Apparu
en Europe au IXème siècle, le "mal des ardents"
fait des ravages et au XIIème siècle une épidémie
provoque plusieurs dizaines de milliers de morts. La médecine
du temps est impuissante, les malades ne peuvent qu'invoquer Saint Antoine,
partir en pèlerinage, trouver assistance auprès de frères
hospitaliers. L'ordre des Antonins est bientôt fondé et
dans toute la Chrétienté leurs maisons reçoivent
les victimes, les guérissent parfois même grâce à
des thérapeutiques spécifiques alliant médecine
humaine et médecine divine.
Jusqu'au Second Empire, la maladie reste longtemps inconnue alors que
le pain, nourriture de base, est surtout fait de seigle, céréale
infectée en conditions humides par un champignon toxique. A partir
de 1760-1780, la "gangrène des solognots" est enfin
reconnue comme un cas d'ergotisme. Malgré les avertissements
lancés par les médecins envoyés sur place, en situation
de pénurie les journaliers pauvres ne peuvent jeter le grain
toxique, ils rusent et gèrent le risque au quotidien. Leur conduite
alimentaire est passionnante, alternative entre mourir d'inanition ou
risquer la gangrène, la mutilation et la mort.
L’ergot,
Claviceps purpurea, contient de nombreux alcaloïdes et des substances
hallucinogènes. L’intoxication engendre la mortification
des tissus, des brûlures et des hallucinations provoquant un état
d’agitation extrême et parfois le suicide. Un retour du
mal paraît aujourd’hui très improbable, et l’affaire
du « pain maudit de Pont Saint Esprit » en 1951, encore
dans toutes les mémoires, n'a pu être expliquée.
Le risque est cependant réel en zone de famine, lorsque le climat
favorise le développement du champignon.
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