La faim dans le monde



Conférence-débat
du 17 octobre 2005
à Agropolis Museum

Quelles politiques agricoles et commerciales promouvoir ?


par Catherine Gaudard (programme Souveraineté alimentaire - CCFD)

avec la participation de Harsh Kapoor (sociologue - South Asia Citizens Web)

Se nourrir malgré les conflits

Chapitre extrait du livret de l'Exposition " Nourrir neuf milliards d'hommes ", octobre 2005.
ADPF - Association pour la diffusion de la pensée française, Ministère des Affaires étrangères (resp. scientifique Gérard Ghersi)

Lorsque l'accès physique et économique des populations à une nourriture adéquate est insuffisant ou menacé, on est confronté à l'insécurité alimentaire. Les causes, nombreuses, relèvent globalement soit de la capacité des populations à produire pour se nourrir (accès aux ressources productives, qu'il s'agisse des terres pour l'agriculture ou l'élevage, de l'eau pour l'irrigation, des ressources halieutiques pour la pêche, des forêts, etc.), soit de la capacité des populations (rurales et urbaines) à accéder à l'alimentation grâce à leur revenu.
Tous les conflits, de quelque nature qu'ils soient, représentent une menace sur la sécurité alimentaire : or si l'on sait bien que la guerre produit la famine, il est important de souligner que la pauvreté et la faim génèrent aussi ces conflits :

  • conflits locaux entre groupes socio-économiques pour le contrôle des ressources ;
  • conflits intercommunautaires religieux ou ethniques ;
  • guerres civiles ;
  • conflits frontaliers entre États…

En cas de conflit, la capacité de production, l'accessibilité et la disponibilité des aliments diminuent, parfois disparaissent. Les paysans, les enfants sont recrutés pour la lutte armée, ou déplacés et chassés de leurs terres, lorsqu'ils ne sont pas tués dans le conflit. La déstructuration des systèmes de production peut entraîner la faim et la famine… Et aggraver l'engrenage de la violence. Les réfugiés qui fuient les zones de conflit deviennent dépendants d'une aide alimentaire aléatoire, qui, si elle est mal maîtrisée, peut avoir des effets pervers sur les capacités locales à redémarrer une activité de production alimentaire viable. Les conflits menacent donc la sécurité alimentaire.
L'insécurité alimentaire peut également être utilisée délibérément dans les conflits : l' " arme alimentaire " pour exercer des pressions et faire céder un État ou un groupe humain, bien qu'interdite par les conventions internationales, est une pratique courante dans l'histoire récente. Les adversaires tentent d'affamer leurs opposants pour les soumettre, en détruisant les cultures (exemple : Palestine), en affamant un peuple entier (ainsi l'Irak). Les puits et les cours d'eau sont empoisonnés, les champs sont minés, et la production agricole devient difficile, dangereuse, même longtemps après que le conflit est terminé (ainsi en Asie de l'Est, les cas du Vietnam et du Cambodge).
Paix et sécurité alimentaire ne peuvent être assurées de manière durable que si les populations sont actrices de leur propre développement, sont associées dans la maîtrise et la gestion durable des ressources locales, tenant compte de l'équité dans la répartition des biens et des besoins prioritaires, dans le respect des différences culturelles et communautaires.

