Ongulés, prédateurs et dynamique

Film-débat
à
Agropolis Museum
le 8 février 2006

de la biodiversité
Haïda Gwaii, un laboratoire grandeur nature

Documentaire de Michel Coqblin et Jean-Louis Martin
Une coproduction Mille et Une Productions et CNRS Images-Média, en association avec France 5

avec Jean-Louis Martin (écologie animale Umr CEFE / CNRS Montpellier)
et avec le concours de Daniel Maillard (Office national de la chasse et de la faune sauvage)

Questions et éléments de débat avec le public

Quelques observations et réponses des deux intervenants aux questions posées en séance

Composés secondaires (monoterpènes) et sélection des plantes par les herbivores ?

Jean-Louis Martin : L'idée sous-jacente est qu'il est coûteux pour la plante de produire les composés secondaires qui ont un effet répulsif sur les herbivores. En absence d'herbivores on s'attend donc à ce que peu à peu, du fait de la sélection, le niveau moyen de concentration en composés secondaires diminue.
C'est ce qui est observé sur ces îles où les plants de thuyas (un conifère) qui n'ont jamais été en contact avec les cerfs introduits ont en moyenne de plus faibles concentrations en monoterpènes que dans les populations de thuyas qui ont évoluée en présence de cerfs. Les monoterpènes ont un effet répulsif avéré par nos expériences.

Réalité et efficacité des coûts non létaux dus à la présence de prédateurs (carnivores, chasseurs) ?

Jean-Louis Martin : La présence d'un prédateur va avoir des coûts directs pour une espèce (les individus tués par le prédateur) mais aussi des coûts indirects : nécessité de passer du temps à être vigilant ; énergie dépensée dans la fuite devant un danger réel ou imaginaire ; évitement des zones perçues comme risquées etc. Les recherches actuelles tendent à montrer que ces coûts indirects sont probablement bien plus importants que les coûts directs, au point que l'on envisage aujourd'hui que ces coûts pourraient mieux expliquer la répartition et l'abondance des espèces proies et leur impact sur l'environnement.
Passer beaucoup de temps à faire attention réduit le temps à consacrer à s'alimenter et réduit de ce fait l'éventail des plantes susceptibles de pouvoir satisfaire vos besoins énergétiques - quantité d'énergie fournie par bouchée. Comprendre les mécanismes qui régissent ces interactions non létales est donc devenu un enjeu essentiel pour la recherche. Cette connaissance sera certainement critique dans nos efforts de gestion de l'explosion actuelle des populations d'ongulés sauvages.

Daniel Maillard : Un programme d'étude est développé sur ce sujet par l'ONCFS pour estimer : l'impact direct des prédateurs sur les populations d'ongulés sauvages sur un site ou 4 espèces sont présentes (cerf, chevreuil, chamois et mouflon). Les principales questions posées sont : quelle est la hiérarchie des proies en termes d'espèces, d'âge et de qualité sanitaire (qu'elle est l'impact du loup sur la dynamique des populations : le facteur prédation est-il limitant ou compensatoire).
L'impact indirect est en cours de suivi en comparant la vigilance des ongulés sur un territoire avec loup et un territoire sans loup.

Quid de l'augmentation des populations d'ongulés ?

Daniel Maillard : L'augmentation des effectifs d'ongulés en France comme en Europe est lié à plusieurs facteurs concomitants : mise en place d'une gestion limitant les prélèvements pour favoriser le développement des populations dont les effectifs étaient très bas dans les années 70-80, mesures d'aménagement des milieux, déprise agricole entraînant la fermeture des habitats. La baisse du nombre de chasseurs n'est pas un facteur aggravant car au contraire si le nombre de chasseurs a globalement baissé au niveau national (raréfaction du petit gibier, coût et urbanisation) de nombreux chasseurs se sont tournés vers le grand gibier. Toutefois, dans certains secteurs, le nombre d'ongulés sauvages à prélever est tel que le nombre de chasseur est maintenant insuffisant pour une régulation efficace des populations (prélèvement au niveau national 45.000 sangliers, 400.000 chevreuils et 35.000 cerfs).
Les effets de cette augmentation sont perceptibles sur les dégâts causés aux cultures agricoles (sangliers et cerfs) et aux régénérations forestières (cerf et chevreuils) et aux nombres d'accidents de la route mettant en cause des ongulés (30.000 accidents recensés annuellement). Des problèmes d'épizooties sont aussi en train d'apparaître.
Le développement important des ongulés tant en plaine qu'en montagne (chamois, mouflon, bouquetin mais aussi cerf, chevreuil et sanglier) est un facteur permettant aux grands prédateurs d'accroître leur zone d'influence (les Vosges et Jura pour le Lynx et les Alpes voire les Pyrénées pour le Loup).


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