Un milliard d'agriculteurs



Conférence-débat
donnée à
Agropolis Museum
le 31 mars 2004

exclus du progrès technique

Comment réorienter la recherche agronomique ?

Par Christian Planque (éleveur en Cévennes)

résume Frédéric Prat (Geyser), pour la Fondation des Sciences Citoyennes

Résumé des interventions de Christian Planque

1 - On a beaucoup d’exemples dans le monde où l’on est en présence d’une distorsion totale entre les “ acquis de la recherche ” et du “ progrès technique ” et les conditions réelles d’exercice de l’agriculture par les agriculteurs et notamment les plus démunis.

2 - En tant que paysan-éleveur depuis bientôt 30 ans que puis-je dire qui apporte quelque chose à ce débat ?

    • Quels étaient “ nos ” objectifs il y a trente ans dans les Cévènes ? (“ nos ” parce que c’est avec un groupe d’éleveurs que tout ce qui suit a été pensé et mis en œuvre)
      • Produire pour vivre et non l’inverse.
      • Contribuer à la consolidation et au développement d’un tissu social qui commençait alors à se décomposer.
      • Pratiquer des méthodes de production qui puissent permettre de continuer une gestion performante de l ‘environnement à l’image des pratiques que la génération précédente nous avait léguées.
    • Que supposaient la mise en œuvre de ces objectifs ?
      • un “ partage ” de la terre et des parcours.
      • un “ partage ” de la production ( production de qualité rémunératrice = limitée par le marché )
      • Profiter des acquis de la recherche qui allaient dans notre sens – et il y en avait quand même !
      • Profiter des avancées technologiques (traite mécanique)
    • Qu’est ce que nous voulions éviter ?
      • De courir après une amélioration des performances de nos systèmes de production à tout prix
      • De se mettre en situation de dépendance par rapport :
        - aux organismes financiers
        - à l’ “ aval ” ( on commercialisait et on commercialise encore nous-mêmes.
      • donc de rechercher systématiquement l’optimum technique souvent trop cher et provoquant trop de dépendance technique et économique bien sûr
Que constatons nous maintenant ? C. Planque a développé quelques exemples sur la Roumanie, le Kenya le Mali qui montrent que le “ discours ” dominant et les pratiques encouragées par les Etats même les plus pauvres n’ “ évitent ” pas ce qui vient d’être dit.

3 - Quelques considérations plus générales :

Dans nos pays n’a-t-on pas dépassé le point de rupture ? Il n’y a plus grand monde pour mettre en œuvre ce que nous voulions mettre en œuvre il y a trente ans. Or on est au moment où c’est impératif car les trois éléments dont j’ai parlé, finalité de la production, tissu social rural, relations avec l’environnement sont en crise.

Des trois objectifs, seul celui de “ produire ” a été pris en compte par la plupart des agriculteurs . L’augmentation de la production et de la productivité est la seule ‘ ”offre ” que nous avons de la part de la recherche.

Or cette augmentation n’est offerte qu’au travers des méthodes “ industrielles ” qui ne permettent pas de prendre en compte les deux autres éléments.

Et puis l’ “ idéologie ” du passage du “ paysan ” à l’ “ entrepreneur ” ! Le chef d’entreprise qui doit donc avoir une production “ industrielle ” et le revenu qui va avec ! et qui va donc avoir l’obsession de l’intensification.

Nous nous restons des artisans car il n’y a que des artisans qui puissent prendre en compte les trois composantes ci-dessus.

Résumé des points abordés dans la débat

1 - Evaluation des chercheurs se fait selon les critères suivants :
    • nous sommes des spécialistes “ bornés ”,
    • nous ne pouvons être que cela,
    • nous sommes évalués comme des spécialistes “ bornés ,
    • nous travaillons pour les publications plus que pour les agriculteurs !

