avance. Elle pose ainsi un réel problème d’acceptabilité par le réseau (manque de constance), de sorte que les gestionnaires de réseaux proposent aujourd’hui de maintenir la puissance fournie par les éoliennes au dessous de 20% de la puissance appelée par les clients. Le développement de l’énergie éolienne trouve donc ses limites, notamment en Europe où le phénomène de saturation apparaît dans des pays tels que l’Allemagne, la Danemark et les Pays-Bas. Le reconditionnement des parcs les plus anciens permet d’en repousser à moyen terme le seuil de rejet.

    A plus long terme, le développement de l’énergie éolienne passe par la démonstration objective de sa compétitivité notamment pour les sites à fort potentiel. Cela suppose une évaluation de ses externalités (pas d’émissions de gaz à effet de serre, pas de substances à retraiter, pas de problèmes de santé publique induits…) mais aussi la prise en compte des caractéristiques relativement pauvres de la fourniture d’électricité d’origine éolienne (faible possibilité de capacité, prédiction à court terme aléatoire) que devrait traduire le tarif d’achat d’électricité.[8] Le problème de compétitivité des éoliennes par rapport aux autres énergies renouvelables (l’hydroélectricité au un prix de revient très bas et dont la réponse est immédiate aux fluctuations de la demande électrique) et conventionnelles (nucléaire) est souvent mis en avant par ses opposants. Pourtant le SER (Syndicat des Energies Renouvelables) combat cette idée reçue et annonce des chiffres en faveur de l’éolien. Le tarif d’achat du kWh nucléaire est de 5,6 centimes d’euros contre 8,38 centimes les 5 premières années et de 3,05 centimes les années suivantes pour l’éolien. Mais il ne faut pas perdre de vu l’objectif de réduction du coût de production de 35% d’ici 2010 : le coût du kWh éolien sera de 4,55 centimes. [9]

B) L’influence du lobby éolien

Selon l’ADEME, l’énergie éolienne est la plus avancée des énergies renouvelables sur le plan économique et technologique. Elle semblerait donc la plus intéressante à développer.

Syndicat des Énergies Renouvelables
Syndicat des Énergies Renouvelables

Cependant, les adversaires de l’éolien mettent en avant le fait que cette énergie est une solution dérisoire dans la lutte contre les gaz à effet de serre : le Danemark, pays européen où l’éolienne est le plus développée est aussi le pays qui rejette le plus de gaz à effet de serre par habitant dans l’union européenne. En effet le Danemark est obligé de développer d’autres types de production (centrales thermiques) pour couvrir ses besoins énergétiques. Les associations anti-éoliennes dénoncent aussi le lobby industriel qui pousse au développement de ce type d’énergie renouvelable. Ce dernier est particulièrement puissant, il est représenté par de grandes associations de défense de l’énergie renouvelable comme EWEA (european wind energy association) et le SER. Ces deux dernières regroupent différents membres : des centres de recherche privé et publics mais surtout des industriels comme Éole RES, spécialisé dans la conception, la construction et l’exploitation des parcs éoliens. Sous une étiquette écologique, ils défendent surtout les intérêts industriels et financiers. Il est à noter qu’André Antolini est président du SER mais aussi PDG de SIIF énergie. [9] [10]

Si les éoliennes ne peuvent suffire aux besoins énergétiques en France, elles s’inscrivent cependant parfaitement dans le cadre d’un développement durable. L’énergie éolienne présente également des problèmes d’acceptabilité de part son impact sur le paysage, ses perturbations sonores à proximité…qui freinent son développement, et que nous allons étudier dans un dernier temps.

Les parcs éoliens et l’environnement

L’implantation d’un parc éolien n’est pas sans conséquences sur l’environnement de par les étapes de construction et par la suite la gêne occasionnée par les éoliennes. Cette gêne est perçue de différentes manières selon les acteurs (constructeurs ou riverains) et est de différents ordres : nuisance sur la faune, impact visuel, nuisance sonore…

A) Les nuisances sur l’homme

  • Impact sur le paysage
    Les éoliennes sont évidemment très visibles puisque, pour être rentable, elles doivent être situées en terrain exposé et venté. Le problème environnemental le plus controversé associé aux fermes éoliennes est l’impact visuel qu’elles ont sur le paysage. Les turbines sont une présence verticale frappante dans le paysage, particulièrement dans les régions rurales ou le potentiel éolien est souvent le plus grand. Evaluer cet impact est souvent difficile car il s’agit d’une opinion subjective. Le design des fermes éoliennes et le type de paysage dans lesquels elles s’insèrent ont évidemment une grande importance. Il faut aussi savoir que la perception des gens d’une ferme éolienne n’est pas seulement déterminée par les paramètres physiques d’un paysage, mais aussi par leur attitude vis-à-vis des problèmes de pollution. De plus, chez la majorité des gens, la perception de l’énergie éolienne comme source d’énergie propre et renouvelable dépasse l’impact visuel. [11]

    Il reste que le design des fermes éoliennes doit être conçu de façon à réduire cet impact visuel. Les facteurs à prendre en compte sont le choix soigneux de l’emplacement, la couleur et la forme. En effet un design plus élaboré et de soigneuses études de visualisation avant installation peuvent grandement améliorer l’impact visuel des fermes éoliennes.