Des situations d'insécurité alimentaire aiguë
La première des causes de l'insécurité alimentaire est la pauvreté résultant largement de politiques économiques, commerciales et agricoles inadaptées. C'est un problème d'accès au revenu plus que de production insuffisante… La perte croissante de souveraineté des États sur les politiques agricoles et de pêche est un facteur aggravant, car la pression en faveur d'une libéralisation croissante des échanges et d'une réduction des régulations et soutiens publics prive les pays pauvres de leurs principaux moyens de lutte contre la pauvreté, contre les inégalités et l'insécurité alimentaire.
Cependant, les situations d'insécurité alimentaire les plus aiguës, voire de famine, ont pour source principale les conflits, qu'il s'agisse de phénomènes intenses mais de courte durée ou de dynamiques de moindre intensité mais chroniques. Outre les morts liés directement aux conflits, ceux-ci s'accompagnent de la destruction des récoltes et des stocks semenciers, des moyens de production (embarcations et engins de pêche), des infrastructures, de déplacements de population, d'une érosion considérable du pouvoir d'achat, etc., dont les impacts profonds se prolongent des années durant, même une fois le conflit terminé. Plus grave encore, la faim est parfois utilisée comme une arme qui, dans la conduite des hostilités, vise de façon spécifique les populations civiles, en violation fl agrante du droit international humanitaire. Du Soudan à l'Afghanistan, de la Somalie au Caucase, de la Sierra Leone à la Corée du Nord, les exemples abondent.
Les conflits sont une cause de plus en plus fréquente de situations de crises alimentaires…

Fig. 1 Causes des crises alimentaires : tendances
Fig. 1 Causes des crises alimentaires : tendances
Source : FAO, La Situation mondiale de l'alimentation et de l'agriculture, SOFA 2000

Depuis 20 ans, les conflits ont coûté directement plus d'un million de vies humaines par an (figure 1). La plupart des victimes sont des civils, le plus souvent en milieu rural. Que ce soit en Afrique, en Amérique latine ou en Asie, les femmes et les enfants sont les premières victimes de la guerre, et représentent 80 % des réfugiés et des personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays, et plus de 90 % des morts…
Mais le nombre de décès causés par les problèmes alimentaires et les famines engendrés par ces conflits, pendant les guerres et dans leurs effets à long terme, dépasse dans certains cas les morts causées par les violences des guerres. Fin 2001, du fait des conflits accumulés depuis des années, on comptait 22 millions de personnes déplacées, dans 150 pays, y compris les réfugiés et demandeurs d'asile. Depuis 15 ans, le nombre d'urgences alimentaires a progressé (entre 20 et 30 zones chaque année), avec une augmentation depuis les années 1990. Cette augmentation est principalement due aux conflits, plus qu'aux problèmes de catastrophes climatiques. Les conflits ne représentaient que 10 % des cas en 1984, mais plus de 50 % des cas d'urgences alimentaires en 1994.
En 2000, on a répertorié 24 millions de gens, dans 28 pays en développement, ayant besoin d'une aide alimentaire d'urgence en raison des conflits armés dans le monde, soit 3 % du total des victimes de la faim dans le monde. Mais il s'agit de situations aiguës entraînant des morts rapides, et les conséquences des conflits vont bien au-delà de ces 24 millions d'affamés " comptabilisés ". Elles sont durables tant sur la capacité de production agricole que sur l'environnement et l'aptitude des sociétés à faire face à leurs besoins alimentaires.
Depuis le milieu des années 1990, le coût de l'aide humanitaire d'urgence s'est élevé à 10 milliards de dollars US par an.

Les conflits génèrent l'insécurité alimentaire, et l'insécurité alimentaire génère des conflits
Les conflits perturbent la production alimentaire locale à cause des destructions physiques (morts)et des dommages portés aux récoltes, au bétail et aux réserves alimentaires. Ils empêchent ou découragent l'activité agricole. Ils interrompent les circuits de transport qui permettent les échanges alimentaires, y compris l'aide alimentaire d'urgence. Ils détruisent le capital des exploitations agricoles, mobilisent les travailleurs et empêchent les activités génératrices de revenus pour l'achat de nourriture.
Les dépenses militaires réduisent les investissements dans les secteurs de la santé, de l'éducation et de la protection de l'environnement, ainsi que dans le développement agricole (où les dépenses sont rares même en temps de paix !). La baisse des dépenses militaires observée après la guerre froide ne s'est pas poursuivie longtemps : après une chute de 37 %, de 3 % en 1998, les dépenses militaires mondiales sont remontées de 2 % en 1999, pour atteindre quelque 800 milliards de dollars US. Si cette progression a été constatée dans toutes les régions, les augmentations les plus importantes ont eu lieu en Afrique (37 % entre 1998 et 2000) et en Asie du Sud (+ 23 %) ; par ailleurs, en terme de volume, la Russie et les États-Unis arrivent en tête. Les pays en développement reçoivent 70 % des armes nouvellement produites…