2 - Objectifs prioritaires actuels de la recherche :

    • produire plus grâce à l’amélioration génétique, alors que souvent la récolte est un facteur limitant de la production autrement plus important !
    • l’amélioration génétique est-elle susceptible de permettre aux 800 millions de personnes qui ne mangent pas à leur faim d’améliorer leur alimentation ?

3 . Les problèmes ne relèvent pas seulement du progrès technique mais de problèmes économiques, prix, politiques, paix sociale urbaine…

    • mais alors faut-il “ ouvrir ” les frontières et les ouvrir complètement dans les deux sens aux migrants comme aux produits ou au contraire “ protéger ” les productions locales car on protège ainsi beaucoup d’autres choses que la production et l’économie ! De plus la protection permet aussi de sauvegarder la diversité.
    • Par ailleurs, on laisse complètement de côté dans la définition des recherches et du progrès technique le fait qu’il y a – beaucoup –t de mpaysans sans terre et qu’il y a aussi de très grands agriculteurs a côté d’eux .

4 - La richesse agricole de la planète ce n’est pas les hauts rendements de quelques espèces, c’est la diversité. Que fait la recherche pour protéger la diversité ?

5 - En tant que paysans “ développés ” nous ne pouvons que jouer la solidarité planétaire car c’est notre seule possibilité de contribution à la solidarité planétaire.

6 - Où sont les responsabilités ?

    • on surestime ce que font les chercheurs
    • ce que font les politiques sur les prix et l’organisation de la production et de la commercialisation est beaucoup plus important.
    • La diversité c’est bien que nous chercheurs nous la connaissions mais c’est anecdotique ! ça ne sert à rien !
    • Les pesticides tant critiqués ? Ca libère du temps et de l’argent pour la santé et l’éducation

7 - Comment faire de la recherche avec les agriculteurs (débat assez décousu)

8 - Qu’attendent les agriculteurs de la recherche ?

9 - Quels agriculteurs attendent quoi ?

    • avoir du matériel végétal adapté à nos écosystèmes
    • alors que la recherche agronomique considère le sol comme un “ support ” (voir les baisses importantes de matière organique de tous les sols des espaces agricoles “ développés ”
    • débat “ maïs population ”, “ maïs hybrides ” : les chercheurs nient l’existence du “ maïs population ”
    • il faudrait passer de la génétique moléculaire à la génétique des populations.
    • La recherche  “ propositioniste ” a été gérée par la “ demande  solvable ” et on a implicitement décidé que l’autre demande devait s’adapter ! on a été envahi par le normatif. Or on doit impérativement partir de l’existant. Tout ceci nécessite une “ rupture ”.

10 - Qui définit les objectifs de la recherche ?

    • c’est souvent à partir d’intérêts privés
    • parce ce que les chercheurs sont soumis à des choix politiques faits sous la pression des multinationales
    • l’objectif est d’uniformiser

11 - Recherche  explicative et recherche normative :

    • on confond les deux et on subordonne l’une à l’autre
    • or recherche normative a tendance à la simplification.

12 - La recherche devant les problème de la diversité :

    • la recherche se heurte au problème de la centralisation des décisions sur les objectifs et les modalités
    • elle se heurte aussi à l’absence de vrais choix politiques (cf exemple du Kenya)
    • et puis la recherche sur la diversité ne paie pas pour des publications !

13 - La demande des agriculteurs :

    • L’autosuffisance alimentaire a conduit à la catastrophe !
    • L’obsession de l’intensification qui en a résulté a tlout bloqué !
    • La recherche explicative est faite pour comprendre , ce qui permet d’améliorer
    • La recherche technologique vient après
    • On a fait des processus et on a eu des résultats “ batards ” !

14 - Le point de vue des nutritionnistes :

    • mettre des objectifs de nutrition dans les objectifs de la recherche agronomique.
    • La révolution verte a supprimé les légumineuses.
    • Grosses carences en micronutriments pour 1/3 de la planète !
Ces micronutriments ils sont utiles aussi pour les 800 millions qui ont faim !

 


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