    Comme d’autres fabrications humaines, des éoliennes et des parcs éoliens bien conçus peuvent créer d’intéressantes perspectives et façonner le paysage avec de nouvelles formes architecturales. En Europe les éoliennes sont une des caractéristiques du paysage culturel depuis plus de 800 ans. [11]

    Cependant, des organismes tels que la SPPEF (Société pour la protection des paysages et de l’Esthétique de la France) ne considèrent pas ces avantages paysagers. La SPPEF est un groupe de réflexion et de propositions sur l’éolien. Ce groupe a été rejoint par 150 associations de protection des sites, des paysages et du patrimoine, réparties sur tout le territoire, ils demandent au gouvernement de fixer des règles de nature à concilier énergie renouvelable et protection des sites. Souvent s’ajoute à ces organismes un certain nombre d’habitants et de riverains touchés par la perception visuelle des parcs éoliens. [12]

    Cependant au même titre que l‘impact sur le milieu naturel et les émissions sonores, l’impact paysager bénéficie d’une étude approfondie. En effet, il est important d’évaluer dans quelles conditions les transformations locales du paysage sont susceptibles d’influencer la perception et la vie des personnes concernées. [13]
  • Les nuisances sonores
    Le bruit émis par les turbines éoliennes peut être classé en deux catégories que l’oreille humaine perçoit différemment. Premièrement il y a le bruit produit par le passage de l’air dans l’hélice et deuxièmement, il y a le bruit produit par la rotation des éléments mécaniques tels les boîtes d’engrenages et génératrices. Le premier bruit est un sifflement rythmique. Bien que ce soit généralement le plus bruyant des deux catégories de bruit quand on le mesure en décibels, c’est le moins perturbant et le moins sujet aux plaintes, à l’opposé du grincement aigu de la seconde source. L’impact du bruit est facilement minimisé par un choix judicieux de l’emplacement de l’éolienne par rapport aux caractéristiques topographiques et la proximité des habitations. L’expérience montre que le bruit n’est pas excessif lorsque les habitations sont situées à plus de 300 mètres de la turbine la plus proche. Enfin, grâce à une technologie avancée, le bruit ne semble ne plus représenter un problème. Les éoliennes ont une bien meilleure ingénierie aérodynamique et mécanique que les modèle d’il y a dix ou quinze ans. Les générateurs à deux vitesses et à hélices à rotation lente ont éliminé le problème de bruit à petite vitesse.

    A une distance de plus de 200 mètres, le son du frottement des pales est généralement complètement couvert par le bruit du vent dans les feuilles, arbres ou dans les arbustes.

    La perception du bruit est un phénomène extrêmement subjectif et dépend beaucoup de l’attitude de celui qui écoute. En effet les gens qui n’apprécieraient pas la vue des éoliennes, les percevraient comme des engins bruyants, sans même considérer le véritable niveau du son. [11]

    Le plus souvent les acteurs intervenant au niveau acoustique sont les riverains de sites éoliens face aux autres acteurs cités auparavant et qui à l’aide de bureau d’étude ou de rapports scientifiques tentent d’informer la population sur les réels impacts du au bruit des éoliennes. [12]
    Dans tout les cas toute nouvelle infrastructure engendre une émission sonore. Il convient donc de s’assurer à chaque projet que le niveau sonore généré par les éoliennes ne constitue pas une gêne pour les riverains du parc. [13]

B) Nuisances sur la nature environnante

Nous allons voir la perturbation de l’écologie locale des sites éoliens.

  • Impact sur la faune
    Les fermes éoliennes peuvent avoir deux effets sur les oiseaux : la collision directe et la réduction de leurs habitats. Apparemment les possibilités de collisions le jour, avec une bonne visibilité, sont négligeables. Il faut néanmoins éviter que les fermes éoliennes soient situées sur les couloirs de migration et prendre des précautions dans les régions où vivent des espèces d’oiseaux menacées. Les perturbations sur l’habitat des animaux n’ont pas encore été suffisamment étudiées et les études disponibles à l’heure actuelle ne permettent pas de tirer des conclusions. D’autres affirment que les chevreuils ont l’habitude de paître sous les éoliennes et les moutons cherchent abri au pied des aérogénérateurs. Et que, alors que les oiseaux ont tendance à entrer en collision avec les lignes électrifiées, les mâts ou les constructions, ils sont rarement affectés par les éoliennes.