Fig. 1 Causes des crises alimentaires : tendances
Fig. 2. Pertes de production agricole découlant des conflits dans des pays en développement entre 1970 et 1997.
Source : FAO, La Situation mondiale de l'alimentation et de l'agriculture, SOFA 2000

Même après la fin d'un conflit, la reprise de la production alimentaire demeure difficile : les biens sont détruits, les gens tués ou handicapés, déplacés, l'environnement endommagé, les services de santé, d'éducation ou sociaux perturbés. Certaines armes restent dangereuses bien après la fin des conflits (les mines antipersonnel éparpillées sur les routes et dans les champs tuent chaque année plus de 25000 personnes, même en situation de " paix ", et empêchent la reconstruction). Les petits paysans - qui représentent la vaste majorité des pauvres en milieu rural - sont en général les plus gravement touchés. Leurs quelques biens et outils sont perdus (détruits ou vendus), et ils rejoignent la masse des affamés. Dans les pays les plus pauvres, sans " filet de sécurité sociale ", les conséquences sur la sécurité alimentaire peuvent être catastrophiques.
Autre exemple : les conflits sur les zones maritimes et leurs conséquences sur les pêcheurs. De nombreux conflits sur les zones de pêche (liés ou non à d'autres conflits interétatiques) provoquent des confiscations de bateaux, de prises de poisson, dont les premières victimes sont les petits pêcheurs artisanaux. (par exemple : entre l'Inde et ses voisins). Des centaines de familles sont dès lors privées de revenu car les pêcheurs sont incarcérés pendant des années comme prisonniers de guerre.
Ainsi, en Afrique subsaharienne, la production alimentaire par habitant aurait chuté de 12,4 % en moyenne par an entre 1970 et 1990 dans les pays victimes de conflits. Dans les années 1990, la paix aurait permis une augmentation de 3,9 à 5,3 % de la production alimentaire en Afrique, par habitant.

La pauvreté et l'insécurité alimentaire sont une cause majeure de nouveaux types de conflits…
La nature des guerres a beaucoup évolué au cours du xxe siècle : la première moitié de cette période a été dominée par des conflits entre riches États, les conflits actuels se déroulent entre les nations les plus pauvres du monde (la majorité en Afrique et en Asie). Par ailleurs, selon la FAO, sur 16 conflits majeurs depuis 10 ans, 3 seulement étaient de nature inter-étatique. La plupart sont aujourd'hui internes, ils se déroulent à l'intérieur des États (même si dans 14 d'entre eux des troupes étrangères sont intervenues). Les guerres civiles sont la plus grande cause d'échec du développement…
Les inégalités socio-économiques, les discriminations ethniques systématiques, les violations des droits humains, les disputes sur la participation politique, ou les frustrations de communautés entières concernant une distribution inégale des ressources (terre, eau, accès aux financements, à l'éducation, etc.) sont des facteurs critiques qui provoquent l'explosion de conflits…
Des populations privées de toute reconnaissance et d'accès aux ressources peuvent s'engager dans des actions violentes, contre d'autres groupes ethniques ou religieux, ou contre les autorités, perçues comme complices de leur misère.

Fig. 1 Causes des crises alimentaires : tendances
Fig. 3. Les causes des conflits
Source : Heidelberg Institute of International Conflict Research, 1999, Kosimo database

La pauvreté incite à une surexploitation des quelques ressources disponibles, provoquant dégradations de l'environnement, tensions politiques, et finalement migrations, contribuant ainsi à l'instabilité et au conflit (Figure 3). Les ressources minérales sont utilisées pour financer les parties en guerre, au lieu de financer le développement.
À l'inverse, les pays pauvres qui investissent dans leur agriculture et permettent une amélioration de la situation des plus démunis réduisent les risques de conflits violents.

L'aide alimentaire d'urgence : nécessaire, mais attention aux effets pervers
Les programmes d'aide alimentaire d'urgence sont évidemment indispensables pour porter secours aux populations soudainement privées, pour cause de catastrophe naturelle ou de conflit, des denrées nécessaires à leur survie. Mais la pratique a révélé plusieurs aspects négatifs de ce type d'aide :

  • · compétition avec les productions locales entravant le redémarrage de l'agriculture ;
  • dépendance envers l'aide gratuite, etc. ;
  • décalages dans le temps entre besoins et distribution de l'aide ;
  • pérennisation des camps… ;
  • distribution de grains OGM sans information, voire sous la pression.

Si l'aide alimentaire reste nécessaire en situation d'urgence, il convient non seulement d'en garantir la qualité et l'adéquation (voir les OGM), mais aussi de la limiter dans le temps et en volume.
En outre, il faut l'accompagner de mesures qui permettront son retrait, en privilégiant d'une part la reconstruction des capacités productives des régions affectées en concertation avec les acteurs locaux, de façon à renforcer leurs pratiques socio-économiques durables, et d'autre part les mécanismes d'achats triangulaires et les achats locaux.

La construction de la paix et de la sécurité alimentaire : une action citoyenne, participative
En plus de tenter de résoudre les conflits lorsqu'ils sont là (après beaucoup de pertes et de dégâts), il faut tenter de les désamorcer en s'attaquant à leurs causes. Le développement durable et le droit à la souveraineté alimentaire sont alors cruciaux. Mais ce développement ne peut être mis en place que dans des situations de paix relative.
Les ingrédients pour préserver ou ramener la paix, et pour assurer la sécurité alimentaire, sont les mêmes : une gouvernance réellement démocratique et une société civile dynamique (composée d'organisations structurées, actives dans le devenir général du pays).

Respecter et faire admettre le droit à la souveraineté alimentaire
Chaque pays doit avoir le droit de choisir librement le mode d'approvisionnement en produits alimentaires qu'il souhaite, en conformité avec l'intérêt collectif national ou régional. Ce principe assigne aux États la maîtrise des choix essentiels qui concernent les modes de production, de transformation et de commercialisation des produits alimentaires. Cela signifie que chaque État doit pouvoir également réguler l'accès aux ressources physiques, naturelles, institutionnelles, en fonction du mode de développement qu'il souhaite privilégier.
Ainsi les négociations commerciales internationales doivent respecter ce droit à la souveraineté alimentaire des États, qu'il s'agissent des négociations sur l'agriculture ou des accords de pêche. Les États sont doublement responsables : de la sécurité alimentaire de leur population, mais aussi des effets externes de leurs politiques sur la sécurité alimentaire des autres populations. La souveraineté alimentaire doit être abordée en incluant cette double responsabilité.

Respecter et faire respecter le droit international humanitaire
Quels que soient les intérêts économiques, énergétiques ou géostratégiques, les États ne doivent plus tolérer que la faim soit utilisée comme une arme. En vertu du droit international, les États devraient refuser tout support aux régimes et mouvements armés qui contrôlent et utilisent l'arme de la faim contre les populations civiles. " Il est interdit d'utiliser contre les civils la famine comme méthode de guerre " (art. 54 du protocole additionnel I aux Conventions de Genève). Ainsi, les responsables de ces violations flagrantes du droit international humanitaire devraient être sanctionnés, y compris devant une cour pénale Internationale qui devrait devenir rapidement une réalité.