    Cependant les perturbations de l’écologie locale ne concernent pas uniquement la vie des oiseaux et des animaux cités précédemment, mais plus globalement celle de la faune et de la flore en général. L’importance écologique de chaque site doit donc être prise en compte lors de l’installation de fermes éoliennes, dans certains pays on essaye de choisir les sites en dehors des régions écologiquement sensibles. Dans d’autres pays, une étude de l'écologie et de l’ornithologie des sites est exigée préalablement à tout développement de fermes éoliennes. Cela suppose qu’il faille identifier les régions importantes d’un point de vue environnemental et établir les prescriptions pour réduire l’impact sur ces régions. [11]

    Ici face aux lobbies éoliens, on retrouve les associations de protection de la nature, ainsi que la LPO (Ligue de protection des Oiseaux), ce sont en particulier eux qui décrient les problèmes de l’écologie et de la mortalité des oiseaux dus aux parcs éoliens.

    Cependant quel que soit l’impact sur le milieu environnant, l’évaluation systématique doit démontrer que la faune et la flore ne sont pas menacées par l’implantation des éoliennes. [13]
  • Impact du chantier
    Impact du chantier
    Impact du chantier

    Le secrétaire de l’ADENL (association de défense de l’environnement du nord lauraguais) souligne le fait que l’impact des chantiers éoliens sur l’environnement est loin d’être négligeable. Il est en effet nécessaire de relier le site d’installation au réseau routier et au réseau EDF, ce qui entraîne, selon lui, des travaux dommageables au milieu.

    Selon EDF, la construction d’un parc éolien se fait assez discrètement. Le transport et le montage des appareils sont bien sûr impressionnants, mais une fois installée, une éolienne n’occupe que 1% de la surface qu’occuperait une installation de même puissance produisant un autre type d’énergie.

    En fin de vie, les éoliennes peuvent se démonter facilement, sans opérations longues et coûteuses (au contraire du démantèlement d’une installation nucléaire). Au final, l’éolienne présente un bilan écologique favorable. Chantier d’éolienne [1]
  • L’effet sur le tourisme vert

    L’énergie éolienne est souvent perçue positivement par le public, car il s’agit d’une industrie respectueuse de l’environnement. A plusieurs endroits dans le monde, des installations éoliennes constituent des points d’attrait importants. Le Danemark est un modèle pour le monde entier. En Angleterre aussi, la ferme éolienne de Delabole a attiré plus de 80 000 visiteurs. Cependant, l’impact visuel par la modification du paysage peut défavoriser le tourisme. [11]

    En ce qui concernent les AOC (Appellation d’Origine contrôlées), il est nécessaire de savoir si l’implantation d’un parc éolien peut être intégré dans le cahier des charges. Les différents syndicats pour les AOC ont donc leur mot à dire.

C) Autres conséquences

Nous allons ici évoquer des impacts qui ne sont pas toujours spécifiques aux parcs éoliens mais de façon plus générale à la construction d’ouvrages géotechniques dans des milieux naturels.

  • Sécurité des parcs
    Les pales d’une hélice tournant entre 35 et 45 tours par minute, peuvent facilement être perçues comme une structure dangereuse. En fait il y a peut de chance d’avoir des dégâts ou des morts suite à une cassure ou une fragmentation de l’hélice. Les dangers peuvent être aussi minimisés en éloignant les turbines des zones résidentielles, mais surtout en effectuant des contrôles sérieux lors de la construction des turbines. Jusqu’à présent, ils ont prouvé leur efficacité dans la prévention des accidents. En outre, en ce qui concerne l’aéronautique, les principaux acteurs comme l’Armée de l’air et la Direction de l’aviation civile sont là pour renseigner sur les couloirs de passage et prévoir un balisage diurne et nocturne. [11]
  • Interférences électromagnétiques
    Toute structure construite, particulièrement si elle contient une quantité importante de métal, est une cause potentielle d’interférences pour les signaux électromagnétiques comme ceux des émissions radio et télé et des communications hertziennes. La rotation de l’hélice de l’éolienne peut aussi créer des signaux parasites intermittents qui interfèrent avec les trajectoires de transmission. Cependant dans la plupart des cas si des interférences électromagnétiques apparaissent, il existe des solutions bon marché et efficaces comme l’installation d’un récepteur ou un transmetteur pour renforcer le signal original. A ce niveau, on donne la parole aux Agences Nationales des fréquences afin de connaître les zones concernées. [13]
  • Vestiges archéologiques
    La nécessité de vents forts et ininterrompus a pour effet que les fermes d’éoliennes sont souvent situées dans des régions rurales qui n’ont pas connu de développement dans un passé récent. Dès lors, ces régions sont susceptibles de comporter des vestiges archéologiques préservés qui, quoique n’ayant pas de valeur environnementale en eux-mêmes, font partie de l’héritage culturel et de l’environnement humain. Les conflits peuvent généralement être évités en examinant attentivement les régions envisagées afin de ne pas positionner les turbines sur les vestiges. Dans le cas où la préservation du site n’est vraiment pas possible, l’excavation archéologique peut être une alternative acceptable. [11] [13]