Un mur en Palestine
L'agriculture est la colonne vertébrale de la société palestinienne : elle représente 35 % de son produit intérieur brut et lui procure des ressources alimentaires vitales. Parmi les productions importantes, on trouve fruits et légumes, fleurs coupées et différents élevages. Mais l'huile d'olive reste l'exportation agricole principale : la Palestine en produit 35800 tonnes par an, ce qui représente 13 % de l'ensemble de ses productions agricoles.
Pourtant, cette agriculture doit surmonter de terribles difficultés. D'abord parce qu'elle dépend fortement du marché israélien et ne peut donc pas se développer de façon autonome. Ensuite, parce que depuis que les territoires palestiniens ont été réoccupés, l'armée israélienne a confisqué de nombreuses terres. Un tiers du sol de la Cisjordanie est devenu " zone militaire ", tandis que certaines terres, déclarées " terres d'État ", ne peuvent être travaillées par des paysans palestiniens. Tout comme il est interdit à ces mêmes paysans de cultiver des produits qui pourraient concurrencer les exportations israéliennes. Résultat : les Palestiniens ne peuvent développer leur secteur agricole sur des terres pourtant fertiles, et l'importance économique de leur agriculture a diminué.
En juin 2002, le gouvernement israélien a approuvé la construction d'une " clôture de sécurité ", pour séparer la Cisjordanie du territoire israélien et protéger Israël des attentats commis depuis les territoires palestiniens. Les Israéliens parlent de " clôture ", les Palestiniens de " mur ". Retenons qu'au-delà des querelles de mots, ce sont près de 200 kilomètres de " mur-clôture " qui serpentent aujourd'hui autour des territoires palestiniens, confisquant terres et ressources en eau. Une séparation qui asphyxie l'économie de ces territoires et contribue à accroître la méconnaissance entre les deux peuples.
Les conséquences sur l'agriculture sont dramatiques. La région la plus fertile des territoires palestiniens, qui concentre 40 % des terres agricoles de Cisjordanie, a été éventrée. Plus de 100000 oliviers ont été arrachés et des milliers d'hectares de terres arasés. Dans certains villages, les agriculteurs sont coupés de leurs terres. Ils doivent parcourir jusqu'à 10 kilomètres pour emprunter une porte sous contrôle militaire israélien, qu'ils ne peuvent franchir qu'avec une autorisation délivrée par l'armée. Autant de difficultés qui pourraient contraindre ces paysans palestiniens à laisser leurs propriétés en friche. Avec des conséquences tout aussi durables que dramatiques.

"Développement et paix " au Magdalena Medio
La région du Magdalena Medio est l'une des plus conflictuelles de Colombie et son taux d'homicide est le plus élevé du pays. Résultat : 400000 personnes sur 720000 y vivent dans la pauvreté alors que cette région est la plus riche en ressources naturelles.
Pour contrer cette violence et cette misère, le programme " développement et paix " du Magdalena Medio propose un ensemble d'actions concertées entre les communautés paysannes. L'objectif ? Favoriser le développement humain de la région et construire un espace de culture civique et démocratique. Pour cela, les communautés rurales s'organisent. Elles prennent elles-mêmes les mesures qui leur permettront de se développer, proposent des actions qu'elles inscrivent dans la durée et se concertent pour mener, ensemble, ces initiatives à long terme.
Parmi les actions lancées par ce programme, on trouve la culture du palmier. En développer des plantations, c'est miser sur le long terme, car 4 ou 5 ans sont nécessaires avant de recueillir les premiers fruits de palme et obtenir un début de revenu. Un projet parallèle de pisciculture a donc été mis en place en attendant la première récolte. Un tel programme de plantations suppose aussi que l'on se regroupe pour travailler, en respectant les traditions paysannes. Une démarche qui contribue à pacifier la région et entretient, du coup, un fragile esp oir.
"Par le passé, nous avons toujours été désunis, le programme nous a montré que nous pouvions nous unir pour aller de l'avant. " (Benjamin Monroy, maçon colombien.)
"La paix se construit avec des projets exigeant le travail de chacun : que tous aient quelque chose à construire et ainsi nous y parviendrons. " (Ramiro Ortega Muñeton, président d'une association partie prenante au programme.)

Uwaki, fragile soutien pour les femmes des Grands Lacs
Uwaki, l'union des femmes paysannes du Nord-Kivu, dans l'Afrique des Grands Lacs, est l'une des associations que soutient le CCFD dans le cadre d'un programme cofinancé par la coopération française. Cette association travaille avec une quarantaine de groupements, soit un millier de femmes, qu'elle appuie dans leur combat quotidien pour nourrir leurs familles et vaincre la pauvreté.
Comment ? En formant ces femmes à des techniques nouvelles comme le travail avec des bêtes attelées ou différents moyens de fertiliser les sols et de prévenir l'érosion. Uwaki les accompagne aussi dans leurs initiatives agricoles et les aide à vendre leurs produits. Elle a introduit, par exemple, les cultures maraîchères dans une zone où le régime alimentaire se limitait jusque-là au manioc et à la banane. Une innovation dont l'impact a été significatif puisque aujourd'hui, dans cette zone, plusieurs milliers de personnes ont pu diversifier leur alimentation. D'où une chute du taux de malnutrition de 60 % à 22 %.
À Butembo, Uwaki apprend aux femmes à entretenir les jardins familiaux. Une responsable d'Uwaki en raconte la finalité : " En octobre 1998, les jardins n'étaient pas très répandus à Butembo. Après une attaque des rebelles Mayi-Mayi, les militaires rwandais, qui occupaient encore le secteur, avaient exercé des représailles terribles, semant la terreur dans la population. Pendant quatre jours, personne n'a osé sortir de sa maison. Plus moyen de se nourrir. Certains en sont morts. Avec les jardins, si des événements de ce genre surviennent à nouveau, au moins, les gens pourront manger. "
Uwaki aménage également des pépinières pour cultiver des essences agro-forestières et limiter ainsi les problèmes de déboisement, dus à la consommation de bois de chauffage (en particulier aux alentours des camps de réfugiés et de déplacés).
Uwaki permet ainsi d'améliorer progressivement les conditions de vie, par de fragiles victoires quotidiennes, qu'un épisode dramatique du conflit qui ensanglante la région peut malheureusement balayer en quelques jours. Mais grâce aux savoir-faire acquis et à la solidarité des groupements, ces femmes surmontent mieux ces coups du sort.

  

Bibliographie

  • Framework for World Bank involvement in post-conflict reconstruction. Washington, Banque Mondiale, 1997
  • Blair Elsa et Rosner Pierre-Michel. Violence en Colombie. Le défi aux idées reçues, CCFD / CINEP, document de travail nº 49, 1994
  • Cochet Hubert, Burundi : la Paysannerie dans la tourmente. Paris, Charles Léopold Mayer, coll. Dossier pour un débat, nº 60, 1996, 83 p., issn 1254-9800
  • "Conflits, agriculture et sécurité alimentaire". in La situation de l'alimentation et de l'agriculture, Rome, FAO, 2000, issn 0251-1460 ; édition sp. avec disquette informatique : Rome, FAO, 2000, 329 p., isbn 92-5-204400-0
  • Green R.H. "Killing the Dream : the Political and Human Economy of War in Sub- Saharian Africa". in IDS Discussion Paper, Institute of Development Studies at the University of Sussex, Brighton (UK), 1987, issn 0308-5864
  • IIRP. "To cultivate peace : agriculture in a world of conflict". in Rapport PRIO, nº1, Oslo, Institut International de recherche sur la paix, série " PRIO annual report ", 1999, lccn 95644629
  • Macrae Joanna et Zwi Aanthony. War and Hunger : rethinking international responses in complex emergencies. Londres, Zed Books, 1994, 242 p., isbn 1-85649-291-5 ou lccn 94041463
  • Messer Ellen, Cohen Marc J., et D'Costa Jashinta. "Food from peace : breaking the links between conflict and hunger". in Food, Agriculture and the Environment Discussion Paper, nº 24, Washington, IFPRI, 1998
  • Terre promise aux Sud-Africains : une lutte pour la dignité. CCFD / L'Atelier, disponible sur Internet : www.ccfd.asso.fr

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