    Les principales actions sont réalisées par la DRAC (direction régionale des affaires culturelles). Elle définit l’intérêt archéologique de la zone d’implantation, et elle réalise les études complémentaires nécessaires. [13]

    Les effets des fermes éoliennes sur l’environnement local doivent être considérés très attentivement lors de leur planification. En général, les impacts peuvent être surmontés par des solutions techniques et esthétiques, qui n’affectent pas la viabilité des projets. Cependant, il est important de faire des évaluations pour prévoir les impacts potentiels, afin que les mesures appropriées puissent être prises quand c’est nécessaire. A une échelle régionale, des études mettant en relation les potentialités du vent et les valeurs environnementales du site permettent d’identifier les régions privilégiées pour l’implantation de fermes éoliennes et celles ou leur développement serait préjudiciable pour l’environnement.

    L’analyse des sites est généralement entreprise sous la forme d’une évaluation de l’impact environnemental. La proposition est alors adaptée afin de minimiser les dommages environnementaux, ou rejetée si l’adaptation est insuffisante. De cette façon, le développement des fermes éoliennes peut être favorisé tout en réduisant leurs nuisances.
Synthèse

Les énergies renouvelables et particulièrement l’éolien, connaissent depuis le début des années 90 un développement important. Les politiques et programmes de soutien mis en place en vu de réduire les émissions de gaz à effet de serre en sont les principaux moteurs. Il faut que les pays gardent ce cap et mettent au jour leurs objectifs en informant la population des résultats concrets sur les bienfaits de l’éolien en terme de développement durable (Campagnes de communication, réunions publiques…). Des études ont montré que plus la population est informée, plus elle est favorable à ce type d’énergie (98% des gens sont en faveur du développement de l’énergie éolienne dans les communes où sont déjà implantés des parcs contre 95% des gens dans l’ensemble de la France).

De plus, la continuité dans le développement des éoliennes, ne peut s’envisager que si les pays fabricant de l’énergie verte se multiplient (plus il y a de pays plus les réductions de CO 2 à l’échelle mondiale deviennent significatives), si les technologies de transformation du vent en énergie continuent de se perfectionner, si les capacités de stockage de l’énergie s’améliorent. La R&D dans ces domaines doit donc rester dynamique.

En ce qui concerne le problème d’insertion des éoliennes dans le paysage, les nuisances sonores et autres désagréments, pour les habitants à proximité du site et les gens de passage, deux solutions pourraient être envisagées : les éoliennes offshores et l’implantation des parcs éoliens dans des zones industrielles. Pour ce qui est des éoliennes offshores, bien que ne pouvant pas être trop éloignées des côtes (pour des raisons de raccordement) elles supprimeraient les nuisances de bruit et les problèmes que causent les implantations à proximité du « chez soi ». Elles pourront par ailleurs être très bien exposées au vent et permettre une conversion optimale du vent en électricité.

Il est cependant important de rappeler que les éoliennes dans leur état actuel de fonctionnement ne peuvent à elles seules satisfaire l’ensemble des besoins énergétiques d’un pays. Elles ne peuvent que compléter d’autres énergies plus rentables et plus constantes dans la fourniture de l’électricité. Il convient alors d’exploiter les autres types d’énergies renouvelables existantes (solaire, hydraulique, géothermique…) et d’innover dans ce domaine. Des projets de centrales électriques utilisant les courants marins se multiplient, de même que des projets basés sur la gazéification (productions de gaz à partir de déchets de biomasse diverse, le gaz brûlé produirait de grande quantité d’électricité).
Références bibliographiques
  • Oie mayennaise, Le Canard enchaîné, p5, 11 février 2004
  • EDF et l'ADEME, 2000. Les Eoliennes, survol de la situation en 50 questions réponses. Systèmes solaires, octobre 2000.
  • EDF, 2003. Direction de la communication et des Affaires publiques, mis à jour le 16 Octobre 2003.
  • EDF et Observ'ER, 2003. Dossier de presse : La production d'électricité d'origine renouvelable dans le monde, 4ème inventaire, mars 2003.
  • EDF R&D, 2003. Débat sur énergie, février 2003.
  • Le Dauphiné libéré, n°16, La roche sur Grane : un projet contesté, Eole le mal aimé, jeudi 30 Août 2002.
  • VSB Energies nouvelles, Projet d'implantation d'éoliennes sur les communes de Bogy et de Peyraud (07), juin 2002.
  • Sites :
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